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cinquième grand Dieu gaulois, qu'il nomme Dis Pater, c'est-à-dire, Pluton, et qui était, d'après le contexte même, le dieu des enfers, des ténèbres et du temps, considéré comme créateur*. On se rappelle que, d'après la doctrine des druides, au centre même d'Abred, le monde où nous sommes, s'ouvrait un souterrain immense, où s'agitaient, au milieu des ténèbres, les germes de tous les êtres qui devaient venir dans Abred ou y revenir. C'est à peu près ce que le gaulois cisalpin, Virgile, encore tout plein des instincts .celtiques, a décrit avec tant d'élévation, dans le sixième livre à^V Enéide, avec cette différence que, dans l'épopée virgilienne, les âmes retombent toujours, pour en sortir toujours, au bout de mille ans, dans cette région inférieure; tandis que pour les druides, lésâmes seules des coupables y retombaient, pour tenter un nouvel apprentissage de la vie dans Abred, et que les âmes des hommes justes et courageux montaient dans Gwingfyd, sans perdre la mémoire et sans craindre de retomber dans cet Annwn. Or, c'est de cet Annwn, c'est de cette région infé-
1. Voyez aussi Revue celtique, i, 1-8, De la divinité gauloise assimilée à Dis Pater ^ par M. Anatole de Barthélémy.
riôure, qu'était souverain ce dieu inconnu, mystérieux, ce Dis Pater des Celtes, avec les attributs de créateur, comme dieu de tous les êtres en germes. Voilà pourquoi les druides disaient aux Gaulois qu'ils descendaient tous de ce Dis Pater. Mais quel était le nom celtique de ce dieu? Ce qui rend la réponse assez difficile, c'est que tout ce qui le concernait se rapportait à la partie la plus occulte de l'enseignement ésotérique des druides, révélée seulement à des initiés, à des adeptes. César fait entendre qu'à cet égard, les Celtes s'en rapportaient à leurs prêtres, en acceptant cette sorte de mystère sans oser l'approfondir. Il est évident qu'ils n'avaient pas même dit le nom de ce dieu à César. Maison peut le croire, ce dieu inconnu était le seul qui avait été apporté, et sans transformation, par les Celtes, de leur première patrie où il était adoré par les pâtres aryas, sous le nom d'Yama, Au moyen âge, ce dieu des ténèbres, du temps et de la création, est appelé Duifo, pro» nonciation celtique de la première syllabe de Dis dans Dis Pater, Duw, qui veut dire aussi dieu en gaëlique. Bien plus, tous les Gaulois étaient appelés Duwnes ou Dubnes, c'est-à-dire, enfants et adorateurs du Plu^on ççltique. ERfin^ ce ipot c(^
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Dubnes n'était pas seulement gaélique, il était celte, en usage du temps même de Vercîngétorîx, où on le retrouve, par exemple, dans le nom de l'un de ces compagnons d'armes, Dubnorix, qui signifie chef des Dubnes, ou enfants de Pluton,
Les Celtes, au rapport de César, avaient six grandes divinités ; nous venons de rendre à cinq d'entre elles leurs noms gaulois. Il ne reste plus, comme grand dieu, d'une part, dans César, que Mercure, et d'autre part, chez les Celtes, qu6 Tentâtes. Donc, le Tentâtes gaulois répondait au Mercure romain. Pour être amenée par une voie différente, on ne connaît pas d'inscriptions authentiques à Mercure-Teutatès, cette conclusion n'est pas moins sûre que les précédentes. César représente Mercure comme la principale divinité des Gaulois, ce que font aussi pour Tentâtes les documents de la même époque et des âges suivants. Cette supériorité est marquée aussi par le nom de Tentâtes qui, en gaélique, veut dire père du peuple. Les Phéniciens qui. dès la plus haute anti^ quité, faisaient un commerce régulier avec les Cassitérides, ou îles de Bretagne, ces Phéniciens qui laissaient ainsi que leur plus célèbre colonie, Çarthage^ des traces de leur roliçion dans ÛQ sipif
pies escales, comme Tîle de Sein, avaient, à plus forte raison, établi dans Tîle de Prydain ou de Bretagne, le culte de leur grand dieu « du commerce, des voyages et des routes », Thot ou Teul. Or, ce sont précisément les attributions que César reconnaît à Mercure*, et qu'on retrouve dans les inscriptions. Peuple agriculteur et guerrier, mais non commerçant, les Gaulois auraient-ils eu d'euxmêmes la pensée de créer et de mettre, dans les derniers temps, au-dessus de leurs autres dieux, un dieu du commerce, surtout avec ce nom général de Père du peuple? Il leur était donc venu deTile de Prydain, avec laquelle ils étaient en rapports constants, fraternels, comme, plus tard, les dieux romains leur vinrent d'Italie. On voit ainsi pourquoi les jeunes gens, qui voulaient approfondir les doctrines druidiques, se rendaient dans le principal collège de cette île. C'est là qu'avait été découvert {reperta), le mot de César est très juste, c'est de là qu'était parti le culte de Tentâtes, la plus récente et, à ce moment, la plus vivante transformation du Druidisme.
