Dion Casdius
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mères paroles, où se résument tous les aentimenls qui faisaient la force de son caractère : « Je n'ai point entrepris cette guerre pour servir naes intérêts. Maintenant, je le vois, il faut céder à la fortune. Je me livre à vous. » Et il ajouta, non sans ironie, non sans un amer reproche et avec la résignation du sacrifice accompli : « Vous pouvez donner satisfaction aux Romains, soit en me donnant vous-mêmes la mort, soit en me livrant tout vivant entre leurs mains. » A ces nobles paroles, les chefs n'osèrent prendre une résolution, et ils répondirent qu'on allait envoyer des députés à César pour traiter cette question, ce qu'ils firent aussitôtvSon propre Conseil se tournait contre lui; ses amis le livraient à ses ennemis, cent qu'il avait voulu sauver le condamnaient.
Mais^ quoique abahdontié de tous, Vercingé-^ torix restait toujours lui-mônie. Il ne voulut pas attendre dans sa tente l'arrivée des licteurs romains et l'apparition des haches proconsulaires ; il s'empara de ses plus belles armes et s'en re* vêtit, il attacha à sa ceinturée sa grande épée, l'épce de Gergovie, s'élança sut' un cheval richement caparaçonné, son cheval de bataille, et prit au galop la direétion du camp de César ^ A sa haute
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stature, à son aspect éblouissant, à son air résolu, malgré tant de maux, on reconnaissait toujours le grand chef; il s'était paré de ses plus belles armes comme pour son plus beau jour, le jour du grand sacrifice. La porte méridionale d'Alise s'ouvrit. Le jeune cavalier suivit le chemin qui serpente sur le penchant de la montagne, puis l'escarpement à mi-côte, descendit dans la vallée de l'Ozerain qu'il traversa, et se trouva tout à coup devant César, qui siégeait sur son tribunal, entouré de ses lieutenants, de ses tribuns, de ses centurions, et derrière lui son armée déployée sur le versant du mont Druaux. Là, le brenn fit décrire trois cercles à son cheval, autour du tribunal du proconsul, sans doute d'après quelque idée religieuse, car les trois cercles concentriques, on l'a vu, représentaient chez les Gaulois, non seulement le monde actuel, mais cet autre monde où Vercingétorix entrait volontairement. Il s'arrêta enfin, sauta légèrement de cheval, et marcha droit au proconsul, qui le regardait étonné, car il avait cru qu'on allait le lui amener tout abattu par ses malheurs, déposa ses armes à ses pieds, en disant ces mots, empreints de délicatesse et de grandeur : « A toi ces armes!
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*) Très brave, tu as vaincu un braveM » Puis, il se redressa avec dignité, et attendit la réponse de son adversaire. Mais celui-ci, loin de comprendre tant de grandeur et de respecter une si grande infortune, s'abandonna, en homme vulgaire, à la plus violente colère. Il Taccabla de reproches, le blâma d'avoir méconnu de prétendus bienfaits. 11 les avait méconnus en ce sens qu'il n'avait jamais voulu les accepter. Enfin, se tournant tout à coup vers ses licteurs, il ordonna qu'on s'emparât du prisonnier désarmé, et qu'on le chargeât de fers. Il fut conduit à Rome et jeté dans la trop célèbre prison Mamertine, qui s'élevait sur la pente inférieure du mont Gapitolin et dont la façade menaçante dominait le Forum. Elle se composait surtout de deux cachots, dont l'un, la Mmnertine proprement dite, était de 6 mètres carrés, sur une hauteur de 4'" 30 et voûté ; l'autre au-dessous, le Tiillianumy cachot circulaire de 5 mètres de diamètre, sur 2 mètres de haut, avec une voûte plate ; mais ces deux cachots servaient à l'exécution. et non au séjour des condamnés. Le long de la pente du mont Gapitolin s'étendaient un grand
1» Florus, r, 45. — Plutarqf. , Vit de Césaf, 90.
