VILLE, PABOISSE DE SAINT-MIGHEL, LE 8 FÉVRIER 1760, ÉTAIT DÉCÉDÉ
(Registre des actes de décès de Limoges puur l'année 1829, f" 229.)
L'attribution était formelle, sans hésitation, sans restriction d'aucune espèce.
Quérard, consulté par nous, rendit le même oracle. Bien plus, il ajoute ce renseignement significatif : a Roman politique relatif aux troubles civils de Genève. »
Les biographies à l'article Bérenger de Genève, ne tiennent pas un autre langage.
Toutes ces voix se réunissaient contre notre hypothèse.
Comment prononcer entre ces autorités également recommandables : d'une part M. Lingaud, si précis et dans une position à être si bien informé, de l'autre l'unanimité des biographes et bibliographes?
Nous nous sommes adressé aux hommes les plus compétents, notamment M. Félix Bovet, de Neufchâtel, en Suisse, nous leur avons soumis la difliculté. Ils n'ont pu la résoudre. Peut-être y a-t-il un moyen terme entre les deux opinions qui au premier abord semblent inconciliables ? Mais auparavant, énumérons les raisons que l'on peut faire valoir de part et d'autre :
Pour Bérenger, on peut invoquer :
A, Le sujet du roman qui, dit-on, ne serait qu'une allusion aux troubles politiques de Genève, à l'exil subi par l'auteur lui-même. Il faut reconnaître la réalité de cette allusion qui est incessante. La Suisse est évidemment représentée sous le nom de la Sicile et les républiques de Syracuse, Messine, Catane, etc. , peuvent très bien déguiser les cantons qui composent la Confédération Helvétique.
B. L'emploi de locutions qui ne sont pas usitées chez nous et appartiennent à un français provincial.
Malveuillans pour malveillans, t. Il, p. 11. Plaisant pour agréable, p. 29.
Décisif pour décidé, p. 77.
Ftre nécessité de (faire une chose) pour être obligé, force de (aire celte ctiose, p. 88.
J'ai suspendu de ûoii* ma lettre, p. 34
C Les caractères typograi)hiques qui, à première vue, ont été reconnus suisses par un homme éminent, un juge sans appel, M. Rathery, de la Bibliothèque nationale, et ce qui prouve que M. Rathery ne se trompait pas, ce sont les fautes mêmes d'impression qui trahissent une origine germanique (puplicité, la tranquilUté puplique, p. 91).
Pour Vergniaud, — A, Nous insérons, sans y rien changer, une note de M. Guibert, jeune publiciste fort distingué de Limoges, sur M. Lingaud,
Jean-Baptiste Lingaud, né à Limoges le 8 février 1760, mort le 23 janvier 1829, se fit de bonne heure remarquer par son intelligence et fut, très jeune, attaché comme secrétaire à ïurgot, alors Intendant de la généralité. Il travailla ensuite avec son père, secrétaire-greffier de la municipalité de Limoges et remplaça, en 1777, ce dernier dans cette charge, après avoir obtenu une dispense d'âge. Il resta plus de quarante ans à la tête des bureaux de la mairie, où il avait une position et une influence exceptionnelles.
M. Lingaud était un lettré, un chercheur surtout. Collectionneur et compilateur infatigable, il a laissé des monceaux de documents sur l'histoire du pays, dont une partie seulement a été conservée et se trouve entre les mains de M. Nivet-Fontaubert. Sa bibliothèque était fort belle. Elle fut malheureusement dispersée après sa mort.
Nul homme ne connaissait mieux que M. Lingaud les hommes et les choses à Limoges, et ne pouvait en parler avec plus de compétence. C'était Thistoire locale vivante : l'histoire httéraire et administrative surtout. L'attribution qu'il fait à Vergniaud du roman des Amans républicains^ a d'autant plus de poids, que, contemporain de Vergniaud, il l'avait sûrement connu et avait eu, comme secrétaire de Turgot, des rapports avec M. Vergniaud père et la famille Alluaud.
