‹ Vénus damnéesChapitre 20 sur 40 · AMOURS D OPERA · texte numérisé non relu

AMOURS D OPERA

tel on vit jadis la triste et chétive Babet Meunier arborer le nom magnifique de Durancy, et quantité d'autres se servir du même moyen pour abuser la multitude stupide.

On a une singulière vénération pour les noms en art ou en ille ; tels que Guimard, Allard, Camille, Val ville, etc.

Cette manie de noms supposés produit parfois les scènes les plus plaisantes, et il n'est pas rare de voir se présenter à la porte de l'Académie Royale de musique une pauvre journalière, couverte de haillons, pour réclamer sa fille ou sa nièce, que le jour d'auparavant elle a vu dans un brillant équipage, et dont elle a sçu la profession par un laquais.

Cela a-t-il beaucoup changé de nos jours ? On en pourrait douter, aux haillons près. Mais ici le moraliste interrompt son récit pour conter une petite anecdote que nous rapporterons d'après lui, d'autant plus qu'elle vient à propos confirmer ses dires :

Il arriva l'année dernière une aventure à peu près semblable à Mlle Dorival, rue Pavée-Saint-Sauveur ; on laissa, comme la coutume, pénétrer la mère jusques dans le foyer, et les spectateurs jouirent d'une scène qui les satisfit davantage que l'opéra qu'ils venaient de voir représenter ; c'était Ernelinde, de M. Poinsinet et P... La mère, femme à entrailles, comme toutes celles de son espèce, courut se jeter

au col de sa chère lille, qui la reçut avec toute la dignité de l'endroit, en l'appelant madame. A ce titre, la tendresse maternelle se changea en fureur, et l'action aurait fini par quelques coups de poings, si le marquis de Ghabrillant n'eût offert sa voiture pour reconduire les parties chez elles, où se fit une entière explication... On ne sait ce qui se passa dans cette scène intéressante, mais depuis, les garnitures ont pris la place de l'inventaire, et la mère est placée à côté de sa fille, dans une voiture élégante... Voyez... Admirez... C'est à tant la faveur.

Ceci dit, notre anonyme continue sa description de l'Opéra et de ses galantes ballerines :

On comptait jadis à l'Opéra trois femmes nommées Château, savoir: Château-Neuf, Château-Fort et Château-Brillant ; une seule y est encore attachée; les deux autres, retirées chacune avec une pension de huit cents livres vivent avec ce fixe et les accessoires qu'elles y joignent.

Dans le temps où ces trois dames, réunies, offraient leurs charmes au public sur le théâtre de l'Académie Royale de musique, ne pouvant parvenir à la célébrité de Guimard et de Rosalie, elles s'approprièrent les petits soupers, pour suppléer à l'insuffisance détalent; et semblable à B... [Bertin] vécurent avec les parties casuelles. Leur réputation galante les fait considérer par les amateurs du genre à la mode et les engage à mettre en usage les moyens nécessaires pour augmenter les avantages pécu-

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niaires. Aussi la demoiselle Arnoux (1) disait très plaisamment que Château-Neuf, Château-Fort, Château-Brillant étaient trois Châteaux Branlants ; équivoque assez fine, tendant à prouver que ces dames, infatigables, ne s'en tiennent pas à la location de leurs charmes, et qu'elles y joignent la maxime la

plus en vogue des b Is. m

Ce pittoresque chapitre du Vol plus haut est complété par une annonce qu'il suffira de reproduire ici sans un mot de commentaire, pour faire juger de l'esprit dépensé dans la brochure :

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