QUATRIÈME DOSSIER
Contenant 7 lettres trouvées dans les papiers de Vergniaud.
1° De Sanseyt^s à M. Brouilhet, avocal au Parlement, iuc»' «lo Cubzac, 8 février 1783; à Cubzac, par Périgueux;
'2<' De Brcjon ou Uréjou de la Martinièro à de la Mollit* lauusai, ancien gendarme, 6 septembre 1790; près Mirembeau, datée des brandeit;
(1) De nos jour.»:, madarno N , se promenant dan.s un jardin, di-
Mil en moniraot un bonnncl qui ornait son >cin : a C'p«t .njjonrd'liui ma félc. » — « Non, uiadamc, r<*pondit un grand p bre pdi
SCS anthilhc»! s, c'e^l la fètc dc^ fleurs. « La pensée < . < > ne.
3" De M. de Bonnefond à M. Pitoin et Fokedey, sans date; rue du Petil-Carreau ;
4" De M. Journu père à M. Vergniaud, rue du Hâ, 21 août 4791, pour lui demander au nom des électeurs et du Directoire s'il est disposé à maintenir sa candidature et à rester dans l'administration du district;
5» Brouillon d'une lettre adressée à un inconnu et attribuée à Vergniaud. On y lit cette phrase qui laisse penser que Vergniaud a fait une pièce de théâtre :
« Quant à moi, monsieur, les circonstances m'ont déterminé à bazarder de produire au grand jour un ouvrage fait sans la moindre prétention. C'est le premier pas que j'aie fait dans la carrière du théâtre, et assurément le dernier. J'ai promis les corrections qu'on m'a demandées; si elles ne suffisent pas, tout est dit, j'enterrerai à jamais mon enfant malheureux.
« Thalie et la Chicane ont des caractères trop disparates pour qu'on puisse les courtiser toutes les deux ; mon devoir m'enchaîne à la suite de l'hydre : serviteur à la belle. »
6» Un billet de Duvergier à Vergniaud, homme de loi, rue du Hâ, datée de Bordeaux, le 26 avril 4791 :
« Mon cher ami, ma femme est à Eysines; le temps est beau, j'ai un bon cheval à vous offrir, vous êtes sûr de nous faire bien plaisir.
« Secouez un peu le rhume et venez passer la journée avec nous. Je compte partir dans une heure, faites-moi dire si je vous attendrai.
« Adieu, cher ami,
«» DOVERGIER. »
Eysines est une commune à 8 kilomètres de Bordeaux. 7° Lettre de Grand-Maison à Vergniaud, du 12 décembre 1787.
8"* Enfin deux lettres de femme en copie de la main de Vergniaud ; on pense qu'elles lui étaient adressées, mais nous ne voyons pas sur quel motif se fonde cette supposition. Si Vergniaud avait été le destinataire des lettres, il en aurait conservé les originaux. S'il en a pris copie, c'est qu'il aura trouvé quelque chose de piquant dans le contraste qu'offrent ces lettres d'une femme artificieuse, qui le même jour écrit à deux de ses amans, à l'un sur le ton d'une jalousie coquette, à l'autre avec l'accent d'une ardente passion. Ce fragment de correspondance étant d'une facture assez originale, nous pensons qu'on sera bien aise de le connaître.
SUR VERGNUUD. 193
Uttre de 3f'* Nozd... à M, de P x.
Je ne vous verrai donc pas demain, mon cher P x, c'est
bien long. N'importe. Vous vous amuserez, cela me consolera de votre absence. Ne craignez pas que je sois jalouse. Je n'en veux point aux dames qui vous conviennent. Cela est naturel. Mais jugez si celles qui ne sont que vos amies ont peine à se passer de vous un jour, combien je dois en avoir à vous en laisser aller deux et le jour encore de votre fête. Que vous êtes cruel : mais non, vous cherchez vos plaisirs. Vous faites fort bien. Peut-être M"" Sainte-E vous aura , quedis-je, je m'égare certainement, vous ne la reverrez plus. Vous ne voudrez pas donner des chagrins à votre plus tendre amie.
Lettre adressée du même jour à Jf***.
(Il manque deux lignes déchirées.)
Avoir envie de dormir. Mais je n'ai pas fermé Toeil. Je n'ai
pensé qu'à toi, et j'étais bien loin de regretter mon sommeil. Ah î que je plains une femme indifférente. Mais quels sont donc ses plaisirs? Hélas! elle n'en a pas. Le bonheur n'est que pour les âmes sensibles.
« J'ai fait des châteaux en Espagne. Je me peignois l'amour que j'ai pour toi. Je croyois te voir y répondre. Je jouissois de mon illusion. J'étois heureuse. Mais ne le suis-je pas encore? Si tu ne m'aimes pas, tu le feins. Va, feins toujours et je ne m'en plaindrai pas. Mais, que dis-je, tu me tromperois? Non, je ne le crois pas, il faut toujours être vrai, jaime mieux te voir mon
(deux lignes manquent) toi pour moraliser, il faut avoir de
la raison et tu me fais perdre le peu que j'en avois. Au reste, je ne le regrette pas, j'ai trouvé l'amour, et celui-cy fait bien oublier l'autre. A propos laissons là notre amour. Songes que je t'attends tantôt. Adieu. Je ne t'embrasse pas, mais je te baise mille fois. Viens de bonne heure. Je n'y serai que pour toy . Sonne bien fort. Je dois être seule, et c'est par là que je connollrai que je dois ouvrir. »
On trouve encore dans les papiers de Vergniaud : Le scénario d'une comédie ou d'un petit opéra [Bergerie). Un imbroglio comique.
