BOILEAU
* Le participe passé français est dérivé du participe du parfait passif latin i^participium perfectum passivuni) ; aussi lorsque! sert à exprimer un état passif, il s'accorde, conformément à son origine, avec le sujet du verbe. Ex. : " Il est aimé, elle est aimée, nous sommes aimés" (^=samatus, a mata est, amati smnus.)
C'est également à cause de son origine que le participe des verbes intransitifs conjugués avec être, comme venir, aller, etc., s'accorde avec le sujet du verbe. Ex.: "Il est
DE l'emploi des TEMPS. 99
Remarque A. — Quand les participes excepté^ supposé^ attendu, vu, approuvé, ouï, passé, compris, y compris, non compris, sont placés devant un nom, ils sont employés comme prépositions, et, par conséquent, invariables. Mais s'ils suivent le substantif, ils sont employés comme adjectifs et s'accordent avec le substantif qu'ils qualifient. Ex. :
venu, elle est allée, nous sommes venus, elles sont allées^"* etc.
En dehors de l'état passif, le participe passé français sert aussi à former les temps composés des verbes actifs conjugués avec avoir. Cette forme grammaticale, quoique peu usitée en latin, est cependant, comme la précédente, empruntée à cette langue : dans l'origine, en eflfet, " J'aj lu le livre " voulait dire: ** habeo librum ledum ^^ (=je possède le livre lu) ; aussi le participe s'est-il accordé avec le régime direct dont il était, en quelque sorte, l'adjectif. Cette forme grammaticale remonte à l'époque la plus brillante de la littérature latine; on la trouve notamment dans Cicéron : " habeo perspectum, habeo cognitum, satis dictum habeo," quelquefois même avec un complément direct : " habeo absolutum epos, bellum diis indictum habuit, rem cognitam habeo" etc., ce qui équivaut presque identiquement aux temps simples : " perspexi, cognovi, dixi, absolvi, indixit," etc.
Le participe passé ne servit donc tout d'abord qu'à modifier le complément direct du verbe avoir, c'est-à-dire à indiquer la manière d^étre de ce complément, laquelle était subordonnée à l'idée principale de possession, marquée par avoir. L'emploi de cette tournure de phrase ne tarda pas à se généraliser, mais l'idée de possession ne conserva pas l'importance prédominante qu'elle avait dans l'origine, et, peu à peu, elle se confondit avec Vidée de Paction marquée par le participe. C'est ainsi que, dans la plupart des langues modernes, le verbe avoir finit par devenir un simple verbe auxiliaire servant à former les temps composés des verbes actifs (comparez le grec ancien yéypatpa avec le grec moderne éx^ ypà\l;ei).
Chez les anciens écrivains français, le participe passé, conjugué avec avoir, est indifféremment variable ou invariable. Ex.: J'ai venduela. maison, ou J'ai vendu la maison. — Nous ayons admirée la vertu, ou Nous avons admiré la vertu.
lOO
DE l'emploi des TEMPS.
INVARIABLE
Excepté deux pages, j'ai lu le premier volume.
Supposé ces dispositions justes.
Attendu cette décision du sénat la proposition fut retirée.
Vu les articles de la loi.
Approuvé l'écriture cidessus.
Oui les deux avocats dans leurs conclusions.
Passé dix heures je ne vous attendrai plus.
Il gagne cinquante dollars par mois, y compris la nourriture et le logement.
VARIABLE
Ces deux pages exceptées^ j'ai lu votre livre.
Ce sont des faits supposés.
Il a enfin obtenu cette place attendue depuis si longtemps.
Les choses vues de loin paraissent superbes.
Les ouvrages approuvés par l'Académie ont du succès.
MM. Gilbert et Moreau ouis dans leurs conclusions.
Il y a dix ans passés qu'il est en Amérique.*
Elle gagne huit dollars par semaine, la nourriture comprise.
Remarque B, — Les participes passés joint et inclus dans les locutions ci-joint et ci-inclus^ sont invariables, parce qu'ils sont employés adverbialement :
i^ Quand le nom qui suit n'est précédé ni de 1 ni d'un adjectif déterminatif.
' t" 1 l Vous trouverez «^'tfjw/ ou ^^ ^t"f I ^'"''*^^*" copie de sa lettre.
2* Lorsque placés avant ^ r-- • • a • • i i
' 'j' j i> *• 1 I Ct'jotnt ou ct-tnclus les
un nom precede de 1 article ( . -' , i *.«. /
j, *j- ^TJ'*. «.r r copies de ses lettres (= «-
ou dun adjectif déterminatif, [ f , .i • *. \
., «. 1 u I /tfî»/ sont les copies. .. etc.)
ils commencent la phrase. -^ ■' *^ ^
Et Chrêmes qui TûL^zyzii promise
Sa fille, et puis s'en était dédit. ( Tr. de Terence.)
