‹ Vergniaud (volume 2)Chapitre 84 sur 86 · Tome XIV, p. 184, "2^ août 1779 (2). — La loge des Neuf · texte numérisé non relu

Tome XIV, p. 184, "2^ août 1779 (2). — La loge des Neuf

(1) On Ut; pi'ut donc pas comprendre qu'un journal de Bordeaux ait dit, à propos des papiers de Vergniaud récemment découverts, que du Paty avait eu la faiblesse de siéger dans la Cour créée par le Chancelier Maupeou. C'est exactement le contraire de la vérité. Loin de céder, du Paty s'était signalé par son opposition courageuse et eu avait été victime.

11 n'est pas non plus exact qu'il eût choisi Vergniaud pour rédiger son apologie. Vergniaud travailla sans douti* sous les ordres et sous les yeux de du Paty, dont il était le secrétaire, mais il ne résulte ni de la correspondance que nons publions, ni des écritures de sa main trouvéofi à Bordeaux, qu'il fût l'auteur d« s Mémoires que du Paty pût avoir à composer dans celte aflaire. (V. p. 189 ci-dessus.)

(2) La nomination de du Paty est du 10 nov<'mbrc 1779, en remplacement de M. Antoine- Alexandre de Gascq {Journal de Paris du 14 nov. 1779, n« 318).

5œ«r5 s'élanl jiislifiée des inculpations qui l'avoient mise dans l'animadversion du Grand-Orient... a voulu, suivant son usage, célébrer le grand jour de cette réunion par une fête solennelle. Elle a été indiquée au Vaux-Hall de la foire Saint-Germain et a eu lieu le lundi 16 de ce mois

Les principaux ouvrages lus ont été :

2" Un chant du mois de novembre, du poème de M. Houcher. Jl Tavoit choisi pour un éloge adroitement amené de M. du Paty (sic), ce jeune Avocat général du Parlement de Bordeaux, non moins célèbre parmi les patriotes que parmi les orateurs; le poète lui ayant obligation du bonbeur dont il jouit, a cru devoir lui en témoigner ainsi sa reconnoissance et le public a applaudi avec transport : on a couronné ce magistrat, qui modestement a placé le laurier sur la tète de M. Garât, dont il a prématuré ainsi le triomphe.

Ce même magistrat, frère de cette loge depuis son séjour à Paris, devoit lire V Eloge de Moiitesquieu ; mais il a déclaré, quelques jours avant, qu'il n'auroit pas terminé cet ouvrage. On croit plutôt que les morceaux hardis dont il est plein, dit-on, ont engagé ses amis à le détourner de se donner ainsi en spectacle.

Voici les vers de Boucher, dans le chant neuvième de son poème des 3Iois; il trace le portrait du véritable magistrat :

Qu'à l'inflexible honnoui il soit resté fidèle, Et qu'enfin du Paly lui serve de iiiodèle. Peut-être h ce seul mot, du Paty, l'ougis-tu? Mais à notre amitié, bien moins qu'à ta vertu, Je devais aujourd'hui ce solennel hommage. Ah ! si ces faibles vers, qu'ennoblit ton image, l^euvent franchir des ans l'espace illimité Et consacrer ma Muse à l'immortalité, On saura que j'avais pour rmii véritable Un homme incorruptible, intrépide, équitable, Qui, sensible aux malheurs par le peuple soutlerts, Sut braver jeune encor et l'exil et les fers. Poursuis donc, du Paty, ta course glorieuse !

Tels étaient probablement les titres vrais de du Paty à Phostilité des vieux parlementaires de Bordeaux. Il faut y joindre Pouvrage auquel il annonce à Vultaire qu'il travaillait depuis plusieurs an-

nées : les Principes de la Justice criminelle les plus convenables à l'intérêt général de l'humanité. (Lettre du 20 septembre 1776. L'Amateur d'autographes, u" 80, p. 120.) Pensée réalisée plus tard dans le célèbre Mémoire pour trois hommes condamnés à la roue. Nous n'en détachons qu'une phrase, qui contient du Paly tout entier et qui suffit à son éloge.

Quoi donc ! les pauvres, les misérables, et, comme dit VOrgueil^ la lie de la nation, vingt millions d'hommes seraient-ils réduits à l'avenir à n'apprendre qu'ils n'ont un roi que par les vexations des trailans, des uiagi:;trats qu'à la vue des échafauds et un Dieu qu'après leur mort !

(Da Paty, Mémoire pour trois hommes condamnés à la roue.)

Lettre (inédite) de Robespierre à Duvignau.

Paria, G septembre 1790.

Je dois, Monsieur, répondre par ma franchise à la confiance que vous me témoignez. Les idées que vous avez développées dans l'écrit que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, me paraissent justes, conformes aux droits des hommes et aux principes londaraentaux de toute constitution consacrés par l'Assemblée nationale; je crois même que si tous les dépositaires de Tâulorité publique pouvaient les apprécier et les prendre pour règle de leur conduite, la paix et la liberté régneraient bientôt dans toutes les parties de la France. Cependant, Monsieur, vous ne devez pas être surpris que la simplicité énergique de ces principes effarouchent non-seulement les mauvais citolens , mais ceux même dont le patriotisme n'est pas encore suffisamment éclairé. C'est le sort de tous les écrivains dont les lumières ou les vertus civiques devancent un peu l'époque où ils publient leurs opinions, d'être d'abord calomniés et par l'injustice et par l'ignorance. C'est à vous, Monsieur, de juger juscju'à quel point les circonstances où vous êtes pourraient vous obliger de modifier les fonnes dans lesquelles vous présenterez la vérité à vos conci-

toïens; au reste^ je vous garantis Testime et la reconnaissance de tous les amis de la raison, de la justice et de la patrie. Tels sont, les sentiments dont je vous offre le témoignage pour

mon compte personnel,

Robespierre, (Archives du déparlement de la Gironde.)