Ajoutons que le seul manuscrit que l'on possède de V Enéide, travestie en vers patois de l'abbé Roby, le premier instituteur de Vergniaud, provient de la collection de M. Lingaud.
B, Les locutions inusitées, — L'argument se retourne ici en faveur de Topinion de M. Lingaud. En effet, la plus caractéristique de ces locutions est celle-ci ; être nécessité de.
Mais précisément elle se trouve chez Vergniaud ! ( K. Lettre du 25 juillet 1781, n° 31, p. A9.) Et ce qui prouve qu'il n*a pu la puiser dans l'ouvrage de Bérenger, c'est que la lettre où elle se rencontre est antérieure à l'apparition des Amans républicains, qui sont de 1782.
C. Le style de l'ouvrage en question est essentiellement métaphorique. On peut dire que les deux volumes ne forment qu'une seule métaphore, depuis la première jusqu'à la dernière page. Nous ne citons pas, il faudrait tout citer, et il est plus simple de lire. Or, suivant une observation fort juste de Charles Nodier, l'image est la figure favorite, constante, de Vergniaud. Cest ce qui caractérise le plus sa manière, comme écrivain et comme orateur.
Tels sont, sans parler des observations de détail, les arguments qui se balancent de part et d'autre.
Voyons comment il serait possible de les concilier.
Vergniaud habitait Paris de 1775 à 1780.
11 était jeune, pauvre, et s'occupait de littérature par besoin plus encore que par goût.
C'est à cette même époque que Bérenger a été exilé et qu'il a dû venir à Paris.
Rien de plus naturel que de supposer qu'ils ont été mis en rapport l'un avec l'autre et qu'une entente commune s'est établie entre eux (1) . Vergniaud était mieux que personne en état de corriger l'œuvre de Bérenger, de polir le style, de rehausser le fond des idées par des morceaux accessoires, des discours, par exemple, qui y tiennent une place considérable. Ainsi s'expliquerait une note de la page 57, où l'on pourrait trouver une trace de collaboration. « On supprime, dit l'auteur, les remarques politiques du jeune homme : ses projets, joints à ses réflexions, interrompent l'intérôt... »
(\) On voit frc^quenimenl dans les Affiches, Annonces et Avis divers de cette époque des oflres de ce genre : « Un jeune homme instruit, laborieux, etc., se propose pour un travail litlt'raire et sciculiiique ou commercial. » (V. année 1782, 2* semestre jxwstw.)
Les deux attributions, contradictoires en apparence, se concilieraient donc au lieu de s'exclure : Bérenger serait l'auteur, Vergniaud le collaborateur ; Barbier n'aurait pas tort, et M. Lingaud n'aurait pas été trompé. Chacun des deux systèmes contiendrait une portion de vérité.
Ceci dit, et sous toutes réserves^ ouvrons les Amans republicains et parcourons les lettres de Nicias et de Cynire. Un résumé et quelques citations mettront nos lecteurs en état de prononcer sur la valeur de l'ouvrage et le mérite du style.
Le plan du roman est d'une extrême simplicité :
Nicias, un jeune homme de Syracuse, et Cynire, une jeune fille de la même ville, appartenant à des familles amies, ont été élevés ensemble ; ils s'aiment à leur insu, tant ils sont encore près des jeux de l'enfance. Un voyage qui les sépare leur donne occasion de s'écrire : ils s'avouent naïvement les sentiments qu'ils partagent, leurs parents ne s'opposent pas à leur union, ils vont être heureux... Mais le père de Nicias veut le soumettre à une épreuve : il exige qu'avant de se fixer, il voyage quelque temps, qu'il visite les différents peuples de la Sicile : « Va, lui dit-il,... dans les dissensions dont les uns sont agités, dans la paix dont jouissent les autres ; dans leur situation, leur commerce, leur richesse, va saisir les causes fécondes de la prospérité publique... Pars et reviens plus digne du bonheur qui t'attend. . . J'ai deux garants qui me répondent de toi... l'exemple de ton père et l'amour de Cynire... » Nicias hésite, Cynire exige qu'il obéisse à son père : elle lui écrit, pour l'y décider, une longue lettre qui se termine ainsi :
« Ta douleur n'a pas calmé la mienne, mais elle y a répandu un charme qui me la rend douce et chère, j'aime à m'y Uvrer : il me semble que par elle nous nous unissons encore, et tout ce qui nous est commun me flatte ; » puis elle lui propose un moyen d'adoucir leur séparation et de diminuer en quelque sorte la distance de l'éloignement !
