‹ Verdi, histoire anecdotique de sa vie et de ses œuvresChapitre 25 sur 54 · Abramo Basevi : Studio suite opère di Giuseppe Verdi · texte numérisé non relu

Abramo Basevi : Studio suite opère di Giuseppe Verdi

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siens, et les deux rôles masculins en étaient joués par MM. Montjauze et Lutz1.

1. Peu de jours avant son apparition sur notre scène italienne, la Traviata avait été donnée, le 1er novembre, au théâtre impérial de Saint-Pétersbourg, où elle était chantée par l'aimable madame Bosio, par MM. Calzolari et Bartolini. Le succès qu'elle y obtint renouvelait celui qu'elle avait enfin trouvé en Italie, et il se reproduisit ici avec une sorte de fureur, qui arracha à Scudo, désenchanté, ces paroles amères : — «... On répète chaque jour que l'Italie est malade ; sa chute est plus profonde encore qu'elle ne le croit, et nous n'en voudrions d'autre preuve que le succès prodigieux qu'obtiennent, au delà des monts, des œuvres comme la Traviata. » Quant à la Piccolomini, qui remporta chez nous un véritable triomphe dans cet ouvrage, on ne lira peut-être pas sans intérêt les détails curieux que donnait alors sur elle un de nos journaux : — « Mademoiselle Maria Piccolomini débutait dans le principal rôle. Faut-il dérouler ici la liste tant de fois publiée de toutes Ips grandeurs qui environnèrent le berceau de la jeune artiste? Faut-il rappeler que sa famille, qui remonte aux grands officiers de Charlemagne, qui donna des souverains à Sienne pendant des siècles, compte parmi ses membres le pape Pie II, d'illustres capitaines célébrés par Schiller, et qu'elle possède encore aujourd'hui un cardinal dont la jeune Marie est la propre nièce? Autant d'ancêtres, autant d'obstacles à une vocation théâtrale; mais les vocations vraies ne triomphent-elles pas de tout ce qui les entrave, et ne doublent-elles pas de force en luttant généreusement ! Ainsi a fait la vocation de la jeune Marie, qui, dès l'âge de quinze ans, chantait dans un concert de bienfaisance au théâtre de Sienne, et qui, deux ans plus tard, débutait à la Pergola, de Florence, dans Lucrezia Borgia.Vne toute petite fille, se posant en illustre empoisonneuse, en femme déjà parvenue à 9on quatrième mari, n'était-ce pas chose étrange? On l'applaudit, on devait l'applaudir à outrance, rien que pour la rareté du fait. Depuis ce jour, Marie Piccolomini s'essaya sur plusieurs théâtres, à Rome, à Pise, à Reggio, à Palerme, à Udine, à Bologne; mais ce fut à Turin, en 1855, que sa renommée fit une explosion soudaine, après qu'elle s'y fut montrée djns la Traviata... » Depuis lors, mademoiselle Piccolomini, devenue marquise Gaetani, a renoncé à ses triomphes scéniques.

Après la Traviata, Verdi garda un silence de quatre années. Mais c'est à cette époque qu'il s'occupa du premier ouvrage écrit expressément par lui pour notre Opéra. On sait qu'au point de vue musical la France a toujours offert aux étrangers la plus large hospitalité, poussant même à l'excès cette vertu, et l'exerçant aux dépens de ses plus nobles enfants. C'est ainsi que, préparant une Exposition universelle pour 1855, et voulant que notre grande scène lyrique offrît à cette occasion, aux visiteurs qui accourraient à Paris de tous les points de l'Europe, la primeur d'une œuvre nouvelle, elle n'eut garde de s'adresser à l'un des siens, à Auber, à Halévy ou à Berlioz, et

' demanda cette œuvre à Verdi. Je constate le fait, sans insister autrement à son sujet.