Pierre-Hyacinthe Duvignau, greffier du Tribunal Criminel de Bordeaux, avait paru en mai 1793 à la barre de la Convention, pour protester au nom de la ville de Bordeaux, contre les brigands et les assassins. Compromis plus tard par cette démarche et conduit devant la Commission militaire présidée par Lacombe, il présenta un mémoire dans lequel il dut invoquer en sa faveur, la lettre de Robespierre, que nous venons de rapporter. Nous en extrayons ce qui suit :

« Un jour le club du Café National fit une de ces expéditions hardies qui en paraissant braver les lois les affermissent cependant sur leurs bases, la municipalité de Bordeaux punit sévèrement quelques membres de cette Société; les journaux se turent; mais j'attaquai la proclamation municipale, je défendis le patriotisme, ce dévouement fit éclore contre moi personnellement une proclamation nouvelle qui m'obligea d'aller à Paris. Robespierre m'y consola par une lettre très honorable qui sera jointe ici, etc. »

Duvignau fut condamné à mort par la Commission militaire de Bordeaux, le 8 thermidor, an II, 26 juillet 1794. (V. l'article qui lui a été consacré par la biographie de Leipsick.)

Nous avons dit, p. 285, IP vol., que le maximum n'était qu'une des mesures pratiquées par l'ancien régime et renouvelée par la Révolution, Cette assertion ayant excité quelque surprise, nous la justifions.

Le greffe du Tribunal de Versailles renferme les Archives de la Prévôté de THôtel. Là on voit que pendant les résidences temporaires de la Cour à Fontainebleau, à Compiègne, etc., le prévôt rendait des ordonnances pour prescrire aux habitants, demi-

ciliés dans un certain rayon, d'apporter leurs denrées, pailles, foins, avoine. Les ordonnances étaient affichées, tambourinées, lues aux prônes des paroisses, et rendues obligatoires pour les populations.

Les prix étaient fixés d'avance et tarifés dans les affiches.

l^s cultivateurs étaient forcés de vendre leurs vivres ou leurs fourrages aux prix déterminés, et d'en livrer la quantité voulue.

Une ordoanance de Turgol abolit cet abus, au nom de la liberté du commerce et du travail.

Les placards dont nous parlons se trouvent en grand nombre dans les dossiers de la justice prévôtale.

Nous devons la connaissance de ces pièces à M. Jeandel, avocat du Barreau de Versailles et membre de la Société des Sciences morales de Seine- et-Oise. (Voy. le Journal des Économistes^ 1861, p. 252.)

P. 119. — Envoi à M. AUuaud de 10 louis d'or pour la créance Cacatle, etc., une famille de Limoges portait ce nom. V, dans la Biographie de Rabbe et Sainte-Preuve, l'article qui concerne Léonard Cacatle, né à Limoges le 27 novembre 1760, devenu maréchal-de-camp et ayant les plus beaux états de service, tant sous la République que sous l'Empire.

10 Mai 1873. — Au moment de terminer l'impression de ce volume, nous recevons de M"' veuve Chambry, par M. Noôl, son gendre, communication de deux lettres de Vergniaud, l'une adressée à M. le Président du Paty, l'autre signée par Vergniaud comme Président de l'Assemblée législative.

La première lettre a été fac-similisée pour VIconologie française de Delpech, à laquelle M. Chambry a fait de nombreuses communications avec sa bienveillance ordinaire. Ce renseignement nous a été donné par M. Rathery et confirmé par M"' Blouet, fille de Delpech.

1^ seconde lettre appartient à la partie politique de la vie de Vergniaud; nous la renvoyons à l'Appendice du II* volume.

Voici d'abord la lettre à du Paty :

Lettre de Vergniaud à M. du Paty.

Monsieur le Président,

Je vais encore faire la folie d'aller tenter fortune à Bord^ ; je dis la folie, car c'en est une bien grande de quitter un endroit où je jouis à peu près de toutes les commodités de la vie pour aller dans un autre où je serai fort heureux de me procurer le nécessaire, mais c'est la destinée de tous les hommes de chercher Macare loin d'eux, tandis que comme Theleme, ils pourroient le trouver dans leurs foyers. Je subirai donc mon sort; d'ailleurs Bord^ m'est devenu cher par le souvenir des bontés que vous avez eues pour moi : il paraît que la séance se dispose à être orageuse. Mais vous avez su les détails de la rentrée. Ainsi il est inutile que je vous les raconte. S'il se passe quelque chose de nouveau aux Bois, j'aurai l'honneur de vous en faire part.

J'ai vu ici pendant les vacances M. l'abbé de Poulouzat. Il m'avoit communiqué les remontrances sur les évocations dont vous aurez probablement reçu un exemplaire, car elles sont imprimées.

Voudrez-vous bien présenter mes respects à M*"^ la Présidente et me rappeler au souvenir de votre charmante famille. Vous savez les inquiétudes que je dois avoir sur votre santé. Les calmer seroit m'accorder une grande faveur. Permettez-moi de devancer la nouvelle année pour vous faire à cet égard tous les souhaits possibles. Si je m'y prends un peu trop tôt, c'est que ce n'est pas sur le calendrier que je règle les vœux de mon cœur.

J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Limoges, le 21 décembre 1784.

P. S. — Je compte partir le mardi d'avant les Bois.

En tête de la lettre, on lit cet avis de la main de M. Charles du Paty, réminenl statuaire ; ce qui forme un double autographe.

a Cette lettre fut adressée à mon père par le célèbre et malheureux Vergnaud, député du département de la Gironde. » « La signature fut effacée pendant la Terreur. »

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