« C'est, dit-elle, de nous peindre chaque jour, chaque
SUR VERG.XIAUD. 901
instant, tout ce qui nous frappe, nous émeut, nous étonne. Tu m'écriras tout ce que tu penses, ce que tu as fait, ce que tu as vu faire, ce que tu aurais voulu faire. Je t'imiterai : en t'écrivant, je croirai te parler ; en lisant ce que tu as vu, je croirai le voir ; je vivrai, j'agirai avec toi. Dans chaque instant, dans chaque point de ton existence, je la partagerai. Ce qui est passé pour toi deviendra le présent pour moi, mes sentiments actuels se confondront avec ceux que tu éprouves »
Nicias ne peut refuser, il s'éloigne, et la correspondance commence ; il visite successivement la ville des Léontins (Leontium Lentini), Catane, Messène; il s'apprêtait à se rendre à Tyndaris, lorsqu'il apprend que Syracuse est en proie aux troubles politiques les plus graves : la division a éclaté entre les habitants de la ville et ceux des campagnes. Psammilus (c'est le père de Nicias), ayant pris parti pour ces derniers, a été arrêté, menacé de mort et condamné à un exil perpétuel. Bientôt Gynire vole auprès de Nicias, elle lui raconte les événements qui sont survenus, elle le détourne de se rendre à Syracuse où il veut aller tirer vengeance des ennemis de sort père, et le décide à partir pour Sycione, où Ton présume que Psammilus a dû aborder. Une année s'écoule en vaines recherches, Nicias et Cynire, se croyant relevés de la défense du vieillard, se présentent au temple de l'hymen et deviennent époux. Enfin Nicias retrouve son père, mais affaibli par l'âge, les malheurs, et devenu aveugle... Il se rend à Syracuse, veut faire revenir le peuple sur la sentence inique qu'il a prononcée et manque lui-môme de devenir victime de la multitude en courroux : il n'échappe que par la fuite .\ sa fureur.
Un épilogue de l'éditeur nous apprend que Psammilus, Nicias et Cynire, et quelques-uns de leurs compatriotes se retirèrent dans une ville grecque où ils formèrent longtemps une société d'amis, d'époux et de pères heureux.
Psammilus reçut, avant de mourir, la nouvelle ^u'ou venait
d'anéantir l'arrêt de son exil. Nicias et Gynire retournent à Syracuse où ils eurent plusieurs enfants dignes d'eux.
L'invention et l'intrigue sont donc également nulles : l'action n'est qu'un prétexte aux dissertations morales et politiques qui forment le véritable objet de l'ouvrage.
Voici d'abord un spécimen du style descriptif. C'est un lever de soleil en Sicile.
Aucun vent n'agitait la surface de la terre : elle semblait admirer en silence le soleil qui venait de s'élancer sur rhorizon : il se peignait encore dans la mer par une colonne immense d'une lumière vive et dorée, que le reste des ondes paisibles rendait plus éclatante; il était environné de nuées qu'il teignait de la couleur de Ter fondu. Une épaisse masse de nuages d'un rouge sombre se reposait sur le mont Etna et répandait sur cette partie de la Sicile une obscurité colorée; une large bande de pourpre s'étendait vers l'Afrique et la faisait paraître sanglante. (T. I, p. 20.)
