AVERTISSEMENT
Ce petit livre renferme la vie entière de Vercingétorix. Il commence à sa naissance et le suit pas à pas jusqu'au moment où il se livra lui-même aux Romains pour sauver ses compatriotes. Il avait presque expulsé les légions du territoire gaulois en fédéralisant toutes les cités celtiques, et en créant ainsi, ce qu'il appelle lui-même : « Tunité de la Gaule. » C'est le triomphe de la Gaule, triomphe, hélas ! momentané, mais brillant. Les désastres qui suivirent furent dus à la jalousie d'un certain nombre de nobles et de druides éduens, qui avaient voulu ravir aux Arvernes et reprendre, pour leur propre cité, la suprématie générale sur toute la Gaule, et qui persistèrent, au moment où tout était gagné, à livrer, malgré Vercingétorix, le combat équestre.de TArmançon et se retirer dans Alise, ville cliente des Éd(|ens. Nous avons saisi avec empressement, avouons-le, Toccasion de faire connaître, sur le ton simple d'un récit, et loin de tout appareil scientifique, la religion gauloise, en réunissant, comme en un rapide tableau, et toujours au moyen des textes, les divinités et les croyances de Tune des plus belles religions du monde antique. Mais, sans
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cette exposition, il ne nous eût pas été possible de déterminer le rôle des druides pendant la guerre de Tindépenpendance. L'ouvrage offre donc, dans ses humbles proportions, un ensemble complet, une véritable unité.
On verra plus loin comment nous avons abouti, sur tous ces événements, à des conclusions si différentes de celles qu'on donne ordinairement, grâce au témoignage des auteurs grecs et même des auteurs latins, dont le récit contrôle, complète ou rectifie celui de César, suivant toutes les règles de la critique historique. Cette étude a été lue d'abord à l'Académie des Sciences morales et politiques; nous en avons supprimé tout ce qui nous paraissait trop savant, même des notes, des citations en réponse à certaines allégations allemandes, ou des détails de manuscrits. Mais le fond est le même, et il n'est ici pas une pensée, pas un jugement que nous ne puissions justifier, au besoin, par une citation au bas de la page, citation extraite des auteurs anciens. Nous avons maintenu cependant, qu'on nous le pardonne, tout ce qui est avant tout celtique, c'est-à-dire, national : institutions, histoire et religion celtiques, en abrégeant, bie» entendu. Ces détails sont encore de la science aujiOurd'hui ; ils seront populaires dans cinquante ans. Bien plus, nous avons conservé les racines ou élymologies celtiques des noms d'hommes, de dieux, de montagnes, de cours d'eau, de frontières, de cités, de forêts. Tous ou toutes portent ou ont porté des noms celtiques; héritage de famille, de fOcéan au Rhin, des dunes et des rochers du nord aux plages et aux mon-
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tagnes du midi, dont une partie nous a été ravie à plu* sieurs intervalles, mais qui nous a été transmis pour être conservé intégralement, comme le patrimoine de la race celtique, par nos pères, avec les noms qu'eux-mêmes lui avaient donné.
D'ailleurs, gardons-nous de le méconnaître, le peuple, par instinct de race, surtout le peuple des campagnes, où s'est mieux conservé, pur de tout mélange, le sang celtique, avait gardé, quoique d'une manière vague et à l'état latent, le souvenir de ces anciens événements. 11 l'avait même mieux gardé que la société lettrée et polie. Qui songeait aux Gaulois, je vous pri^, parmi les beauxesprits du dix-septième siècle? Et, dans la génération même qui a précédé celle-ci, la plupart des histoires de France ne commencent- elles pas avec le prétendu roi des Franks, Pharamond? Et l'écrivain qui, par ses Essais, a ouvert une voie nouvelle à ce genre d'études^ M. Guizot, ne commence-t-il pas ses savantes consi-dérations à l'arrivée des Romains dans la Gaule? Ne va-t-on pas encore répétant aujourd'hui que ce sont les Romains qui ont apporté la civilisation aux Gaulois, parce qu'en effet ils leur ont apporté une culture intellectuelle toute de décadence; tandis qu'ils ont arrêté, au contraire, une civilisation déjà en progrès, comme on va le voir, et toute nationale, en étouffant chez eux le sentiment moral et patriotique. Il n'est de civilisation Véritable et de grandeur, pour aucun peuple, sans lé culte de la patrie. Combien Tacite voyait plus juste quand il traçait ce grand coup de pinceau : amissa vir^