‹ VergniaudChapitre 23 sur 113 · ÉLOGE FUNÈBRE DF MIRABEAU · texte numérisé non relu

ÉLOGE FUNÈBRE DF MIRABEAU

n'est pas ce qu il fait; il remonte aux sources, et il rapporte, en l'abrégeant, le récit donné par Mirabeau luimême, le texte du Courrier de Provence. Mirabeau prenant la parole :

(( Vous n'avez ici ni place, ni voix, ni droit de parler. Cependant, pour éviter toute équivoque, je vous déclare que si l'on vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance des bayonnettes *. »

{( Cette réponse énergique électrisa les Députés des communes et ceux du Clergé qui étoient demeurés avec eux; tous s'écrièrent d'une voix unanime : Tel est le vœu de r Assemblée. »

Comparez cette version avec la Treizième lettre du co?nte de Mirabeau à ses commettants, 23-25 juin 1789, p. 8. — L'identité est littérale. Ainsi Vergniaud n'a pas suivi la traduction vulgaire. 11 lui a fallu la vérité vraie, pure. Il est remonté à l'auteur de la scène. C'est d'après lui qu'il a parlé. 11 y a là un soin méritoire dans un travail rapide, et qui atteste un esprit exact et consciencieux.

Vergniaud arrive et s'arrête ensuite à un épisode bien connu, qui, sous sa plume, offre un nouvel intérêt. Nous voulons parler de la lutte entre Mirabeau et Barnave. Voici d'abord un portrait <le ce dernier d'autant plus curieux qu'il est inattendu et esquissé avec soin :

» Rappelons en passant et pour éviter une confusion Iréquemnient commise, que la réponse de Mirabeau à M. de Dreux-Brézé, lie fut fKis prononcée dans la Salle du Jeu-de-Paume, lors du Serment qui est du 20 juin 1789. La foudroyante apostrophe fut adressée au messager porteur des ordres de Louis XVI, le 23 juin, après la Séance Royale, dans la salle des Menus-Plaisirs, aujourd'hui détruite, oh siégeaient alors les Etats-Généraux. Voir, sur ce [)oint, qui est élémenlaire, la Notice historique que nous avon«i ronsacrée au Jeu-do-Paurae de Versailles, p. fi et 7.

« 11 est, dans l'Assemblée nationale, un Orateur qui, dans une grande jeunesse, a toute la maturité de la raison. Sa physionomie est douce; il a l'âme de Brutus. On doit un grand nombre de Décrets à la justesse de son esprit, à la netteté de ses conceptions, à la précision de ses idées. Doué d'une élocution facile, il a aussi les grâces qui la rendent persuasive. Ami du Peuple et de la Liberté, il s'est rendu digne que son nom dure autant que la Constitution, dont il a aidé, avec le plus grand zèle et les plus brillants succès, à poser les fondements. »

« M. Barnave établit un système dans lequel au Corps Législatif seul auroit appartenu le droit de paix et de guerre. 11 descendit de la tribune couvert d'applaudissemens. 11 sortit de l'Assemblée Nationale, environné d'un peuple immense qui se pressoit autour de lui. 11 jouit des honneurs du triomphe. »

« Mirabeau réphqua le lendemain. On avoit dénaturé ses principes, diffamé son opinion, des libelles circuloient contre lui ; même à la tribune, quelques opinans avoient parlé de perfidie et de corruption. Gomme il fut magnifique! avec quelle grandeur il repoussa des imputations calomnieuses et peut-être celles de l'envie ! Écoutez, Messieurs, c'est lui qui parle :

« Et moi aussi, on vouloit, il y a peu de jours, me porter en triomphe, et maintenant on crie dans les rues la grande trahison du Comte de Mirabeau! Je n'avois pas besoin de cette leçon pour savoir qu'il est peu de distance du Capitole à la Roche Tarpéienne. Mais l'homme qui combat pour la patrie..., que ne rassasie pas une vaine célébrité et qui dédaigne les succès d'un jour pour la véritable gloire... Cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers. »

« Mirabeau reprend ensuite la discussion. 11 s'attache principalement à M. Barnave ; il le suit principe à principe, phrase à phrase; il l'enveloppe d'une dialectique forte et nerveuse; il abandonne les ornements de l'éloquence; c'est un athlète qui dépouille toute espèce de vêtement pour se battre corps à corps. 11 presse en tout sens son adversaire, il, résout des objections, il en propose d'insolubles. Chaque

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