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AVIS AUX AMATEURS

Bureau de plaisir.

Le public est averti que les demoiselles Château, Audinot et Gavaudan, toutes trois attachées à l'Académie Royale de musique, tiennent, rue Saint- Honoré, près l'Oratoire, un entrepôt de Beautés destinées aux plaisirs publics. Depuis la Grisette du tiers étage jusqu'à la Beauté que la Renommée met en vogue, le magasin sera complété de manière à satisfaire les humeurs et les fortunes différentes. Dans un besoin pressant, les entrepreneuses se mettront à toutes mains, pour ne pas décréditer {sic) leur établissement.

(1) Il s'agit ici de l'actrice Sophie Arnould, célèbre par ses bons mots et ses aventures scandaleuses avec de grands personnages de l'époque.

Les vieillards y trouveront mille ressources ingénieuses contre la décrépitude, et les jeunes contre la mollesse, les timides contre la v...le.

On trouvera chez Mme Herbert, marchande parfumeuse, même rue, et pensionnaire de ce nouvel institut, une collection complète d'étuis préservatifs, à l'épreuve.

Cette maison doit, dit-on, faire tomber en discrédit les temples d'amour les plus achalandés. Je souhaite à ces dames tout le fruit qu'elles attendent de leur zèle. Ce n'est que par attachement pour elles que je me suis hâté de publier cet avertissement, dont, sans doute, elles me sauront gré (1).

(1) Le Vol plus haut..., déjà cit., p. 37 et suiv.

Dans la galanterie du dix-huitième siècle, Mlle Beauvoisin joue un rôle considérable et fameux. Elle précéda de peu la du Barry dans les bonnes grâces expertes et avisées de du Barry le Roué, Ce lui serait déjà un titre de gloire si elle n'avait encore celui de maîtresse du marquis de Sade à exciper devant la postérité. Plusieurs entreteneurs s'étaient à peu près ruinés à la doter d'un luxe, dont sa vente après décès, témoigna éloquemment. On retrouvera quelques-uns d'entre eux dans les rapports de police ciaprès où elle figure. Le marquis de Sade ne la prit que sur le tard, étant lui-même cependant assez jeune encore. Sans doute ne lui demanda-t-il qu'à compléter une éducation amoureuse déjà fort avancée. La Beauvoisin n'avait plus rien alors qui fût digne d'une si étrange passion. En 1779, un petit journal satirique dissimulé sous le titre anodin d'An-

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nonces, Affiches et Avis divers en donnait ce portrait peu indulgent :

Vente de tableaux, etc.

Modèle d'antique d'après Mlle Beauvoisin. Cette figure a pu représenter autrefois une assez jolie nymphe ; mais les outrages du temps et des plâtres l'ont presque entièrement détigurée.

Elle touchait alors à la fin de sa vie, puisque cinq ans plus tard elle mourait.

Les rapports que nous donnons ici la montrent à ses débuts, alors que de fdle galante elle prétend se hausser à la dignité avantageuse de danseuse d'opéra. Il lui en coûte peu : quelques complaisances amoureuses pour Lany, maître de ballet de l'Opéra. Ce Lany, qui, avec Vestris, au dire de Bachaumont, passe pour un des premiers danseurs de l'Europe, se charge, puisqu'il « a pris du goût pour elle » à lui apprendre « à danser par reconnaissance ». C'est un talent qu'on ne s'attendait certes guère à voir servir à cet usage. La Beauvoisin entra donc à l'Opéra en qualité de danseuse surnuméraire. Apparemment que ce ne fut pas pour elle le chemin de la fortune qu'elle crut, car elle quitta les tréteaux pour aller tenir une maison de jeu. Là elle refit connaissance — mais cette connaissance cessa-t-elle jamais ? — avec les inspecteurs de M. de Sartine. Par la même occasion, elle fît connaissance avec Sainte-Pélagie. Malgré les outrages du temps, elle conservait de fervents

UNE MAmiKi??!? nu MARQUIS DE i^ADS 155

adorateurs, notamment le trésorier de la marine, Boudard de Saint-James, à qui elle dut, en grande partie, les richesses qu'elle laissa à sa mort.

Cette mort, voici comment Bachaumont l'inscrit sur les carnets de sa médisance coutumière :

« Il est mort, il y a peu de temps, une courtisane du vieux sérail, nommée Mlle de Beauvoisin. Obligée de donner à jouer pour se tirer d'affaire, elle avait, par ses charmes usés, eu l'art de captiver en dernier lieu M. Boudard de Saint-James, trésorier des dépenses du département de la marine. Ce magnifique seigneur, ayant plus d'argent que de goût, avait fait des dépenses énormes pour elle. On estime qu'il faut qu'il lui ait donné, en bijoux seuls et autres effets, environ quinze à dix-huit cent mille francs, outre vingt mille ecus de fixe par an. Sa vente est aujourd'hui l'objet de la curiosité, non seulement des filles élégantes, mais encore des femmes de qualité. On y compte deux cents bagues plus superbes l'une que l'autre ; on y voit des diamants sur papier, comme chez les lapidaires, c'est-à-dire non montés ; ses belles robes montent à quatre vingts ; on parle de draps de trente-deux aunes, tels que la Reine n'en a point (1). »

(1) Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres..., 22 novembre 1784. — De ce passage de Bachaumont, il est curieux de rapprocher un fragment des Sout'en/rs de Léonard, qui prouve que le coilTeur de Marie-Antoinette, ou son teinturier, a tout simplement plagié les Mémoires secrets. Après avoir dit que la Beauvoisin avait fait partie du Parcaux-Cerfs (ce qui est faux) il ajoutait : « Ruinée, dans sa jeu

Ce qui peut donner quelque idée de la magnificence de cette vente, c'est bien l'avis qu'en insérèrent les Petites Affiches ou Journal général de France, dans leurn° 318, samedi 13 novembre i7S!i. C'est un document qui apporte une précieuse contribution à l'histoire des mœurs galantes :

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