La Répome d'un soldat d^un régiment écossais^ facétie.
Un long passage copié d'Young (1). (VHP Nuit^ p. 199, 1769.) Une page sur Catinat. de la main de Vergniaud. Quatre pages d'historiettes légères.
(1) Homme immortel, salut ! C'est un blasphème de t'appeler mortel; l'homme passera triomphant les portes de cristal de la lumière et se saisira pour jamais de l'éternelle jeunesse. Les Cieux s'étonneront de voir entrer dans leur séjour cet être foible, cet hôte inattendu. Je te rends grâce, Dieu puissant, Dieu bienfaiteur qui as attaché l'éternité au fragile enfant de la poussière. Où se reposera ma pensée fatiguée de contempler tes merveilles et tes bienfaits.» Est-ce donc une vertu de t'aimer, de t'adorer? N'est-ce pas un plaisir, une nécessité ?
Homme, tu n'es point un ver, un vil insecte. Connois-toi, vois ta
grandeur, apprends à t'admirer : c'est là tout le secret de la sagesse. Quand je recueille ma pensée et que je regarde dans mon être, puis-je ne pas reconnoître en moi un illustre étranger, une portion de la divinité égarée sur la terre ? Ah! plus je me considère, plus mon âme s'élève et s'embrase...
C'est toujours moi et je suis un autre être, je me vois passer par différentes scènes qui vont sans cesse augmentant d'éclat et de beauté ! Comme l'avenir développe devant moi une étonnante succession de destinées qui, couvertes aujourd'hui d'ombres impénétrables, échappent à l'œil perçant de la conjecture ! Je vois la nature m'ouvrir son sein et recevoir mon âme ravie dans des régions inconnues. Dans quel enchantement, avec quels transports je rencontrerai, j'embrasserai des êtres heureux comme moi! que de multitude d'esprits d'un autre ordre, que de natures nouvelles m'apparaitront ! J'oublierai le soleil; sans doute un plus bel univers etîacera jusqu'au souvenir de celui que parcourent nos yeux, et dont la vue me transporte aujourd'hui.
0 IMMORTALITÉ, qui peut décrire tes trésors et définir ta nature !
Je sais du moins que tu as une vie dont le fil brillant se développera pendant tous les siècles, sans que le fuseau s'épuise jamais. Il ne sera point fragile comme le fil qui forme la trame si noire de nos malheureux jours, nos plaisirs les plus vifs n'atteignent jamais au bonheur, ils ne sont que des consolations de nos maux qui nous rendent la force de souffrir. Etres ébauchés, notre existence n'est que commencée. Nous ne sommes qu'à l'aurore, qu'au foible crépuscule qui précède le jour. L'homme reposant informe dans le germe du père qui doit l'engendrer, n'est pas plus éloigné de cette vie imparfaite que nous ne le sommes nous -même de la vie réelle, dont la mort seule ouvre l'entrée en déchirant l'enveloppe mortelle qui nous emprisonnoit.
Observ. — L'immortalité de l'âme, la palingénésie de l'homme, la perpétuité de son être, etc., telles sont les idées qui régnent dans ce morceau. 11 est permis de conjecturer qu'elles étaient conformes aux croyances de Vergniaud, sans quoi il n'aurait pas pris la peine de copier de sa main ces longues pages que nous sommes obligés d'abréger et qu'il faut lire en entier dans l'original. L'extrait d'Young nous semble fort intéressant en ce qu'il répond à l'accusation de matériaUsme si injustement formulée contre la générahté des Girondins. Il est important aussi au point de vue littéraire. Il montre que Vergniaud avait étudié Young, et les formes de style de l'écrivain anglais se retrouvent en effet dans les discours de l'orateur du barreau ou de la tribune française; les images de la mort, des tombeaux (a) y reviennent parfois à la manière de l'auteur des Nuits, imitée aussi par d'autres contemporains, Chateaubriand par exemple qui avait puisé à la même source : rapprochement curieux entre deux grands esprits, qui ont suivi des voies si diverses et se toucheraient par ce point unique et inattendu.
(a) V. notamment le discours sur l'Appel au Peuple. Comparaison de la France à ces monuments fameux de l'Egypte : « L'étranger s'étonne de leur grandeur. S'il veut y pénétrer, qu'y trouve-t-il? des cendres inanimées et le silence des tombeaux!., . »
Sur la conjuration du -10 mars : « Puisse l'infamie sceller à jamais la pierre déshonorée qui couvrira leurs cendres !... »
Sur la Constitution s « Le plus terrible des niveleurs, la Mort, planerait sur les villes et les campagnes I » Et plus loin : « La seule Egalité du désespoir et des tombeaux, etc.. »
SUR VERGMAUD. 195