1. Alfr. Maury, Encyclopédie moderne, i, XIII, p; 107, article Druidisme.
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Ne laissons pas se refermer celte sorte d'ouverture faite dans le nébuleux Gwynfyd, ou ciel celtique, sans y regarder un instant aussi le dieu OgmioSy dont César n'a pas parlé, parce qu'il le confondait avec Hercule, simple demi-dieu aux yeux des Romains. C'était en effet Hercule, mais encore ici l'Hercule tyrien, autre symbole du génie phénicien en Occident, et qui avait fondé tant de villes chez les Celtes, depuis Nîmes primitivement au bord de la mer, jusqu'à la fameuse Alise, au centre de la Gaule. Sans doute, Ogrnios était, avant tout, un dieu des voyages maritimes, et c'est pour cela que Lucien, après en avoir achevé la description, ajoute qu'il avait l'air d'un « vieux marin }>\ mais c'était surtout le dieu de l'intelligence, Ao-yoç, le dieu de l'instruction et de l'éloquence. De là ces brillantes petites chaînes d'or et d'ambre, « pareilles, disait un druide à Lucien, pareilles aux plus beaux bracelets », et qui partaient de sa langue pour aller s'attacher ensuite aux oreilles de ses auditeurs. De là l'empressement de ceuxci à le suivre, trop heureux de leur esclavage et tout épris de cette parole divine et harmonieuse. Allégorie ingénieuse, qu'on ne retrouve que dans la religion gauloise, et qui rappelle ce mot célèbre
Digitizëd
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du vieux Caton : « les Gaulois gavent deux choses, bien se battre et parler finement » . Ce dieu Ogmios avait inventé TOgham, ou alphabet gaélique, formé au moyen de brindilles, ou branches d'arbres et de plantes arrangées de manière à former des lettres*. Ici, qui ne se rappelle que les Phéniciens portèrent, en effet, récriture sur tous les rivages où ils établirent des qomptoirs, depuis Cadmus, époux de la déesse Harmonie, et qui fit connaître aux Grecs les seize lettres cadméennes, jusqu'à Ogmios, qui enseigna récriture aux Celtes de Prydain, quoique la vieille tradition des druides s'y opposât sur le continent. On sait que, dans Thistoire des nations, récriture, d'abord simple moyen de régulariser les transactions commerciales, devient peu à peu un procédé oratoire et littéraire. De même que Tarann et Esus représentaient deux attributs bien distincts du dieu suprême, de même, d'après les habitudes théologiques des anciens patriarches de l'Arye et des druides, Teutatès et Ogmios étaient, avec des différences de temps ou de pays, deux attributs d'une même di"
1. VoyeB sur Torigine et le nom de TOgham Zôus Grammafrmitca ceUica, et O'PoQQyan, Irifh Qrmmar, p, xui-ifiy*
vinité. Ce n'étaient pas seulement les habitants de Prydain, c'étaient tous les Gaulois qui donnaient à cet Hercule civilisateur le nom d'Ogmios le sa^
Également fidèles aux traditions aryanes, les Celtes honoraient encore toutes les forces vitales de leur pays, les cours d'eau : Sequana, la Seine, Rhodanus, le Rhône; Yconna, l'Yonne; Divona, Divone; la forêt Harduenna, les Ardennes; les montagnes Vosegus, les Vosges; surtout ces chaînes de montagnes Pyréné, les Pyrénées, Jupiter ou plutôt Esus Penninus, les Alpes pennines, et ce beau fleuve du Rhin aux eaux verdâtres et sacrées, montagnes et fleuves qui enveloppaient la Gaule et la défendaient, divinités tutélaires, contre les attaques du dehors : c'était la patrie entière à qui ce culte était rendu.
