AVERTISSEMENT
tute pariter ac libertate; les Gaulois, écrit-il, avaient perdu toute leur force morale en perdant la liberté. Bien loin d*avoir, comme les lettrés, oublié la tradition orale, les populations agrestes des vallées du Haut-AUier, ' par exemple, et les montagnards jies deux versants des monts Dômes qui, comme souvent les anciens Celtes, mènent aujourd'hui la vie pastorale et n'ont d'autres richesses que leurs grands troupeaux, ces populations montrent encore, à présent, et non sans fierté, les fossés de Gondole, d'où Vercingétorix délogea les Romains; ils les appellent -/bwé^ de Jules César. Les antiquaires nommtnt Camp de Sainte-Radegonde, l'endroit où le brenn gaulois s'était établi avec toute son armée, pendant le siège d'Avaricum, Bourges; mais les paysans du Berry, plus fidèles à la tradition, Tont toujours appelé et l'appellent encore à présent le Camp de
ET
Oergovie. — Naissance et éducation de Vercingétorix. — Gonfédératibn de toutes les cités celtiques. — État politique de la Gaule au temps de la guerre de rindépendance. — Vercingétorix pendant les six premières années de cette guerre.
Quand on s'éloigne de Clermont-Ferfand en marchant vers le sud-est, on aperçoit bientôt une montagne dont la forme est celle d'un grand parallélogramme irrégulier et allongé par la base. C'est le mont de Gergovia où s'éleva jadis la ville de Gergovia ou Gergovie, capitale des Arvernes. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines; mais au temps de la guerre de l'indépendance gauloise, c'était à la fois une ville toujours habitée et un oppide ou forteresse, où les habitants des campagnes se réfugiaient, quand ils étaient pressés par leurs
ennemis. C'était une des premières places de la Gaule. Bordée par des rochers escarpés à Test et au nord, avec des pentes très raides au sud, elle avait plus de cinq cents mètres d'élévation. D'un côté, on apercevait cette mer de verdure et de moissons, la Limagne dominée par les masses imposantes des puys de Dôme et de Pariou, de l'autre, on voyait le puy de Korant où avaient retenti les chants des bardes au temps des grands chefs arvernes, Luern et Bituit, au fond des vallées le cours sinueux de l'Allier, pi us loin le puy de Sancy , le puy Ferrand, et dans le lointain, le plomb du Cantal qui se perd dans les nues. Par sa position entre la Limagne et ces montagnes qui étaient elles-mêmes autant de forteresses, Gergovie commandait toute la contrée. Le plateau avait plus d'une demi-lieue de long sur un quart de large, mais la ville ne le couvrait pas tout entier.
C'est là que naquit Vercingétorix , nom* qui
1. De ver, grand, cingeto ou kîngeadh en irlandais, brave, et rix ou reix ou rto, chef. C'était un nom propre et non pas un nom de dignité ; les médailles celtiques portent toujours le nom des chefs. Celle de Vercingétorix portent pour légende VERCINGETORIXS en majuscules latines, tandis que celles dps Édueng pprtçRt des caractères grecs.
signifie en celte grand chef des braves, vers Tan 82 avant notre ère*. Son père, riche chef de clan arverne, se nommait Celtil ou Keltil, c'est-à-dire le grand Celte*. Keltil obtint ce qu'on appelait le principat de toute la Gaule, c'est-à-dire que pendant qu'il était à la tète de la république arverne, celle-ci tint le premier rang parmi les autres cités gauloises, et eut pour clientes le plus grand nombre de ces petites républiques. Vercingétorix fut élevé dans les montagnes, d'abord par les soins particuliers de sa mère. Chez les Gaulois, c'étaient les mères qui étaient chargées de la première éducation de leurs enfants, et elles y excellaient au dire de Strabon'. Ils ne paraissaient même en public, à côté de leurs pères, que quand ils pouvaient tirer l'épée ou manier la langkia, lance gauloise au fer large et très long. L'éducation de tous les jeunes Gaulois était ensuite confiée aux druides,
1. Vadolescentia, chez les Homalns, finissait à trente ans; de là notre point de départ pour établir la date de la naissance do Vercingétorix.
2. De kelt^ nom par lequel les Gaulois se désignaient dans leur langue, et de ile en irlandais, grand, fameux. L'irlandais est celui des dialectes celtiques qui se rapproche le plus de Tancien celte ou langue des druides.