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POUR SERVIR DE SUITE A SA CONFESSION

Les fautes dont vous venez, mon cher frère, de me faire l'aveu, par votre confession, sont si énormes et si multipliées que je n'ai pu les entendre sans éprouver la plus vive douleur ; je nemeserois jamais attendu qu'un Bourbon, un Prince du Sang Royal, le frère du Monarque des Français se fut livré à de pareils écarts. Placé à côté du Thrône par le Souverain Maître du Ciel et de la Terre, pour donner par vos actions l'exemple du bon ordre, comment avezvous pu vous oublier au point de présenter au peuple celui d'un scandale affreux autant que déshonorant pour votre personne ? Ne trouvez pas étrange, mon fils, que je vous parle aussi ouvertement, les devoirs de mon Ministère m'en imposent l'obligation. Prosterné en ce moment dans le Tribunal Auguste de la Pénitence aux pieds du Très-Haut dont je suis l'organe sacré, vous devez sçavoir que ni le rang, ni les dignités, ni les graDdei»*"s r.e «ont ici d'aucune considération : au contraire, car plus le mortel qui se pie-

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Bunte devant nous est clcvé au faite des honneurs, moins nous devons montrer de mollesse à son égard, une sévérké rigoureuse doit présider à nos remontrances, parce que les fautes des grands se faisant apercevoir à tous les yeux, répandent une contagion générale. Vous ne devez donc point rougir, mon fils, de vous dépouiller de l'éclat dont le hasard vous a gratifié pour vous revêtir des sentiments d'humilité, de componction et de résignation que la nécessité des circonstances vous impose ! C'est le seul moyen d'ailleurs d'ouvrir votre cœur à la vertu, au repentir et aux larmes pour effacer tous les péchés innombrables que le débordement de nos mœurs a accumulés sur votre tête.

Considérez, mon lils, combien vous êtes à plaindre en réfléchissant d'abord sur le caractère dur, méchant etdépravé que vous n'avez cessé de manifester depuis votre enfance ; le Français instruit de la férocité et de la corruption de votre jeune cœur, a conçu de vous dès lors les plus fâcheuses espérances. L'événement a prouvé qu'il avoit raison. L'éducation des princes qui devroit déraciner de leur âme tous les vices paroit les avoir fait germer dans la vôtre. Avec la propension innée, chez vous, de faire le mal, c'étoit une raison de plus pour votre Gouverneur de s'appliquer à diminuer au moins l'influence de cette perversité naturelle ; mais, puisqu'un penchant vicieux l'a emporté sur ses soins, puisque loin d'avoir plié votre caractère à ses leçons vous voiisi ôtes roidi contre sa vigilance à

réprimer vos défauts pour vous livrer à l'impétuosité de vos passions effrénées, que la maturité de l'âge, que la raison, que la religion sur tout dont vous avez toujours étouffé la voix, exerce maintenant son empire : il en est temps encore, mon fils. Dieu est compatissant, clément, miséricordieux ; c'est un père toujours disposé à pardonner à ses enfants : quand leur retour est sincère, sa bonté s'empresse de leur tendre une main favorable. Défaites-vous donc, mon fils de ce caractère crapuleux, farouche et barbare, pour reprendre celui de Thomme doux, sensible et vertueux. L'habitude de la méchanceté, et de la débauche,dans laquelle vous vivez depuis si long-temps, est un puissant obstacle, je le sçais, à votre conversion en vous armant, mon fils, d'un peu de courage, vous vaincrez facilement ; si dans les commencements vous éprouvez de la difficulté, vous recueillerez bientôt de votre résignation un fruit salutaire à vos fautes passées ; alors s'évanouiront de votre cœur toutes ces passions honteuses dont vous le nourrissiez ; alors avec autant de facilité que vous consommiez auparavant tous les crimes ; alors vous reconnoitrez aisément que vos débauches, vos orgies, vos liaisons intimes et scandaleuses avec la R... {Reine) votre belle-sœur ; la Duthé, la Contât, la Polignac, sont des plaisirs bien au-dessous de ceux de la pratique du bien, la jouissance des premières laisse toujours dans l'âme un certain vuide, des remords, des inquiétudes déchirantes, au lieu que la jouissance des se-

