‹ VergniaudChapitre 22 sur 113 · ÉLOGE FUNÈBRE DE MIRABEAC · texte numérisé non relu

ÉLOGE FUNÈBRE DE MIRABEAC

littéraires comme Barnave j, mais ici ses appréciations peuvent nous en tenir lieu. Veut-on en etîet savoir comment il comprenait la mission d'un Représentant du peuple? La définition théorique qu'il donne d'un législateur nous apprend quel était le type qui lui servait d'idéal en cette matière. Veut-on connaître ce qu'il pense de l'art oratoire, de la dialectique, du goût, de l'improvisation ? Chacun de ces points est traité à l'occasion de Mirabeau. Enfin, il nous met dans la confidence de ce qu'il entend par un révolutionnaire^ c'est-à-dire, en traduisant ce mot dans notre langage actuel, un réformateur ^ un chef de parti, un homme poHtique. De là, l'étendue des extraits que nous avons donnés: nous aurions voulu reproduire la pièce entière, et nous engageons fortement ceux qui désireront étudier intimement Vergniaud à la lire dans son ensemble.

Messieurs, vous m'avez demandé l'éloge de Mirabeau, et j'ai osé céder à votre invitation. Abîmé dans le sentiment d'une profonde douleur, j'ai oublié un instant celui de ma toiblesse...

A peine j'ai voulu méditer sur son influence dans notre révolution, et mesurer de l'œil l'immense carrière qu'il a parcourue, je me suis senti frappé d'un saisissement religieux, ébloui de tant de gloire et accablé par la grandeur de mon sujet.

Pressé par le temps, je vous apporte, en désordre,

les idées que mon trouble m'a permis de recueillir.

Je vais vous parler de Mirabeau, non pour le louer;

que feroient mes vaines paroles à sa gloire ! elle est toute dans ses œuvres: mais pour nous exciter, s'il en étoit besoin, au patriotisme, par celui qui brûla son cœur; mais pour nous rappeller que si, comme lui, nous voulons mourir

» Voyez ÛEurres de Barnave, publiées par M™' Germain, sa sœur, Paris, Challamel, 1843, t. IV. Tout ce volume est consacré à la littérature, au style, aux difTérents genres d'éloquence, etc.

avec gloire, il faut, comme lui, consacrer notre vie au bonheur de la patrie et à la défense de la liberté.

Après ce préambule, Yergniaud trace une esquisse biographique des commencements de Mirabeau.

Quelques années de sa jeunesse se sont écoulées au donjon de Vincennes et dans d'autres châteaux-forts.

C'est là, c'est dans la solitude des cachots qu'il a nourri son esprit par de grandes lectures et fortifié son âme par de grandes méditations ; c'est dans les fers qu'il apprit à haïr l'esclavage ; dans l'oppression, qu'il conçut le beau projet de devenir le défenseur des peuples opprimés ; dans l'infortune, qu'il voua sa plume et son génie à leur bonheur. Ainsi ses fautes même préparèrent ses vertus pohtiques. Sa prison fut le berceau de sa gloire, peut-être celui de notre liberté.

Ici, Yergniaud suit Mirabeau dans ses voyages en Hollande, en Angleterre, en Prusse, en Allemagne; il le montre se livrant à l'étude des mœurs, des lois, des institutions et surtout des hommes, s'appliquant à connaître les liens politiques qui unissent les empires, les intérêts opposés qui les divisent. Il passe en revue ses ouvrages contre le despotisme {Lettres de Cachet)^ ses écrits sur les finances (la Banque de Saint-Charles, les Eaux de Paris, etc.), ses traités diplomatiques (la Monarchie prussiemie, la Lettre aux Bataves sur le Stathoudérat, etc.).

Il arrive à la députation aux Etats généraux, il en raconte les péripéties émouvantes... Il ne pouvait manquer de parler de la fameuse Séance royale du 23 juin et du mot célèbre prêté à Mirabeau, quoiqu'il ne l'ait pas prononcé tel qu'on le rapporte. Si Yergniaud avait été un écrivain superficiel ou négligent, il aurait cité de mémoire le mot convenu : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple^ etc. Ce

Page 1