M. Câstan, Histoire de la commune de Be$ancon
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C'est donc là, sur le penchant delà colline d'Autun, non loin du tombeau de Divitiac et du Mont- Dru, où les Druides tenaient leur école, c'est là que séjournaient les nobles Éduens, et que venait César, lui, si impétueux dans Taction et si sensuel dans le repos, pour se reposer des fatigues de ses campagnes, et composer ses Co/umentaires. C'est là, beaucoup plus que sur le plateau presque toujours neigeux et toujours froid du Beuvray, dont l'altitude est de 810 mètres. Mais, en sortant de la ville, parsemée d'arbres, qui allaiU^ientôt s*appe- 1er Autun, et en gravissant les premières rampes de celte contrée montagneuse, avec ses bois et ses torrents, les Éduens voyaient se dresser devant eux leur vieil oppicfe, leur véritable citadelle, qui avait probablement conservé encore sa population pauvre, et qui dominait tout le Mw*van«
Ce fut aussi dans les campagnes qU% environnent Autun, que se réunit l'assemblée générale de toute la Gaule, et que se rendit Vercingétorix avec les autres chefs arvei*nes. Éporédorix ou Viridomar étaient les deux chefs éduens qui devaient le remplacer à titre de brenn, si les suffrages leur étaient favorables. L'épreuve devait être corn-
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plète et décisive. On ne se borna pas à recueillir les suffrages des druides et des nobles, ou à constater les acclamations de la multitude, quand les trois chefs gaulois s'avancèrent en armes au milieu de cette immense réunion de guerriers. On recueillit les suffrages de tous ceux qui étaient présents. « Tous, jusqu'au dernier, dit César, élisent de nouveau Vercingétorix*, et approuvent qu'il continue) comme brenuj à présider la Confédération, et à diriger les opérations militaires. » Jamais encore la Gaule n'avait été portée si haut) Comme puissance politique; jamais n'avait été mieux satisfait ce sentiment de l'unité qui est Id premier besoin de la race celtique, comme le témoigne toute son histoire.
Il semble qu'en se voyant seuls, les Éduens devaient se laisser aller à l'entraînement général, et se fondi^e avec joie dans cette grande unité, partageant, à leur tour, un sentiment dont ils avaient provoqué l'explosion. Mais ils se retirèrent en proie à une douleur profonde, en se voyant privés du principal. Les jours suivants, ils se plaignirent
t 1. « MuUitudînîs suffragiis res permittitur; ad unuiii omnes Vercingetorigem probant imperatorem, » de Bello gallicôf vu, 63«
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du changement de leur fortune, et enfin, ils envoyèrent demander pardon à César. Mais ils le firent en secret, pour couvrir leur nouvelle trahison et n'avoir pas l'air d'abandonner l'entreprise générale ; quoique à regret, Éporédorix et Viridomar parurent obéir à Vercingétorix, en attendant le jour où ils pourraient le renverser.
C'est de là que tous les malheurs de la Gaule allaient venir; de là sa chute, quand elle était sauvée. Mais, dans ce moment, elle était livrée tout entière à sa joie patriotique, en sentant ses cités réunies en une seule nation confédérée, et resserrées de plus en plus les unes contre les autres, depuis sa victoire de Gergovie. Pourquoi faut-il que ces chants da victoire, ces hymmes des bardes, qui devaient retentir jusque dans les montagnes du Morvan, se soient si vite transformés en chants de deuil? Qui eut dit que trois mois après ce grand événement, le sort de la Gaule serait changé? Qui eut dit que ce jeune guerrier, dont le triomphe était celui de la Gaule, mourrait d'une mort si affreuse, après s'être livré lui-même à son impitoyable ennemi, et en récompense de tant d'amour pour sa patrie? Du moins, ^lors, celle-ci était libre et unie. Elle espérait une vie-
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toîre définitive. Elle venait de se donner un chef qui la représentait sincèrement et qui l'aimait, et elle voyait fuir, devant ses enseignes, les légions étrangères. .
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AfflraacliiS9ement de la Gaule méridioBale et agrandissement des projets de Yercingétorix. — Indépendance et intégrité de la Qauie dans ses frontières naturelles. — Yercingétorix poursuit César à travers les défilés du Morvan, «on pour lui livrer bataille, mais pour le harceler et le détruire dans sa retraite. — Les chefs éduena qui commandaient la cavalerie, livrent, Inalgré Yercingétorix, le combat équestre de TArmançon. — Description topographique de cette bataille. — Alise. Ouvrages de Yercingétorix sur le Mont- Auxois, et travaux des Romains. — Arrivée de l'armée de secours. Batailles sous les murs d'Alise; celle du Réa perdue par l'inactioa des chefs éduens, qui donne la victoire à César, et la suprématie de la Gaule aux Éduens. — Yercingétorix, qui pouvait s'enfuir, se livre volontairement à César, pour sauver la vie de ses compatriotes. — Il est conduit a Rome, et renfermé quatre ans dans la prison Mamertine. — Sa mort. -» Conclusion.
Nous reprenons maintenant, non sans tristesse, la route que nous avions suivie jusqu'ici avec tant de joie; elle va nous présenter désormais un aspect bien différent. Elle nous avait conduits à la victoire ; elle nous mène à présent à la chute. Après le succès, les revers: après là gloire, rabaissement; après l'héroïsme, le martyre. C'est là trop souvent (les pages de l'histoire tout impré-
gnées de larmes en témoignent), le sort de tout ce qui est grand et beau dans ce monde. Ce changement fut dû moins aux talents militaires de César, qu'à la discipline romaine, et moins à celle-ci qu'à la jalousie des ennemis de Vercingétorix, qui trahirent la Gaule pour renverser un homme. On plaindra le soft de ce jeune héros qui 8e vit arracher, par d'indignes rivaux, cette palme à peine cueillie, et qui, en récompense de tant de patriotisme, passa tout'à coup de la lumière et des inspirations de la puissance, aux ténèbres et aux horreurs de la prison Mamertine. Nous allons raconter, non sans émotion, mais en la maîtrisant, la chute d'un peuple dans celle d'un homme, laissant des vaincus plus grands que leurs vainqueurs, et des malheurs immérités.
Vercingétorix, après son élection, était resté à Bibracte. Ses desseins s'étaient agrandis avec les circonstances, affermis avec sa puissance. Placé plus haut, il voyait plus loin et voulait davan* tage *.
La Celtique lui semblait affranchie du joug des Romains, et quant à la Belgique, qu'ils avaient