‹ Verdi et son œuvreChapitre 33 sur 35 · ÉPILOGUE l · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE l

par les revenus du génie. On raconte que chaque ferme porte le nom d'un des opéras du maître. Son meilleur biographe, M. Arthur Pougin, garde le silence à ce sujet.

Verdi est d'une taille haute et élancée. Je viens de le voir, il n'a pas changé depuis un an. Cependant les angoisses du génie ont laissé une certaine empreinte sur sa figure. La dernière fois qu'il s'était montré en public aux Parisiens, c'est à une représentation de Sigurd, à l'Opéra. Il applaudissait à cette noble partition. Hier le Tout-Paris debout acclamait l'auteur invieillissable à'Otello.

La distinction de la figure de Verdi consiste surtout dans l'énergie. Dans ce profil taillé comme à coups de hache, on ne retrouverait pas les mélodies enivrées de tendresse et de passion contenue de La

Traviata. C'est plutôt le Manrique du Trol'atore, un musicien qui porte un casque, selon la boutade humouristique de Rossini. Et c'est tellement vrai que, dans les estampes de la bibliothèque Ambroisienne, j'ai trouvé le profil d'un Malatesta armé de pied en cap ressemblant tellement au maître de Busseto qu'on croirait à une mystification.

Verdi, marié deux fois, n'a pas d'enfants. N'est-ce pas le cas, ou jamais, de faire remarquer ce décret mystérieux de la Providence, qui semble interdire aux plus grands génies une postérité ? Raphaël, Pétrarque, Dante, Shakespeare, Mozart, Beethoven, Rossini, Donizetti et Bellini n'ont pas aujourd'hui de rejetons. On dirait que, dans un effort suprême, la nature s'est épuisée ; que, clans sa trop grande fécondité, la source a trouvé son

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