Mais ce qui est plus étrange encore, il faut l'avouer, c'est le choix du sujet confié aux soins du compositeur. On ne trouva rien de mieux, en effet, à offrir à un musicien italien écrivant pour la France, qu'un livret portant ce titre : les Vêpres siciliennes, et rappelant l'un des épisodes les plus sanglants des anciennes guerres franco-italiennes !

Ce livret était en cinq actes, et avait pour auteurs Scribe et Duveyrier. Dès le mois de mai ou juin 1854, Verdi arrivait à Paris, afin de s'entendre avec ses collaborateurs ; puis bientôt il allait s'installer dans une maison de campagne des environs, pour s'y livrer en paix au travail, loin du bruit et du mouvement fiévreux de la capitale. Vers le milieu de septembre, le compositeur donnait la copie des principaux morceaux de son œuvre ; on convint alors que les études commenceraient le 1er octobre, et l'on espérait que l'ouvrage pourrait être offert au public dans le cou-^ rant ou vers la fin du mois de janvier. Mais on avait compté sans les lenteurs traditionnelles de l'Opéra, et surtout sans un inci-

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dent étrange, presque scandaleux, qui lil un bruit du diable et pendant plusieurs semaines mit Paris en émoi. La donna è mobile, avait fait chanter Verdi au duc de Mantoue dans son Rigoletto ; il l'éprouva plus que personne dans cette circonstance.

La grande artiste qui avait nom Sophie Cruvelli et qui avait fait apprécier à notre Théâtre- Italien, dans Luisa Miller, son opulente beauté, sa voix prodigieuse et son remarquable talent, avait remporté au même théâtre, en se montrant dans Ernani, un de ces succès éclatants qui consacrent une renommée. Ce succès fut tel, que l'Opéra s'en émut, et songea à s'attacher la jeune cantatrice ; à une époque où les appointements des chanteurs n'étaient pas encore devenus ce qu'ils sont aujourd'hui, il lui fit, on peut le dire, un pont d'or, qu'elle n'hésita pas à franchir, consentant sans trop de peine à accepter les cent mille francs annuels que lui octroyait libéralement l'administration de notre première scène lyrique. Mademoiselle Gruvelli avait donc débuté au mois de janvier 4854 dans les Huguenots, et ce début, qui avait fait sensation dans le dilettantisme parisien, avait été pour l'artiste un

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véritable triomphe. En arrivant ici, Verdi retrouvait donc à l'Opéra la cantatrice qui avait été au Théâtre-Italien son interprète ardente et inspirée, et, d'accord avec Scribe, il résolut d'écrire pour elle le principal rôle de l'œuvre qu'il préparait.

Tout semblait en bon chemin : le poème des Vêpres siciliennes était terminé, la compositeur, nous l'avons vu, avait livré à la copie les morceaux les plus importants de sa partition; la distribution de l'ouvrage avait été réglée définitivement; enfin, comme on en était convenu, les études avaient été entamées le 1er octobre, lorsque, huit jours après, un événement que personne assurément n'eût su prévoir vint tout arrêter et tout mettre en question. Le lundi 9 octobre, l'affiche de l'Opéra annonçait les Huguenots, et le nom de mademoiselle Cruvelli, indiquée comme devant jouer le rôle de Valentine, faisait présager une grosse recette. L'affluence était grande en effet, et de bonne heure les portes du théâtre étaient assiégées par une foule sans cesse grossissante ; cependant, l'heure du spectacle arrivait, les bureaux restaient obstinément clos, et les spectateurs, étonnés d'un retard dont ils ne

pouvaient démêler la cause, commençaient à manifester leur impatience et leur mécontentement. Ils tenaient bon pourtant lorsqu'enfin. , . ils virent paraître un employé qui se mil en devoir d'apposer sur chaque affiche une bande par laquelle l'administration faisait savoir au public que mademoiselle Cruvelli ayant, au mépris de toutes ses obligations, quitté subitement Paris sans la prévenir, on se trouvait dans l'impossibilité de donner la représentation annoncée.

