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ROBESPIERRE, ETC. — RÉSUMÉ

Avocat, fils d'avocat, il devait rester fidèle défenseur de cette grande cause ; il a mieux aimé en être le transfuge et le persécuteur.

Il pouvait en être l'apôtre, il a préféré en être l'apostat.

Il avait juré de s'y dévouer (F. ci-dessus, p. 447), et suivant l'expression d'une de ses plus touchantes victimes, André Ghénier, la même année vit le serment et le parjure.

C'est pour cela, que nous lui dénions le titre d'ouvrier de Chumonité et que, quoique fassent ses apologistes, son nom restera comme le synonyme de la terreur à son maximum d'intensité, comme l'incarnation de la guillotine politique, comme le symbole de l'extermination en masse, et ce qui est pire que la terreur, que l'échafaud, que la mort même, comme la dernière expression do l'iniquité déguisée sous les formes de la justice, la plus sacrilège des iniquités qu'il soit donné à l'homme de subir ou de commettre. .

Dans les archives réservées de la Préfecture de police, il se trouvait une caricature contre Robespierre, exécutée à la plume dans d'assez grandes dimensions.

On voyait Robespierre, assis à l'extrémité d'un sarcophage reposant sur une estrade à deux marches; il était occupé à guillotiner le bourreau. Tout autour de lui était disposée une auréole de petites guillotines, qui rappelaient le nom d'une catégorie de victimes : les Girondins, les Hébertistes, les Dantonistes, etc., et au-dessous on lisait :

Robespierre assis sur le tombeau de la France, ne trouvant plus personne à guillotiner, exécute le bourreau.

C'est une variante de l'estampe, placée en tête de L'Aimanach des prisons, qui représente le bourreau finissant par se guillotiner lui-même, elle est intitulée aussi : Gouvernement DE Robespierre.

Dans le dessin des archives, dessin fait avec beaucoup de soin et comme pour être gravé ; Robespierre était vu de pro-

fil, tourné de droite à gauche, il était coiffé d'un chapeau à plume, vêtu d'une redingote, ceint d'une écharpe, et portant des bottes à revers.

Cette pièce avait été saisie à Saint-Denis par les Agents du District, elle était antérieure au 9 Thermidor, elle montrait bien la pensée des contemporains et prouvait que pour eux la figure de Robespierre était devenue la guillotine incarnée passée à l'état d'apothéose, rayonnant comme une gloire sinistre au milieu d'une vapeur de sang. Ce culte du bourreau frappait donc déjà l'imagination populaire : on les a rapprochés, identifiés, on a supposé que le terrible dictateur, après avoir fauché l'épi jusqu'à la racine avait fini par immoler son premier ministre faute d'autre victime. On comptait sans les retours d'ici-bas, et la Némésis inévitable, qui n'est autre chose que la logique secrète des événements. Robespierre a péri par les lois qu'il avait faites. Son procès, disent ses partisans, n'est pas encore jugé : à qui la faute? qui avait aboli la défense? qui avait étouffé la voix de l'accusé? qui avait supprimé tout intermédiaire entre l'accusateur puMic et l'exécuteur des hautes œuvres, confondu Fouquier- Tinville avec Sanson, et Sanson avec Robespierre lui-même? La pièce suivante répond à la question :

Note remise à Duf. (probablement Dufourny) par Bous (sic).

Chabot épouvantoit le banquier anglois Boyd-Ker, principalement de Robespierre, qui avoitdit à Chabot (d'après ce que Chabot disoit lui-même) que, s'il manquoit un bourreau pour ce banquier, il en servirait avec plaisir, (Archives nat. W, 343, C. 48, pièce 4.)

Boyd-Ker avait été accusé d'avoir soustrait dix millions au séquestre mis sur les biens des étrangers par un décret du 9 octobre 1793. C'était une inculpation fausse, jnais dont l'esprit violent du parti Montagnard s'était emparé pour accuser la trésorerie de complicité avec le banquier anglais.

Robespierre s'était saisi de l'affaire, ainsi que le prouvèrent les papiers pris chez lui {Moniteur du 19 frim. an III).

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Le propos attribué à Chabot u'a donc rien que de vraisemblable par lui-môme; si la pièce où il est consigne était postérieure au 9 Thermidor, on pourrait se demander s'il n'y a pas là une de ces exagérations trop fréquentes dans toutes les réactions, surtout dans celle qui suivit la mort de Robespierre. Mais il faut remarquer que la note trouvée dans le dossier de Chabot est antérieure au 16 germinal an II. Robespierre était alors debout, dans toute sa puissance, et nul n'aurait osé lui attribuer une parole qu'il n'aurait pas tenue, surtout Chabot qui tremblait devant lui.

