‹ Vent-en-PanneChapitre 18 sur 22 · II, M · texte numérisé non relu

II, M

sayer de me tromper? Allez, vous m'inspirez plus de pitié que de mépris! je vous ai dît que Dieu vous punirait ; avant vingt-quatre heures, vous subirez le châtiment que je vous ai prédit!

— Enfant, vous êtes folle! ces rodomontades ne sont plus de saison ; je suis le maître ici, nul ne saurait s'opposer à ma volonté, quelle qu'elle soit.

— Essayez donc de me l'imposer cette volonté, misérable! s'écria-t-elle en prenant avec une énergie fébrile un des pistolets passés à sa ceinture ; essayez et vive Dieu! je vous abats à mes pieds, comme un chien enragé que vous êtes!

— Jeune fille! jeune fille! prenez garde encore une fois! vous abusez trop des immunités qu'on vous a laissé prendre! je pourrais me fatiguer d'être insulté par vous?

— Je n'ajouterai qu'un mot, fit-elle avec un écrasant mépris ; ce mot le voici : Je vous défie! entendez-vous bien? je vous défie de pénétrer dans cet appartement qui, désormais, est le nôtre, sans notre autorisation! et maintenant, sortez!

Le Chat-Tigre sourit avec ironie, cependant il s'inclina et se retira.

La jeune fille prêta un instant l'oreille, écoutant le bruit des pas jusqu'à ce qu'il se fût perdu dans l'éloignément; puis sans prononcer une parole, elle entraînales deux dames à sa suite.

L'appartement dans lequel les prisonnières avaient été renfermées, se composait d'une dizaine de pièces, très-convenablement meublées, et n'avait en rien l'apparence d'une prison ; ainsi que le Chat-Tigre l'avait annoncé les caméristes de la duchesse avaient été enlevées en même temps qu'elle et conduites dans cette maison, où elles étaient arrivées vingt minutes avant leurs maîtresses ; elles n'avaient pas eu à se plaindre de leurs conducteurs, avec lesquels elles n'avaient pas échangé un seul mot pendant le voyage ; ces braves filles, supposant que leurs maîtresses avaient besoin de prendre

quelques rafraîchissements, après une aussi longue course, faite dans d'aussi mauvaises conditions, s'étaient évertuées à préparer un déjeuner assez substantiel.

À la grande surprise de ta duchesse et de sa. fille, depuis son arrivée dans la Venta l'humeur de Fleur-de-Mai semblait complètement changée ; elle riait, plaisantait et chantait comme un pinson ; les deux dames étaient fort intriguées de cette gaieté que rien ne justifiait à leurs yeux.

— Mangez, buvez, et ne vous inquiétez de rien ; leur dit Fleur-de-Mai, nul ne peut prévoir l'avenir ; dans une situation comme celle où nous sommes, il est bon de prendre des forces, afin de faire face àûx événements, qui peuvent surgir d'un moment à l'autre.

Tout en parlant ainsi, elle fit dresser la table ; puis elle câlina si bien la duchesse et sa fille, que malgré l'inquiétude qui les dévorait, elles consentirent à se mettre à table et à toucher quelques fruits du bout des dents ; lorsque le repas fut terminé, Fleûr-de-Mai, qui seule, au grand ébahissement des dames, avait mangé de fort bon appétit, se leva et précéda ses compagnes dans une espèce de salon, situé à peu près au centre de l'appartement.

— Asseyez-vous ; leur dit-elle, en leur indiquant des

sièges.

Puis elle alla ouvrir, les unes après les autres, toutes les portes de communication ; la duchesse et sa fille la regardaient faire sans rien comprendre à ce manège dont cependant elles étaient intriguées ; Fleur-de-Mai avait toujours ses pistolets à la ceinture et son g'eiin à la main ; quand toutes les portes furent ouvertes, la jeune fille vint s'asseoir entre les deux dames.

— Là, dit- elle, en jetant un regard espiègle dans cette enfilade de pièces, qui se trouvaient à droite et à gauche ; de cette façon je pourrai sans crainte d'être entendue, vous donner des nouvelles, qui j'en suis sûre, vous rendront joyeuses, et feront rentrer l'espérance dans vos cœurs.

— Qu'y a-t-il donc ? s'écrièrent les deux dames.

— Silence ! s'écria-t-elle vivement, nous disons dans nos bois, nous autres flibustiers, que les feuilles des arbres ont des yeux, prenez garde que tes murailles n'aient des oreilles.

— Parlez, chère petite, parlez au nom du ciel! dit la ^duchesse, en lui prenant une main, tandis que dona

Violenta s'emparait de l'autre .

— Eh bien ! sachez donc que lorsque nous nous sommes arrêtées devant cette vilaine maison, parmi les gens qui nous regardaient, en ayant l'air de se moquer de nous, il y en a un que j'ai reconnu.

— Àh! fit dona Violenta.

— Oui ; c'est l'homme qui cette nuit m'a fait entrer dans la Vera-Cruz, et grâce auquel j'ai pénétré dans la prison de l'Olonnais ; c'est un très-honnête homme ; il se nomme Pedro Garcias.

— Et vous a-t-il reconnue, lui, chère petite?

— Oui ; nous avons échangé un Eegard.

— Oh! alors nous sommes sauvées! s'écrièrent les deux dames avec joie.

— Je l'espère ; reprit la jeune fille ; mais cependant croyez-moi, redoublons de prudence ; surtout nelaissons rien paraître. Cette nuit nous ne nous coucherons pas, afin d'être prêtes à tout événement ; nous nous tiendrons toutes trois dans la même pièce ; là nous nous barricaderons du mieux qu'il nous sera possible.

— Oui, oui ; fit dona Violenta ; oui, chère petite sœur, nous vous obéirons ; nous ferons tout ce que vous voudrez ; nous vous nommons notre générai en chef.

— Rapportez-vous-en à moi ; le Chat-Tigre se croit en ce moment bien en sûreté, avant une heure, il aura à sa poursuite des hommes qui lui feront payer cher ce qu'il a osé faire aujourd'hui.

— Prions Dieu, dit la duchesse, prions-le ardemment de ne pas nous retirer la protection dont il a, daigné nous couvrir jusqu'à présent! Lui seul. a le pouvoir de nous sauver !

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