Un mot encore en achevant cette restitution des dieux celtiques. Séduit d'abord par une théorie brillante et entraîné, par d'éminents esprits, nous avons voulu savoir si les druides étaient monothéistes'. Nous n'avons trouvé aucun texte qui
1, Luciep, t. II, VHermle gauloia,
^, Voyez, pour ç©tt9 (|uçstioo, Beriiçfrç| dç Moutfauoowi V4r^
124 VERCINGÉTaRIX.
nous autorise à le penser. Les seuls témoignages qu'on puisse citer en faveur de cette opinion, de nouveau en honneur aujourd'hui, sont tirés du Mystère des Bardes. Or, nous l'avons déjà dit, la seule partie de ce recueil que nous regardions comme authentique, est celle qui concerne la doctrine cosmogonique des Cercles. Celle-là, nous l'admettons, parce que nous la retrouvons dans ces enceintes tricirculaires nommées cromlechs, qui étaient de véritables temples, et parce que nous retrouvons encore ces trois cercles concentriques sur des monnaies frappées évidemment du temps de Vercingétorix. Toutes, ou presque toutes les autres Triades sont, avec des parcelles très curieuses, très intéressantes à recueillir, une superfétation des idées du moyen âge. Ces tercets sublimes sur l'unité de Dieu, sur la grâce, sur la lutte contre Dyaul, qui est à nos yeux le démon, sont une émanation directe du Christianisme, émanation d'autant plus facile à expliquer que les
iiqiVÀié expliquée et représentée en figures. T. II, 8» partie, liv. V, Traité de la religion des Gaulois. — Dom Martin, De la religion des Gaulois. — Jean Reynaud, Le Druidisme, artide de V Encyclopédie nouvelle, et V Esprit de la Gaule,-' M. Pictet, Mystère des Bardes, Bibliothèque de Genève, 1858.
D^itizedbyCjOOQlC
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druides de la Grande-Bretagne et de Tlrlande étant devenus ces prêtres chrétiens, ces solitaires qui vivaient dans des grottes, comme, par exemple, ceux avec lesquels Alcuin était en correspondance, et qui étaient connus sous le nom de culdées. Nous n'admettons pas plus les Triades complètes qu'Ossian complet, quoique dans l'un, comme dans les autres, on sente bien souvent circuler le souffle celtique. Une action lente et puissante s'est exercée ; un travail moral, souvent inconscient, de beaucoup de générations, s'est accompli sur ces vieux et augustes monuments, renouvelant et transformant ce fonds historique qui s'est empreint peu à peu des sentiments et des croyances de bien des âges. Enfin, les Triades, qui composent le recueil actuel, sont écrites dans une langue moderne*. Elles n'ont été recueillies qu'au seizième siècle, et le seul manuscrit authentique qui les renferme, conservé dans la bibliothèque de Llan Haran, en Glamorgan, ne date que de l'année 1680.
Pour passer maintenant de la théologie des druides à la doctrine morale qu'ils enseignaient aux
I. Sur le Mystère des Bardes^ consultez M. Henri Martin, Études d'archéologie cellique, p. 64 ; M. Leflocq, Études de mythologie celtique, 113-137; M. Gaidoz, Revue celtique, i, 467.