Le mot reste donc; il est grave! Il montre jusqu'à quel point Robespierre était arrivé à s'identifier avec le bourreau et combien les images populaires du temps étaient vraies, combien les inductions que nous en avions tirées étaient justes. Robespierre bourreau n'est pas un mythe de la réaction thermidorienne, c'est une vérité de l'histoire, lui-même l'a scellée de sa bouche; on peut ajouter et de son sang. Le 22 Prairial n'a-t-il pas eu pour conséquence et pour châtiment l'échafaud du 10 Thermidor?

Nous avons pris l'engagement de placer en regard de la vie juridique de Robespierre l'existence d'un de ses adversaires de la Gironde (p. 445), pour permettre la comparaison entre eux; nous ne pouvons mieux faire que de lui opposer Vergniaud K Avocat à l'origine, il reste fidèle à son titre, il plaide la cause de l'humanité, il la défend, comme c'est le devoir de sa profession, vsque ad effusionem sanguinis; il meurt pour avoir défendu Louis XVI ^, il meurt sans avoir

» C'est ce que faii^aicut déjà les coutemporains. (V. Anecdota sur la Révolution, par MarlÎD, Paris Garnery, 1792.)

Vergniaud, seul parmi ceux qu'on nomme burlc.^quemont les Brissotius, i>ourroil risquer «le se nrendre corps à corps av«;c le chef de l'autre i»arti. Ils sont dignes tie comhaltre ensemble, mais leur manière est différente. Le d«'|)uté de la Gironde est plus nourri dans ses raisonnements. Le député de Paris a nlus d'idées saillantes, plus de ces pensées qui surprennent et qui séduisent...

» K. l'acte d'accusiition d'Ainar contre les Girondins {Moniteur du

à se reprocher une accusation même juste, car il n'a pas voté la mise en accusation de Marat ; il s'oppose à l'arrestation de Jacques Roux, un imitateur de Marat. L'humanité et la justice, Vergniaud ne sépare pas ces deux mots, il aime à les rappeler, à rapprocher « la sainte humanité àe, cette justice qui vient du ciel, » à opposera «la justice de la victoire, c'est-à-dire aux abus de la force, les droits de la justice éternelle. » Si l'on y joint un enthousiasme constant pour la liberté, on a la triple devise qui le définit et qui l'honore ; car les idées qu'il professe, il les pratique. Point de contradiction dans son langage, point d'apostasies dans sa conduite, ses paroles sont d'accord avec ses principes, ses principes avec ses actions. Ce n'est pas lui qui dirait comme V Anti-Fédéraliste : Mieux vaut punir un innocent que sauver un coupable. Il s'écrie au contraire, en s'opposant aux proscriptions en masse : « N'entendez-vous pas une voix secrette au fond de votre cœur qui vous fait appréhender de confondre l'innocent avec le coupable. » Il y a sans doute une exception néfaste qui se retourne contre sa mémoire, nous ne l'avons pas méconnue et on nous rendra cette justice que l'explication que nous en avons proposée n'est pas une apo-

30 oct.) la grande charge contre eux est d'avoir voulu sauver le tyran^ surtout d'avoir soutenu l'appel aux Assemblées primaires. « Hypocrites profonds, ils déguisaient, sous prétexte de rendre hommage à la souveraineté du peuple ce plan de guerre civile concerté, pour le remettre sous le joug d'un despote étranger... »

Vergniaud est en outre violemment inculpé pour avoir accordé des égards à Louis XVI, réfugié au 10 Août dans le sein de l'Assemblée, et pour n'avoir proposé que la suspension au lieu de la déchéance.

F. aussi l'acte d'accusation rédigé par la Société des Jacobins. Ils reprochaient à (iuadet et à Vergniaud « d'avoir, pendant le cours de la Législature dont ils étaient membres, attenté à la souveraineté du peuple et cherché à avilir la représentation nationale, en adressant clandestinement au ci-devant Roi des projets de transaction sur le sort et la nature du gouvernement français. » {Moniteur du 8 octobre 1793.)

V. enfin le discours de Billaud-Varennes, prononcé le 15 juillet 1793. {Moniteur àxi 24 juillet, p. 200, et ci-dessous, p. 480.)

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logie. La tache reste ; mais apparemment ce n'est ni à Robespierre ni aux hommes de son parti à se prévaloir contre Vergniaud d'une catastrophe dont ils sont les véritables auteurs, à lui reprocher d'avoir trébuché au milieu des précipices et des régions de la mort * quand ils en avaient ouvert les abîmes sous ses pas. Robespierre, au reste, y tomba bientôt lui-même, ainsi que l'atteste ce curieux monument de sa chute.

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