‹ Vercingétorix et l'indépendance gauloise: religion et institutions celtiquesChapitre 50 sur 71 · Platarque, Vie de César · texte numérisé non relu

Platarque, Vie de César

*Vli VERCINaÉTORIX,

dpat, mais tontes les cites, et non seulement les deux classes principales, mais le peuple de chaque cité.

Voilà pourquoi il avait en effet relevé le courage des Gaulois, en répondant au plus impérieux de leurs sentiments, celui de Tunité, quand il leur disait, on s'en souvient, au camp de Sainte^Radegonde : a Je réparerai par de plus grands avantages le malheur que vous venez de subir. Toutes les cités qui ne font pas encore partie de notre confédération, je les rallierai à force de soins. Je

FORMERAI UNE SEULE ASSEMBLEE do toutO la Gaule^

unum Ooncilium totius Oallim, et, quand elle sera ainsi bien unie, le monde entier ne pourra lui résister. »

Piien de si grand ne s'était peut-être dit jusquelà en Gaule; dans tous les cas, on n'avait jamais rien dit do plus celtique. Un brenç, élu par tous, comme Vercingétorix l'avait été lui-même, aurait fait exécuter les résolutions de cette assemblée. C'était à ce dernier point que se trouvait la plus grande difficulté; c'est là qu'avait été et qu'était encore, pour lui, le danger. Ce qui lui avait fait des ennemis personnels, soit parmi les nobles, soit parmi les prêtres (ceux-ci remplissaat Siussi Iqs fonctions

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publiques dans leur propre cité), c'est que, Comme brenn général, il avait le commandement, au moins militaire, sur leurs propres clients, sur leurs propres vassaux, dans leurs propres ci*» tés. Dans tout changement social, il y a tou* jours un intérêt qu'il faut savoir sacrifier à la conservation des autres; c'est ce que les ennemis du brenn ne voyaient pafe, ne voulaient pas. A ce malheureux siège d'Alise, où domina contre Vercingétorix la faction éduenne, la majorité des nobles gaulois s'opposa, par exemple, à la levée en masse que voulait Vercingétorix, parce que, direnMls, chaque chef ne pourrait plus ni diriger, ni reconnaître ses vassaux, Tiec moderariy nec discernere suos*;ei non seulement les Éduens eurent alors la haute main pour fixer leô chiffres des contingents, mais ce fut à Bibracte, chesi leâ Éduens, que se forma l'armée de secours, et le commandement réel fut confié à des Éduens, Éporédorix et Viridomar, tous deux ennemis de Vercingétorix* Pour celui-ci, il n'hésitait pas à ce sujet, en songeant non seulement au présent,

1. César, de Bello gallico, vu, '75. Voyez ^ ce sujet Alesia^ par Ui Ëmest PeBjardind,

ne VERCINGÉTORIX.

mais à Tavenir, car il pensait, comme il le dît clairement dans la suite, qu'on devait faire de bien autres sacrifices pour obtenir k jamais l'indépendance et la liberté, « perpetiium imperium libertatemque ». De tout cela il ressortait avec évidence qu'il fallait donner la primauté soit aux . Éduens, soit aux Arvernes, les deux peuples alors les plus puissants de la Gaule entière. Mais en connaissant le caractère des Éduens, Vercingétorix pouvait être inquiet avec raison. Leur adhésion à la cause nationale pouvait devenir ausèi funeste à celle-ci que l'avait été leur alliance avec les Romains. . *

Arrivé à Bibracte, il y trouva tout en mouvement. Éporédorix et Viridomar se préparaient à la guerre. Pour gagner à eux des cités, ils envoyaient des députés de tous côtés, et ceux-ci employaient dans ce but influence, autorité, argent. Quand les cités hésitaient, ils menaçaient de mort leurs otages, car on a vu qu'ils avaient trouvé à Nevers tous les otages de la Gaule. C'était créer une confédération dans la confédération, et détruire ou du moins compromettre l'œuvre de Vercingétorix.