Il y a dans cette peinture une vivacité de coloris qui n'est pas habituelle au xvnp siècle. Les Études de la nature n'avaient pas encore paru (elles ne sont que de 178/i, et les Amans républicains sont de 1782, 1^^ éd.). Certaines expressions sembleraient modernes et pourraient passer pour neuves à une époque où l'on a tant usé et abusé des descriptions physiques. Il est juste, d'un autre côté, de reconnaître qu'il y a quelques taches que le goût moderne effacerait ou n'aurait pas commises (1) .
L'amour, quoiqu'il ne joue dans l'ouvrage que le rôle secondaire d'un prétexte, inspire çà et là quelques jolies pensées à l'auteur, quel qu'il soit.
Je voudrais que tes lettres me parvinssent avec la rapidité de l'éclair : peut-être je le trouverais trop lent encore
Je voudrais que nous tinssions l'un à l'autre par des fils imperceptibles et sûrs; que chaque mot que tu prononces, chaque mouvement que tu fais, se fit sentir à moi comme le frémissement
(1) Le Voyage du Jeune Anacharsis est de 1788; le roman de Paul et Virginie est de la même année; la Chaumière indienne est de 4789.
SUR VERGMAUD.
de l'airain frappé avec force se communique au loin, à une distance de plusieurs lieues. Je comprends aujourd'hui pourquoi nous avons attaché des ailes aux talons du messager amoureux des Dieux et des hommes, et je suis éionné que l'imagination n'en ait pas couvert son corps. (T. I, p. 81 .)
Ecoute, j'imagine un projet, un moyen de nous entretenir. Tu connais cette étoile brillante qu'on appelle l'œil du Taureau. Je l'ai vue près de son couchant lorsque le crépuscule s'obscurcissait : regarde-la dans cet instant, je la regarderai aussi. Je serai occupé du même objet dont tu t'occupes. Mes yeux seront attachés sur ce qui lient les yeux fixés; nos pensées, nos craintes, nos désirs, nos vœux seront en ce moment les mêmes. (T. 1^ p. 48.)
Douces agitations de l'âme, charme inexprimable de l'amour, celui qui vous connaît, qui sait vous sentir, et peut s'y livrer, fait descendre le ciel sur la terre, et si les Dieux ne sentent plus vivement que lui, sans doute ils sont moins heureux. (Lettre V, p. 48.)
Lord Byron dira plus tard, dans le même sens, en complétant la pensée :
a L'amour heureux, c'est le ciel; l'amour contrarié, c'est l'enfer ! p
Nicias décrit le moment où deux époux se retrouvent.
... Il vit sa femme assise sous un grand arbre, un de ses fils sur ses genoux; alors une sérénité céleste régna dans tous ses traits. Sans s'apercevoir que j'étais avec lui, il doubla le pas pour aller avec elle. Son épouse ne le vit pas d'abord, car elle était occupée de son fils; elle entendit le bruit de ses pas et leva les yeux; son })remier mouvement fut de poser son enfant pour aller au devant de lui, son second fut de le prendre dans ses bras pour le présenter à son père.
Avec quels transports il pressa sa femme contre son sein, avec quel doux tressaillement il sentit les bras de son fils autour de son cou! Ces deux époux ne se parlaient pas; mais combien étaient éloquents les accents entrecoupés qui leur échappaient, l'éiiiotion qu'ils éprouvaient, tous leurs mouvements, et surtout ce sourire qui ne repose pas seu" -nr les lèvres, mais ré-
pand sa sérénité sur tout le visa^ . irc V, p. 24.)
Nous passons un discours bien fait (vol. I, p. 9h) pour donner un extrait d'un morceau qui serait fort curieux^ s'il était dû à Vergniaud. Nicias défend son père devant les Syracusains, il leur reproche de l'avoir traité comme un coupable, pour qu'il parût l'être, et d'avoir violé en lui tous les droits de la défense. On croirait entendre un jugement porté sur le procès de Louis XVI.