Ce n'est que vers le milieu du XVIIe siècle que des règles fixes ont été établies et ont déterminé Içs cas où le participe passé varie ou rçstç invariable,
DE L*EMPLOI DES TEMPS. lOI
Mais ils sont considérés comme adjectifs et varient :
o T >M • ^ 1 ) Vous trouverez la copie
i' Lorsqu'ils suivent le f , „ . • • • j • •
, ^ ,.r ^ y de racte ct-jointe ou cutU'
substantif. [ ^^^^
i, * *-f j'k •'»*.! Vous trouverez «V^^ï»/^ ou un substantif determme.c est- f . • , , • < i ^
X j. ' j i> r ci'tnclusâ la copie de sa let-
a-dire accompagne de rar- | . *^
ticle. ^ ^'^^•
Remarque C Le participe passé sans auxiliaire, mis au commencement d'une phrase, doit toujours se rapporter, d'une manière précise et sans équivoque, à un nom ou à un pronom placé plus loin, soit comme sujet, soit comme complément. Dans cette phrase : " Obligé d'entreprendre un long voyage, je crois que mon père sera très affecté de notre séparation," rien n'indique si c'est le père ou le fils qui est " obligé d'entreprendre un long voyage.'* Pour faire disparaître l'équivoque, il faut dire : " Mon père, obligé d'entreprendre un long voyage, sera sans doute très affecté de notre séparation."
(h) Lorsque le participe passé est employé avec être^ dans les temps des verbes passifs ou des verbes neutres qui se conjuguent avec cet auxiliaire, il s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe. Ex. : **La vigne y^// apportée en Gaule par les Grecs d'Asie Mineure. — L'Amérique fut découverte par Christophe Colomb en 1492. — C'est par le roi David que les Psaumes ont été composés, — Cette dame est sortie, — Nous sommes venus, — Elles sont montées au sommet de la tour Eiffel," etc.
2^ Participe passé
{a) Avec avoir,
(i) Avec un verbe pronominal.
I02 DE l'emploi DES TEMPS.
(a) lyC participe passé conjugué avec avoïr s'accorde en genre et en nombre avec son régime direct^ quand il est précédé à^ ce régime : Ex.: ** L'homme que nous avons vu. — Les dames que vous avez rencontrées, — Les chanteurs qu'elles ont entendus, — Les lettres qu'ils ont écrites ^'' etc.
Il s'ensuit que le participe conjugué avec avoir reste invariable :
i'^ Quand le régime direct le suit : Ex : ** Il 0. puni beaucoup d'élèves aujourd'hui. — Ils ont vendu leur hôtel. — Elles ont fondé une grande maison de commerce, ' ' etc.
2"" Quand il n'y a pas de régime direct •} Ex. : ** Elles ont dormi longtemps. — Ils ont succédé à leur père. — Nous avons chanté et dansé, — Elles ont compris, — Ils ont chassé aujourd'hui," etc.
(i) Les participes des verbes pronominaux, bien que conjugués avec être^ suivent la règle des participes conjugués avec avoir y c'est-à-dire s'accordent avec le régime direct, si ce régime précède le participe. La raison en est que, dans ces verbes, l'auxiliaire être est mis pour avoir, Ex. : ** Nous nous sommes amusés (= nous avons amusé nous) " : le participe s'accorde avec le régime direct qui le précède. — **Vous vous êtes partage ces fruits (=vous
^ II résulte de cette règle que le participe passé des verbes VB^ transitifs conjugués avec avoir est toujours inviuiable»
DE l'emploi des TEMPS. IO3
avez partagé ces fruits à vous) " : le régime direct fruits suit le participe, donc ce dernier est invariable. — **Ils se sont parlé (=tX'& ont parlé à eux) *' : il n'y a pas de régime direct, donc le participe est invariable.
Remarque. — Mais les verbes essentiellement pronominaux
(c'est-à-dire qui ne peuvent s'employer sans deux pronoms)
ayant toujours pour régime direct leur second pronom, il
s'ensuit que leur participe s'accorde toujours : Ex. : " Ils se
sont repentis de leurs fautes. — Vous vous êtes emparés de la
ville. — .S'étaient-elles abstenues de vous faire une visite ? " etc.
Le verbe s'arroger fait seul exception, parce que, quoiqu'il soit toujours pronominal, il n'a pas son second pronom pour régime direct. Ex. : " Ils se sont arrogé des droits qu'ils ne possédaient pas " ( = ils ont arrogé des droits à eux) : le régime direct droits étant placé après le participe, ce dernier est invariable.
Tous les participe passés se rapportent aux deux règles générales établies ci-dessus ; mais l'application n'en étant pas toujours facile, nous examinerons, dans notre prochain leçon, les principales difficultés qui peuvent se présenter.
OBSERVATIONS GENERAI,^
sur t emploi de certains participes.