En voyant celui-ci, ils lui proposèrent de partager avec eux la direction de la guerre, ce qu'ils firent

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pendant le siège d'Alise, où leur influence l'emporta pour la formation de l'armée de secours, à laquelle ils donnèrent plusieurs chefs rivaux, et entre autres et avant tout, eux-mêmes, Éporédorix et Viridomar, division qui rendit inutile cette armée de secours. On conçoit que Vercingétorix refusa d'entrer dans une semblable combinaison, lui qui ne voyait le salut de la Gaule que dans l'unité du commandement, avec une discipline aussi forte que celle de l'armée romaine. Alors, les Éduens n'hésitèrent plus; ils réclamèrent hautement pour eux la direction suprême des affaires. Vercingétorix répondit qu'il avait été élu brenn de la confédération par les cités celtiques, puis réélu, par acclamation de toute l'armée, au camp sous Avaricum. Il ne pouvait donc abandonner un poste que la Gaule entière lui avait confié ; mais il y avait un moyen facile de terminer ce débat; c'était de réunir à Bibracte même une assemblée générale de toute la Gaule, qui choisirait librement le brenn qu'elle préférerait. Pour lui, il déposerait alors son commandement entre les mains du nouvel élu, celui-ci fut-il éduen, et s'appela-t-il Éporédorix ou Viridomar. On juge de la joie de ces deux derniers et de tous les Éduens à cette

na VEBCINGÉTORIX, .

proposition. Ils se croyaient sûrs de remporter et de diriger l'assemblée, puisqu'elle se réunirait à Bibracte.

Bientôt les Gaulois accoururent de tous les points de la Gaule dans cette ville, avides de prendre part à ce grand événenient, et envoyés comme députés .par leurs cités. Trois cités seulement n'envoyèrent pas de députés, les Rèmes, les Lingons et les Trévires; ceux-ci, parce qu'ils étaient en guerre contre les Germains. Cette mention de Tabsence de trois cités montre que toutes les autres, c'est-à-dire la Gaule entière, y étaient représentées. Mais où se tint cette assemblée dont la décision allait être si importante?

On a beaucoup discuté pour fixer l'emplacement véritable de Bibracte*. Cette ville « de beaucoup la plus grande et la plus riche des Éduens )> sa serait élevée, suivant les uns, sur le montBeuvray, la montagne la plus haute du Morvan, et, suivant les autres, sur l'emplacement actuel d'Âulun. C'est la première opinion qui prévaut aujour-

1. Voyez M. Alex. Bertrand, M. Bulliot, Fouilles de BibraclCy Revue archéologique^ 10« année, p. 315 et suiv. — Diction, archéol, de la Gaule, article Bibracte, — M. de Fonlenay, Autun archéol,^ Histoire d'Autun^ par Bd. Thomas*

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^d^hui ; et, il faut Tavouer, les longues rangées de maisons dont on a retrouvé les fondements, la quantité de monnaies celtiques que les fouilles, habilement dirigées, y ont fait récemment découvrir, justifient bien cette opinion. Nous ajouterons, à Tappui de cette assertion, la présence sur le Beuvray du dolmen de la Pierre Salte, le voisinage du village de Valthot, vallée de Tentâtes, et enfin, le nom même de Beuvray, forme altérée de celui de Bibracte- Mais Auguste, d'après une tradition constante, embellit Autun, qui prit dès lors son nom avec une terminaison encore gauloise, Augu^todu%nm; il y avait donc déjà des maisons sur le même emplacement. C'est d^ailleurs eti ce lieu, dans les fondations du séminaire de cette Ville, qu^on a trouvé Tinscription : î)e(B Bibracti, à la déesse Bibracte, la protectrice d*Autun. Au tnilieu des controverses ardentes qui se sont élevées à ce sujet) voudrait-on nous permettre d'exprimer une troisième opinion, qui concilie les deux autres, en s'appuyant sur ces mêmes textes en apparence opposés?

Au dire de César, les riches Gaulois, pour s^abriter contre les chaleurs, aimaient à séjourner sur le bord des eaux et sûr la lisière des bois:

Dans une circonstance où il était mécontent des Éduens, il leur rappela qu*au moment où il était venu eu Gaule, ils étaient chassés par leurs ennemis dans leurs oppides*. Si donc les Séquanais avaient déjà chassé les Éduens jusque dans leurs oppides, c'est-à-dire jusqu'au Beuvray, à l'arrivée de César, c'est que les nobles Éduens, du moins, et les druides habitaient déjà les bords agréables de l'Arroux. Leurs riches demeures, entourées de grands parcs, avec de beaux ombrages et de belles eaux, furent la première ville d'Autun, et l'oppide de Beuvray, leur capitale dans une époque antériçure, en était toujours la citadelle. Toutes deux continuèrent à porter ce nom jusqu'au moment où Auguste fit de la nouvelle Bibracte une ville de plaisance et de commerce, où aboutissait un réseau de seize' voies romaines, avec des monuments, des rues alignées, un amphithéâtre, en même temps que pour le temple en. Vhonneur de Rome et d^ Auguste^ élevé au confluent de la Saône et du Rhône, à Lyon, ce prince nommait un collège de prêtres augustaux, pris surtout, dernière honte, au point de vue de la véritable

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