Vous n'avez point écouté la voix de la justice ni Phumanité. Elles veulent qu'avant de punir le criminel, on s'assure si le crime existe; qu'on examine tout; qu'on pèse tous les rapports, les circonstances, les intérêts; qu'on n'omette rien pour trouver le coupable, pour sauver l'innocent et qu'on le désire. — Et vous avez proscrit mon père, avant tout examen, dans l'effervescence des passions, sur des préjugés, des soupçons, des bruits populaires; vous l'avez accusé comme si vous aviez voulu qu'il fût coupable; vous l'avez accusé comme si vous aviez craint de le trouver innocent. Vous avez décidé qu'il était coupable, parce que vous désiriez qu'il le fût; vous l'avez puni d'un crime qu'il n'avait pas commis; vous l'avez déclaré criminel, lorsqu'il n'y avait pas de crime, et coupable d'un délit qui n'existait pas (p. 237) (1).
La justice et l'humanité... exigent qu'on entende (l'accusé) et qu'on l'aide; qu'on écoute ses raisons et ses défenses; qu'on ait égard même à ses plaintes et à ses regrets. Et vous, vous avez traité mon père comme un criminel convaincu, lorsqu'il n'était même pas accusé; vous avez traité un homme vertueux, un citoyen respectable, et dans le sein de sa patrie, comme un tigre féroce, qu'on poursuit, qu'on enchaîne, qu'on regarde avec vigilance pour qu'il ne dévore pas ceux qui l'entourent (p. 238).
L'humanité ! C'est encore un mot qui, accompagné de l'idée de justice, revient sans cesse sous la plume et dans la bouche de Vergniaud, et on le retrouve deux fois dans cette page et bien souvent ailleurs, par exemple, t. I, p. 137 : « Quelle rai-
(1 ) Ducos a dit très bien dans la défense qu'il avait préparée pour le Tribunal Révolutionnaire : « Il y a deux manières d'inculper à faux : la première de déposer contre un accusé un fait qui n'est pas vrai ; la seconde de l'accuser d'un fait qui n'est pas un délit. » (Page 173, W. 292, 204, Archives nation,)
SIR VERGKIAUD. 205
son pourrais-tu m'alléguer encore? je crois l'entendre, tu élèveras la voix de \ humanité. »
En somme^ les Amans républicains, soit qu'ils appartiennent en totalité àVergniaud, soit qu'il n'en ait été que le collaborateur ou qu'il y soit étranger, sont une œuvre qui n'est pas sans mérite. Il ne faut pas parler de Télémaque ni de la Chaumière indienne^ deux chefs-d'œuvre hors de comparaison. Mais on peut les placer entre Belisaire et Mentor à Tyrinthe (1), au-dessous peut-être de l'un, et certainement au-dessus de l'autre.
(I) Mentor à Tyrinthe^ narration instructive, critique et morale, sur les événemens, l'existence naturelle, l'esprit et la politique des Tyrinlhiens, Fragment inédit d'un ancien ouvrage grec, traduit en plusieurs langues à Constantinople, par l'Effendi Cohé-Cekuk, réimprimé à Smyrne par les soins de M. John Straflord.
P.iS, — Nous nous sommes adressé à M. le marquis de Maleissye, pour lui demander s'il n'existerait pas dans ses papiers des traces de correspondance entre Tun des membres de sa famille et Vergniaud. Il a eu la bonté de nous faire savoir :
^° Que le marquis de Maleissye, son grand père, Maréchal de camp, etc., immolé sur l'échafaud révolutionnaire, n'était pas celui qui avait connu Vergniaud (i);
2" Que la comtesse de Maleissye chez laquelle Vergniaud avait pu être reçu, était devenue veuve avant la Révolution : elle habitait alors le château de Maugarny, auprès de Montmorency, château encore existant. (Lettre du 13 nov. 1872, datée du château de Maillebois.)
