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FRESQUE DE PAUL VÉRONESE, A LA VILLA BARBARO

Ursule ou la décoration de San Giorgio degli Schiavoni, ou des compositions comme la Procession de Saint-Marc. La préocupation d'avoir des fonds très compliqués, aux architectures savamment combinées, est aussi plus vive que partout ailleurs; ne nous en plaignons pas, car c'est à cette circonstance que nous devons d'avoir les portraits exacts de maint monument détruit ou modifié depuis lors. Mais ce n'est là qu'un petit côté de la question et les Flamands, par exemple, ont poussé aussi loin l'amour du détail. Ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est la fécondité des maîtres vénitiens ; je crois bien que

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si la peinture devait se mesurer au mètre carré, ce seraient eux qui auraient la palme. Ce que des maîtres comme Paul Véronèse, le Titien, le Tintoret ou Tiepolo ont brossé de toiles ou de fresques est vraiment gigantesque, et presque toujours cependant leur peinture n1est que le complément obligé de l'architecture : l'architecte est resté , comme au Moyen-Age, le maître de l'œuvre; mais bien entendu il n'en est pas moins vrai que quand la peinture est bonne, comme c'est le cas, c'est sur l'ouvrage du peintre que se reporte à peu près toute

FRAGMENT DE LA DÉCORATION DE LA VILLA BAR HARO par Paul Véronèse.

l'attention. Sans parler des fresques que le Giorgione et le Titien exécutaient pour la façade du Fondaco dei Tedeschi, on pourrait citer maint exemple où les plus grands peintres vénitiens se sont réduits au rôle de décorateur : dans cette église de San Sebastiano, où tout rappelle le souvenir de Paul Véronèse, qui y est enterré, le maître luimôme n'a-t-il pas décoré les murs d'élégantes guirlandes et n'a-t-il pas recouvert de peintures admirables les volets de l'orgue ?

Si nous nous plaçons au point de vue de la décoration, la peinture vénitienne est représentée par cinq artistes, qui tous cinq, à des degrés différents, ont eu le génie de la composition décorative : Paul Véronèse,

Palma le Jeune, le Titien, le Tintoret; puis, franchissant un siècle, Tiepolo. Leurs œuvres sont trop connues pour qu'il soit nécessaire de

s'y arrêter longtemps; une simple mention suffit pour remettre en mémoire au lecteur la décoration du palais des Doges, les fresques admirables de la villa Barbaro à Maser, qu'encadrent des stucs d'Alessandro Vittoria.

Me sera-t-il permis toutefois de rappeler le caractère tout intime de certaines des compositions imaginées par Véronèse? A côté de ces grands plafonds où se meuvent sans effort tous les dieux de l'Olympe, apparaissent, dans des proportions plus modestes, des scènes vénitiennes, qui font de Véronèse l'ancêtre direct de Tiepolo. Et d'ailleurs, qu'est-ce en somme que des compositions comme les Noces de Cana ou le Repas che\ Simon le Pharisien, que de grandes compositions décoratives destinées à nous faire comprendre, d'une façon un peu théâtrale peut-être, la vie vénitienne? Un tableau semblable nous en apprend plus long sur les usages, les costumes, les mille riens de la vie de tous les jours, qu'un gros volume de mémoires. Si Palma, si Titien, n'ont pas eu à recouvrir de peintures des surfaces aussi grandes que Véronèse ou le Tintoret, ils n'en sont pas moins, eux aussi, des décorateurs; mais il est certain que dans ce genre la

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