‹ Verdi et son œuvreChapitre 35 sur 35 · ÉPILOGUE l · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE l

n'y aura jamais assez de fleurs, de roses embaumées pour ce charmeur de notre jeunesse, de notre âge mûr, qui charmera aussi nos descendants. Mais à côté de ces admirations d'élite, il en est de plus intimes.

Un jeune homme de bonne famille voulut le servir pour vivre avec lui et l'admirer à son aise. De passage à Paris, il venait, chaque matin, rue de Choiseul, s'arrêtait devant le buste de Verdi et d'une voix de stentor, il s'écriait : « Questo cui e il primo maestro di mondo. » Il est un des premiers. Sa musique n'a pas les magnificences, les souplesses de celle de Mozart, de Rossini, de Donizetti, de Cimarosa ; elle n'a pas l'esprit de Figaro et de Don Pasquale, mais elle vit, ricane, s'indigne, pleure, agonise. Elle distille la joie, la haine, la douleur. Elle descend

dans le Purgatoire porter aux trépassés nos sanglots et nos prières. Elle porte jusqu'au ciel les espérances et les désespérances de l'humanité. Elle jette le cri des passions humaines et ce cri prolongé à travers les générations futures sera pour lui un écho d'immortalité. Placé sur un sommet moins élevé, moins lumineux que celui où trône Beethoven, Verdi peut comme lui répéter ces fières paroles :

— « Je suis seul avec moi-même ; mais je sais que Dieu est plus proche de moi, dans mon art, que des autres. J'en agis sans crainte avec lui, parce que j'ai toujours su le reconnaître et le comprendre. Je ne crains rien non plus pour ma musique ; elle ne peut avoir de destinée contraire. »

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