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condes est pure et sans aucun mélange d'amertume. Et, en effet, mon très cher frère, comment ne seriezvous pas convaincu de la vérité de ce parallèle et de lénormité de vos crimes, si vous réfléchissez un instant que rien ne dégrade tant l'homme aux yeux du page et même à ceux des hommes corrompus, que la conduite de celui qui se livre à tous les excès du libertinage ? Un pareil être peut-il se ranger, sans injustice, dans la classe du genre humain ? rs'e doiton pas au contraire le considérer comme un animal fougueux, qui, ne reconnoissant ni frein, ni délicatesse, ni pudeur, s'abandonne à toute la vivacité de ses passions ? Telle est la difl'érence qui existe entre l'homme et la bête : le premier devient coupable, si, secouant le joug de la raison et des voix divines, il n'écoute que la voix des passions pour les satisfaire, parce que la puissance de Les réprimer réside en lui dans toute sa plénitude. 11 en est tout autrement du second ; dépourvu de cette faculté intellectuelle qui constitue l'essence de l'homme, quand les passions lui commandent, il y succombe infailliblement ; mais tout en se livrant au sentiment de la nature, soa instinct met toujours un terme à ses jouissances : au lieu que vous, mon tils, vous n'en avez jamais mis aucun aux vôtres ; ainsi votre situation est encore pire que celle des animaux ; car d'après votre aveu, est-il riende plus révoltant que d'apprendre le nombre incroyable des actes de lubricité, de luxure et d'adultère que votre incontinence a consommés avec le»

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malheureuses complices de vos <liM>auches? AIî. va^n fils 1 quel étoit donc votre aveuglement, lorsque voua vous plongiez ainsi dans l'abîme ? Hé quoi ! comment avez-vous osé, sans mourir de honte, vous atta* cher à une Contât^ à une Dut hé, les deux plus grandes catins qui existent sur la terre, et aussi méprisables du côté des mœurs que de celui de lanaissance ? Un Prince né d'un sang aussi illustre que celui dont vous sortez, ne doit-il pas ménager soigneusement sa réputation ? Or, en vous associant à ces viles créatures, c'est courir à votre perte, en même temps que vous vous couvrez d'opprobres.

D'ailleurs, n'avez-vous pas votre épouse, mon fils ? Sans être douée d'une figure aussi agaçante que celles de ces deux fameuses laïs, à une physionomie assez agréable, elle réunit encore des qualités qui doivent vous la faire chérir et respecter.

D'un autre côté, voyez à quel danger vous l'exposez, ainsi que vous ! Votre fréquentation journalière avec ces femmes prostituées, et dans tous les B..., a fait couler, vous le sçavez que trop, un germe impur dans vos veines, que vous avez eu l'indignité de communiquer à votre vertueuse compagne. Tel est le sort, mon fils , des débauchés ; les maux de toute espèce viennent les frapper au moment où ils s'y attendent le moins, et ils finissent toujours par périr misérablement.

Ces fautes, quelques graves qu'elles soient, sont encore inférieures à celles que vous avez commises avec la R... eildi Polignac.

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Sçachantque celle-ciréuuissoit sur sa têteles crimes les plus épouvantables, comment n'avez-vous pas frémi d'en iaire votre concubine ? Son commerce avec la R... ne vous sul'fisoit ilpas pour fuir la présence d'une femme aussi détestable ? En supposant que sa tournure, sa physionomie, son enjouement et ses raffinements de volupté eussent captivé votre cœur pour cette malheureuse, son goût dépravé pour le sexe, qui ne peut lui avoir été inspiré que par FEnfer, étoit une raison de plus pour en concevoir une horreur inexprimable.

Mais telle est la destinée des pécheurs ; plus ils s'enfoncent dans le crime, moins ils s'en aperçoivent : l'erreur chez eux va toujours en augmentant : une faute les précipite dans une autre encore plus grave : leur âme s'aveugle, s'endurcit, et contracte une illusion si forte sur leurs dérèglements, qu'à lafin ils prophanent les choses les plus sacrées.

C'est cet aveuglement déplorable, mon fils, qui vous a fait porter une main sacrilège sur l'épouse de votre R... {Boi), et votre frère.

Je veux croire que de son côté les désirs ardents pour les combats amoureux ont souvent provoqué votre concupiscence ; mais loin de chercher à monter àl'assaut, vous auriez dû lui faire sentir, par une retenue décente, et par respect pour la R. .., combien votre réputation et la sienne en soulfriroient si vous vous abandonniez l'un et l'autre à des plaisirs que les loix sacrées de l'hymen et la majesté du trône condamnent.

jar-là, vous auriez évité les dépenses considérables dans lesquelles la société intime et la complaisance coupable de la R... et de la Polignac vous ont engagé, pour assouvir leurs goûts dépravés et excessifs en tout genre ; votre fortune n'eut point été altérée, ni votre nom flétri ; au lieu qu'actuellement vous êtes dans une si grande détresse qu'il vous est impossible de satisfaire vos créanciers : la banqueroute énorme que vous venez de faire, la suppression méritée de votre maison, en sont des preuves bien sensibles. Or sçachez, mon lils, que la perte que ces mêmes créanciers éprouvent, est un véritable vol dont vous serez responsable un jour devant Dieu ; et il vous en punira d'autant plus sévèrement, que vos prodigalités, vos dons, vos dépenses ne s'appliquoient qu'à des objets criminels.

