XXXII INTRODUCTION
étonnait : a J'ai fait mon devoir, que Paris fasse le sien ! » Et, il cherchait une courte trêve, aux agitations du forum, dans les distractions de la scène récemment inaugurée, par le grand tragique son ami (1).
Sa mise était correcte sans luxe ni recherche, autres qu'un soin extrême de sa personne. Il était séduisant, nous ont dit à Limoges les fils de ceux qui l'avaient connu ; et Bailleul, qui, tout en le louant, ne lui épargne pas la critique, nous le dépeint comme un être adorable; comment expliquer ces expressions excessives et pourtant concordantes ? Peu favorisé de la nature sous le rapport plastique, il ne pouvait devoir ses moyens de plaire qu'au charme d'un esprit supérieur, à la magie du langage, à l'art de faire oublier le corps en parlant à l'âme ( F. cidessous, p. 8). C'est ainsi qu'il aurait réussi auprès d'une beauté célèbre appartenant au monde parlementaire de Bordeaux ; on nous permettra de ne pas la désigner davantage ('2). A Paris, au milieu des préoccupations les plus graves pour l'Etat, les plus sinistres pour lui-même, il aime, il veut être aimé; la correspondance que nous publions en est la preuve ; gardé à vue, sous les yeux d'un surveillant, et, jusque sous les verrous, il poursuit des aventures galantes. Des lettres pleines de cœur attestent que les femmes qui les ont écrites n'étaient pas indignes du sentiment qu'elles inspiraient. x\ux plus hautes
(1) Biographie nouvelle des contemporains d'Arnault, Jay, etc., voyez aussi, dans les Souvenirs de la Terreur de Georges Duval, une anecdote semblable (vol. III, p. 242). Seulement Georges Duval la place au Vaudeville et la biographie au théâtre de la République qui était celui de Talma, particulièrement lié avec Vergniaud. C'est pour cette raison que nous donnons la préférence à la version de la biographie.
(2) Nous avons recueilli ces souvenirs, à Limoges, de M. Nivet-Fontaubert {V. ci-dessous, p. 195), de M. David, conseiller à la Cour, dont le père avait été secrétaire de Vergniaud, etc.