‹ Vénus damnéesChapitre 6 sur 40 · COUP D OEIL DANS LES « SERAILS » DE PARIS · texte numérisé non relu

COUP D OEIL DANS LES « SERAILS » DE PARIS

mante, et sa démarche noble et aisée. Elle est g-aio, complaisante et a de l'esprit.

Quel client aurait pu résister à une aussi eno'ageante description ?

En tête des premiers portraits, on Ta vu, figure le nom de Mme Gourdan.

Dans les annales et les fastes de la galanterie du dix-huitième siècle, cette procureuse est célèbre à tous les titres. Sa maison, située 12, rue Saint-Sauveur, existe aujourd'hui encore intacte (1). C'était le rendez-vous obligé de tous les débauchés de la capitale et même de la province. Au rang des intermédiaires pour les lesbiennes, Mme Gourdan, ancienne fille galante elle-même, était en bonne place. « Les lesbiennes les plus renommées, écrit son biographe, se recommandaient toutes auprès de la Gourdan pour avoir de jeunes et jolies filles vicieuses et naïves, expérimentées ou débutantes (2). » Elles étaient d'aillleurs, comme nous le verrons par la suite, servies à merveilîp. Nous n'osons pas dire au plus juste prix, car ces | rix étaient fort élevés. Quelques-unes des « trouvailles » de Mme Gourdan dans cette spécialité coûtaient jusqu'à cent louis. On peut juger de Timportance de la somme en se rendan' compte que le louis valait alors vingt-quatre francs,

(1) Elle a été retrouvée récemment par M. Eugène Defrance qui lui a consacré une excellente monographie; Vieilles façades parisiennes ; la maison de Mme Gourdan. Paris, 1908, in-18.

(2) E. Defrance, la Maison de Mme Gourdan, p. 106.

et que la valeur de l'argent était alors double de ce qu'il est aujourd'hui.

La maison de Mme Gourdan peut passer pour un modèle de ce genre de sérails. Le règlement qu'elle rédigea et mit en vigueur pour y maintenir la décence (oui, parfaitement, la décence), le bon ton et les meilleures habitudes mérite de ne point être passé sous silence. 11 a été publié dans un recueil du temps, intitulé le Portefeuille de madame Gourdan. Le voici in extenso :

Règlement pour les demoiselles de la maison de Mme Gourdan.

Article premier

Toutes les demoiselles auront entre elles la plus grande honnêteté, et elles ne se diront jamais de sottises, sous peine d'encourir la disgrâce de Mme Gourdan, et, en cas de récidive, d'être bannies pour un mois.

Art. II

Toute demoiselle qui aura osé lever la main sur une de ses compagnes sera bannie à perpétuité.

Art. III

Toute demoiselle qui aura juré et se sera mise en colère sera à l'amende de ce qu'elle gagnera dans la journée, et trois jours au service des vieux.

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