(1) M. de Maleyssie périt avec sa femme et ses deux filles. Leur dossier, qui est aux Archives nationales, ne donne aucune lumière sur la condamnation qui les frappa en masse. Mais les motifs de cette extermination se trouvent exprimés dans les listes de la Commission populaire établie en exécution de la loi du 23 ventôse. (F. Papiers inédits de Robespierre, t. III, p. 185} :
« Malessi-Tardieu (AntoiDe-Charles), ancien maréchal, capitaine des gtrdtt françaises, chevalier de Saint-Louis, section de l'Homme-Armé (aa Luxembourg), fanatique à l'excès, se trouvant journellement avec des prêtres et entretenant avec, eux des relations suivies, ce qui pouvait amener la contrerévolution.
Mai ri<i Flisabeth-Marie, femme}, etc.. Mêmes motifs, etc.
I; KR (Hyacinthe Malessi, femme), etc., femme et sœur d'émigré,
etc. N ..lifs.
Malessi (Claire-Félicité, etc., 21 ans!) ayant le.« mêmes principes que set pères et mères, qui étaient fanatiquêt et Journellement liés avec les prétret danx un lieu retiré. Ce qui pouvait, etc. »
Cette liste est passée tout entière sur les registres du Comité de Salut public et de Sûreté générale, et datée, au Tribunal Révolutionnaire des
3 et 5 thermidor.
208 APPEÎTDICE.
P. 33 et suiv. ^- En 1779, M. du Paty voulut changer ses fonctions d'avocat général contre celles de président à mortier (1). Chose étrange ! qu'on a peine à croire il rencontra une opposition violente dans le Parlement de Bordeaux. On lui objectait Tinsuffisance de sa naissance. Il n'était pas d'assez bonne maison. Examinons sa généalogie.
La famille Mercier du Paty est originaire de La Rochelle... Le premier qui marqua dans l'histoire de cette ville fut noble homme Etienne Mercier, seigneur du Treuil-aux-Filles , né en i423. Nommé échevin en 1474. Il donna, en 1484, à la ville de La Rochelle, une couleuvrine en fer qui est restée dans l'arsenal de la ville jusque vers 1850; elle a été transportée au musée d'artillerie à Paris; elle porte le nom de la Mercière. — II. Guillaume Mercier, son fils, né en 1454, nommé maire de La Rochelle en 1494, y meurt en 1511; marié en 1481 avec Collette Martin de la Rousse. — III. Jacques-Etienne Mercier, fils du précédent, né en 1483, échevin de La Rochelle en 1526, fut anobli la même année de noblesse transmissible, comme échevin à la troisième génération successive par S. M. le roi François P% qui érigea à son profit en fief noble le Pasty, terre appartenant à la famille Mercier. (V. Histoire de La Rochelle, par le père Arçaire, in-4% p. 532-538).
Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier du Paty descendait de Jacques Etienne au huitième degré. Il était né à La Rochelle, le 10 mai 1746, de Charles-Jean-Baptiste du Paty, marquis de
(1) Ses travaux, dit un de ses panégyristes, qui n'étoient pas proportionnés à ses forces, minoient sa santé, et il obtint le vœu du premier Président et l'agrément du Garde des Sceaux, pour traiter d'une charge de président à mortier ^'K
l«) Entrait d'un petit ouvrage intitulé : Précis de ce qui s'est passé au Parlement de Bordeaux les 16 et 23 février 1780, les chambres assemblées, au sujet d'une requête de M. du Paty, premier avocat général, demandant l'enregistrement des provisions d'une charge de Président à mortier.
Pour entrer dans la magistrature, il faut :
!• Avoir le consentement des magistrats;
20 Etre gentilhomme;
3» Etre catholique.