Ce déficit immense, fruit de votre libertinage, vous a fait imaginer, d'accord avec les fauteurs de vos désordres, une ressource digne des âmes les plus scélérates, parce qu'en pareil cas on ne peut guère réparer une faute que par un crime plus grand encore.

Cette ressource odieuse étoit de vous emparer des rênes de la Monarchie Française, en faisant périr misérablement votre Roi et sa postérité mâle, pour ensuite surcharger le peuple d'impôts, et couler votre vie dans la mollesse, la débauche, le luxe et l'abondance. Semblable à un Sardanapale, on vous eût vu passer les jours et les nuits au milieu des repas les

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plus somptueux, et des femmes aussi viles que méprisables par la dissolution de leurs mœurs. A quoi donc pensiez- vous, mon fils, en concevant ces projets exécrables ? Ah ! tout mon sang se glace, quand je réfléchis que, pour mieux consommer votre ouvrage, vous aviez poussé la barbarie jusqu'à vous décider à faire égorger les intrépides et généreux Parisiens, parce qu'ils critiquoient votre vie licencieuse, et qu'ils s'opposoient, avec raison, à vos vues criminelles ! Ces ordres sanguinaires vous les aviez extorqués au Roi, sous prétexte de conserver sa couronne ; mais toute la France avoit pénétré vos cruels desseins : elle sçavoit que vous ne vous comportiez ainsi, d'accord avec la R.., que pour avoir l'occasion favorable de lui enfoncer le poignard dans le cœur.

Pleurez, mon fils ; pleurez amèrement sur ces fautes inconcevables ; sçachez que Dieu ne vous en accordera jamais le pardon, que vous ne les ayez expiées par une pénitence longue et rigoureuse. Il est juste, bon, miséricordieux, mais le pécheur ne doit espérer de trouver grâce devant lui, que par un repentir vraiment sincère. Des larmes de sang, le front prosterné contre terre, le jeûne, le cilice, la privation de toutes les douceurs de ce monde, telles sont les armes avec lesquelles vous devez fléchir sa justice. N'espérez pas, mon fils, de jamais rentrer en France ; les malheurs auxquels votre férocité l'a livrée, vous en ont exclu pour toujours : ne songez maintenant qu'à vous réconcilier avec Dieu que vous avez horriblement offensé.

Mon Royaume n'est pas de ce monde, a dit le Sauveur des hommes ; ainsi, mon fils, ea vo«s conformant à ces sages paroles, songez à ne plus envisager désormais la terre que comme une isle déserte, oh vous seriez relégué pour y pleurer vos péchés. Détournez vos regards de dessus ces femmes mondaines dont la société a causé votre perte ; et s'il vous arrive, après les avoir détachés de la terre où ils doivent se fixer sans cesse, de les porter sur un autre objet, que ce soit vers le Ciel, pour implorer sa clémence.

Vous sentez parfaitement qu'après avoir chargé votre tête de tous les plus grands crimes, vous devez être un objet d'horreur pour la Divinité ; je serois donc coupable envers elle, si je vous traitois avec trop de ménagement, et si, en vertu du pouvoir qu'elle m'a donné, je vous déiiois tout-à-coup de vos iniquités : ainsi ne vous attendez pas, mon fils, à recevoir en ce moment l'absolution de vos péchés ; c'est une faveur dont vous ne pouvez jouir, que je ne sois entièrement convaincu de votre retour à la vertu, et d'ua parfait repentir de vos fautes.

Vous reviendrez donc à confesse dans un an. En attendant, vous direz, pour votre pénitence :

1** Un acte de contrition, soiret matin, pour entretenir votre âme dans des sentiments de componction.

2° Vous réciterez tous les jours un chapitre de Vlmitalionoîm &y apprendre à mener désormais une vie plus sobre, plus modeste et plus exemplaire.

3" Vous lirez une fois par mois le poème de Télé-

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œaque comme propre à former 'éducation des Princes.

4* Vous ne mangerez que du pam sec, et ne boirez que de l'eau, pour amortir le feu de vos passions.

y Vous n'approcherez pas d'aucun Temple, de crainte que votre présence n'en profane l'enceinte.

6** Enfin, comme un autre Gain, à la diiférence que celui-ci étoit marqué sur le front pour avoir tué son frère Abel, vousne vous présenterez nulle partqu'avec la corde au col, enseigne de votre réprobation de Dieu et des hommes, pour avoir tenté de faire égorger des milliers de Français.

Ici le Confesseur, après avoir engagé le Pénitent à achever son Confîteor, termine sa prière et lui dit :

Allez, et ne péchez plus.

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