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nombrQ d'autres cellules aussi sombres, qu'on a retrouvées depuis peu. Vercingétorix fut enfermé dans une de cellules ; il y vécut quatre ans au milieu de ces tortures, dont il avait si souvent parlé, et dont il avait toujours eu comme un fatal pressentiment, confiné entre quatre murs obscurs, étroits et malsains; lui pour qui la liberté était la vie, à qui il fallait l'air, la lumière et l'espace, et dont les pieds étaient habitués à fouler librement les bruyères de ses montagnes natales. Pendant ce temps, César achevait de vaincre tous ceux qui soutenaient l'ancien ordre de choses chez les Ro* mains : Pompée, Sextus Pompée, Labiénusj Ca* ton d'Utique, et apprenait, triste titre de gloire^ à un peuple jadis si grand par ses Vertus civiques* à ne plus croire qu'à deux choseS) la force et la corruption i En 46, il voulait se donner la pompe d'Un brillant triomphe pour célébrer ses succès^ tant sur les peuples étrangers que sur ses concitoyens. Ce triomphe dura quatre jours. Le premier jour fut consacré à son triomphe sur les Gaulois, triomphe qui eut lieu, comme toujours, au milieu d'un immense concours de population. On voyait s'avancer en longue file, sur la Voie Sacrée, ses soldats et une quantité de iplébéiens >
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portant des inscriptions où l'on lisait les noms de tous les peuples gaulois que le triomphateur avait vaincus, avec les images du Rhône, du Rhin et de rOcéan enchaînés, et jusqu'au nom des Massaliotes, les amis du Sénat. Gicéron, qui assistait à cette scène, détourna les yeux, en sentant bien qu^on triomphait autant de la République romaine que des Gaulois. Debout, le front ceint d'une couronne de lauriers, vêCu de pourpre, l'épée au côté, le proconsul s'avançait au milieu des acclamations de la plèbe, sur un char traîne par quatre chevaux blancs. Pourtant, une roue se brisa au moment où Ton venait de se mettre en marche. En avant du char, les mains chargées de fers, on voyait un prisonnier qui n'était plus guère reconnaissable qu'à ses vêtements gaulois, ^ c'était Vercingétorix. A un certain endroit de la Voie Sacrée, Gésar fit un signe à ses bourreaux. Ils détachèrent le prisonnier, et, cette fois, ils ne le reconduisirent pas dans son cachot. La prison Mamertine et le Tullianum communiquaient ensemble par un trou circulaire contre lequel était ordinairement appuyée une échelle pour descendre. Précipité brusquement par cette ouverture, le malheiireux tomba sur les dalles du Tullianum
qui ô'avait aucune communication avec le jour. Là se trouvaient des esclaves, les torches à la main. A ces lueurs sinistres, les bourreaux relevèrent leur victime, la firent agenouiller devant un billot qui était toujours là avec la hache. Un des soldats de César leva la hache, et Ton vit rouler sur les dalles de la prison la tête d'un Gaulois dont le seul crime était d'avoir aimé sa patrie plus que lui-même. Alors les bourreaux s'armèrent de crocs, firent de nouveau passer par l'ouverture ce corps et ces membres encore palpitants, et les apportèrent avec leurs crocs sur un escalier à double rampe, qui montait du dehors à la prison, et autour duquel s'agitait une foule immense; ils exposèrent les restes mutilés aux trépignements de joie et aux hurlements féroces de cette multitude dégénérée. Pendant ce temps, César dans sa^ gloire achevait de monter majestueusement les marches du temple de Jupiter Capitolin. juste Dieu! ô souverain Juge! ô Père des êtres! qui pourrait croire en toi, s'il n'y avait pas une autre vie?
Tel fut Vercingétorix, d'après tous les documents transmis par l'antiquité latine, grecque ou celtique. Le premier, ou mieux que. les, autres, il
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vit dans l'asservissement de sa patrie la nécessité d'en réunir toutes les cités en un seul peuple, comme elles en éprouvaient le besoin depuis longtemps, ayant une même origine, une même religion, un même langage et les mêmes frontières. De là, le succès de sa confédération. Les instincts vivaces, les traditions, les grands sentiments de la Gaule battaient dans son cœur, et c'est parce qu'il la représentait si bien, qu'il fut sur le point d'expulser les Romains, ces redoutables ennemis, pour qui la guerre était une nécessité, depuis qu'une aristocratie jalouse de la plèbe de plus en plus nombreuse, et de ses droits politiques, était obligée, par système, de la disperser dans des colonies lointaines et sur tous les champs de bataille. Et cependant, Vercingétorix les arrêta quand ils étaient commandés par un général comme César, tant il avait rempli les Gaulois de son souffle, tant, écrit l'auteur des Commentaires, « tant était puissant l'assentiment* des Gaulois pour reconquérir leur liberté et leur ancienne gloire militaire. »
Quoique jeune et n'ayant pas fait longtemps la