11 semblait que la première condition aurait été d'être bon jurisconsulte. H n en est même pas parlé, et c'est dans la patrie de Montesquieu que ces faits se passaient l
Clam (i), seigneur de Bussac en Saintonge et autres lieux, et de Louise-Elisabeth Carré de Sainte-Cemme.
Les preuves avaient été faites régulièrement devant le généalogiste du Roi en 1722, pour l'admission dans la 2* compagnie des mousquetaires, au grade de maréchal des logis de Charles- Louis Mercier du Paty, grand-père du Président.
Les armes de la famille étaient d'argent, au chevron de gueules surmonté d'un croissant d'azur (aujourd'hui de sinople), accompagné de deux quintes feuilles de gueules et dua lion, passant du même. (V. la Noblesse de Saintonge et d'Aunis, par de la Morinerie. Paris, 1861, p. 193.)
Celte objection était donc sans aucune valeur.
Le second reproche fait à du Paty, était de ne point avoir dix années de magistrature révolues, parce qu'il fallait retrancher du temps écoulé depuis sa réception, celui de sa détention à Pierre- Encise en 1770 et les trois ans et demi du grand exil (2).
Ce grief, comme le dit Vergniaud, était un chef-d'œuvre de
(1) Les stigneurie et marquisat de Clam, avec titres et privilèges en dépendant, avaient été acquis du duc de Lavau-Guyon, suivant lettrespatentes du Hoi, en 1720. Ce titre est passé à M. le général du Paty, qui ne le porte pas, pour ne rien changer au nom glorieux conqui par son grand-père.
(2) « Ct'pendant ce Magistrat, qui, dès sa jeunesse, avait été placé au rang des Magistrats les plus courageux, les plus sages, les plus zélés pour leur compagnie ei les plus aflVanchis de préjugés; ce M;igistral, dont Voltaire avouoit les talens et les connoissances, ce magistral, qui avoit mérité la colère du despotisme ministériel rt qui avoil pas-é quatre années dans les prison^ ou l'exil pour justifier li magistrature, ce Magistral, dont le Parlement lui même avoit célébré les talents raresy la lormeté d'âme à toute épreuve, le dévouement sans réserve au Souverain, aux Lois, à la Patrie; ce Migistrit ne peut faire enregistrer ses provisions. Quels sont donc ses crimes? 11 a, disent deux de ses adversaires, attaqué la religion d.ins des écrits imprimés. Il vous somme de les montrer et vous ne les nommez même pas... Sa naissance est insuffisante, disent les autres. Vous oubliez donc que vous l'avez reçu Avocat général, après avoir fu les preuves les plus convaincantes de Phonnôteté de son extraction... Il n*a pa-^ demandé l'agrément du Parlement ; miis aucun de^ Présidens à morUer ne l'a l'dit, ce n'est pas l'usage. »
« M. du Paty eut 16 voix pour lui, 20 voix contre. »
{Éloge de If. le jtréndent du Paty, Naplet, 1789, par A. DIannvère ; ln-8*. !.»'/■. 6722, p. 8.)
2iO APPENDICE.
démence et de fureur. 11 avait révolté le Parlement même. (V. cidessus, p. 36 et 37.) Nous ne le discuterons pas. Nous aurions voulu rapporter les termes de la lettre de cachet décernée contre du Paty par le maréchal de Richelieu. Nous l'avons recherchée soit aux Archives nationales, soit dans celles de Lyon et de Bordeaux. Elle ne s'est pas retrouvée. Mais ce qui est plus curieux que n'aurait pu l'être ce document, c'est un mémoire publié en faveur de du Paty par le Parlement de Bordeaux lui-même. On y trouve constatés l'arrestation avec sa date et ses déiails, l'emprisonnement avec sa durée et la commutation en un exil à Roanne, et une protestation vigoureuse contre l'abus de pouvoir commis envers M. du Paty. Il existe à la Bibliothèque nationale un exemplaire coté LB ^*, 1097. — Nous en extrayons ce qui concerne du Paty.