On devine le désappointement général ! Mais ce dont on aurait peine à se rendre compte, c'est de l'effet produit dès le lendemain, dans la société parisienne, par cette fugue d'une artiste que, depuis son apparition, on avait choyée, caressée, cajolée, enguirlandée de toutes façons. De plus, il faut remarquer que, depuis quelques mois, un décret impérial avait fait entrer l'Opéra dans les attributions de la liste civile et de la maison de l'Empereur; que ce théâtre, par conséquent, était régi au compte de l'Etat, si bien que la fugitive semblait en quelque sorte avoir manqué de respect au souverain en personne. C'est bien le cas de dire qu'on lit alors de cette affaire

comme une affaire d'État, que la diplomatie elle-même s'en occupa, et que, pendant tout un mois, ce fut un sujet de gloses pour Paris et même pour l'étranger. Le fait est que quelque adresse qu'on y mît, si bien que l'on cherchât, il fut impossible de découvrir la retraite de mademoiselle Cruvelli. Quinze jours après l'événement, on l'ignorait encore; ce qui motivait la nouvelle ainsi donnée par la France musicale : — « On ne sait pas encore ce qu'est devenue mademoiselle Cruvelli. Sa fuite inattendue rend impossible, pour le moment, l'exécution de l'opéra de MM. Scribe et Verdi, qui était entré en répétition le 1er de ce mois. Dans cette situation, M. Verdi a déclaré officiellement à l'administration de l'Opéra qu'il retirait sa partition *. » D'autre part, la Gazette musicale faisait connaître en ces termes les mesures qu'on avait cru devoir prendre pour sauvegarder les intérêts de l'administration de l'Opéra: — « On ne sait encore rien de positif sur les causes du brusque départ de mademoiselle .Sophie Cruvelli.

Cependant il paraît probable que la célèbre

h France musicale, du 22 octobic 1854.

cantatrice s'est rendue gn Allemagne auprès de sa famille1. Dès 1(3 vendredi de l'autre semaine, au nom de M. le ministre de la maison de l'Empereur, M. Blot, avoué, avait présente une requête à M. le président du tribunal civil, à l'effet d'être autorisé à pratiquer une saisie conservatoire sur le mobilier garnissant l'appartement occupé par mademoiselle Cruvelli, rue Tronchet, 45, pour la garantie d'une somme de cent mille francs, à laquelle est évalué provisoirement le préjudice souffert par suite de l'inexactitude de l'engagement régulièrement contracté. Une autre requête a encore été présentée, afin d'avoir l'autorisation de former une saisie-arrêt entre les mains de M. de Rothschild, détenteur de fonds ou valeurs appartenant à mademoiselle Cruvelli. M. le président a rendu deux ordonnances autorisant ces mesures conservatoires, qui ont été pratiquées sur-le-champ. Mademoiselle Sophie Cruvelli avait laissé son appartement dans le plus grand ordre, et rien n'avait été distrait par elle de son mobilier,

1. Mademoiselle Crùwell, dite Cruvelli, était de naissance et d'origine allemandes.

où se trouvaient jusqu'à ses costumes de théâtre f. »

Les jours s'écoulaient cependant, et l'on ne parvenait pas à retrouver les traces de la fugitive. Ce que voyant, la France musicale publiai! sous ce titre : Une Fuite, l'article violent que voici :

Quelques mots encore sur mademoiselle Sophie Cruvelli : son brusque départ, sa disparition subite plutôt, défraye depuis quelques jours les causeries des théâtres et des salons. Pourquoi est-elle partie? Où est-elle? Les uns la croient en Amérique, d'autres à Saint-Pétersbourg, d'autres à Francfort. Elle a quitté l'Opéra pour épouser un comte, un prince ■; que ne débite-t-on pas sur l'artiste qui a manqué à tous ses devoirs, violé ses engagements et n'a pas craint de s'exposer à un grand scandale public ! Nous admirions le talent de mademoiselle Sophie Cruvelli ; dans plus d'une circonstance, nous lui avions témoigné notre admiration ; mais aujourd'hui sa conduite attiédit sin-

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