t Piave est un ànc
Qui en vaut cent.
La signora n'était point polie, il faut l'avouer; mais, après tout, sa réponse était de bonne guerre.
Le succès de Rigokiio était incontestable, et pourtant il fut contesté à Paris, où des défenseurs à la fois trop ardents, trop maladroits et trop intéressés avaient créé à Verdi de nombreuses inimitiés. Les deux frères Escudier, propriétaires de ses œuvres pour la France et directeurs d'une feuille spéciale, la France musicale^ ne cessaient d'exalter, à tout propos et outre mesure, jusqu'aux productions les plus faibles du maître italien. C'était leur droit assurément; mais ils allaient plus loin, et, pour faire briller d'autant plus leur idole, ils cherchaient constamment à jeter le discrédit et l'outrage sur toutes les œuvres musicales jouées en France et sur tous les écrivains qui ne se trouvaient pas de leur avis. Il en résultait des polémiques irritantes, qui faisaient le plus grand tort à l'artiste que ces avocats inha« biles prétendaient défendre lorsque, en réalité, ils ne cherchaient à défendre que les intérêts de leur entreprise commerciale. Un autre journal, la Gazette musicale^ beaucoup plus digne
dans sa conduite, mais que cette situation avait fini par agacer, en était venue à prendre Verdi en grippe et à se montrer injuste envers lui. C'est ainsi que ce dernier, en annonçant la récente apparition de JRigoletto à Venise, publiait les lignes suivantes, qui étaient évidemment le contre-pied de la vérité : — « L'opéra nouveau de Verdi, Migoletto^ est écrit sur le sujet du Aoi s^amuse. S'il était vrai qu'on ne pût composer de bonne musique que sur un mauvais libretto, celui de M. E. Piave serait pour le musicien une véritable Californie. Verdi
s'en est tiré comme il a pu. Sa partition est pauvre de mélodies et manque entièrement de pezzi œncertati. On voit qu'il a cherché à rendre son instrumentation moins bruyante : celle de Migoletto se distingue par un caractère général de calme et de tranquillité. En cherchant à modeler son harmonie sur les grands maîtres de l'école allemande, la critique italienne trouve qu'il ne ferait pas mal de retremper ses idées mélodiques à la source de Rossini et de Bellini *. »
Dire que le livret de Rigolelto était mauvais,