RÉPONSE AUX DEPUTES DE BRUXELLES
Citoïens,
La victoire de Jemmapes vous a délivré [sic] du joug de l'Autriche. Le Décret de la Convention sur lequel vous venez de présenter des observations avoit pour objet de vous affranchir de la tyrannie de la superstition et de la féodalité. Puisse la seule raison et non des malheurs pareils à ceux qui ont fait échouer votre dernière révolution vous en faire réclamer l'exécution et vous convaincre que l'arbre de la liberté ne sauroit croître avec succès sur une terre ou des préjugés consacrent encore Finégalité parmi les hommes.
La Convention examinera vos observations et vos offres, elle respectera voti'c souveraineté. Eh I n'est-ce pas pour la souveraineté du peuple que les François prodiguent leur
sang et leurs thrésors (sic)? Quel prix cependant demandentils de tant de sacrifices !
Que les peuples sachent être libres et heureux.
(C. Il, Minutes des rapports, motions, discours, etc., relatifs au procès-verbal de la Convention, du 11 au 14 janvier 1793).
17 Janvier. — La Convention décrète la mort de Louis XYI *. Vergniaud est l'organe de cette décision fatale.
Samedi 19 Janvier. — L'Assemblée se forme à onze heures, sous la présidence de Barere. — Les Secrétaires sont absents. — Condorcet, Osselin, Saint-Just et Jean- Bon-Saint- André prennent place au bureau.
On demande que l'heure de l'ouverture de la séance soit constatée et que les Président et Secrétaires soient censurés.
Barere observe que Vergniaud est incommodé et qu'il l'a chargé d'ouvrir la séance.
La Convention Nationale reçoit les excuses de Barere, et quant aux Secrétaires, elle décide qu'ils seront censurés pour ne pas s'être rendus à leur poste à l'heure indiquée pour l'ouverture de la séance.
24 Janvier. — Pompe funèbre de Le Peletier. — La Convention entière y assiste. Discours prononcé par Vergniaud au Panthéon. — Le minute de sa main est aux Archives, C. II, 316, carton 59. Sur la motion de
* C'est le mot de Salle (V. Moniteur, n» 364 de l'année 1792, et notre ouvrage Charlotte de Corday et la Gironde, i.xxxvi). Nous le répétons, parce qu'il nous paraît parfaitement vrai. 11 nous est impossible de voir une œuvre de justice dans l'acte d'un conw politique. II ne peut être question ni de verdict, ni de condamnation, ni de peine (art. 10 de la déclaration des droits sur la séparation des pouvoirs). C'est pour cola que, sims entrer dans le fond des choses, nous redisons avec Salle : m La Convention ne pouvait juger, elle a décrété. »
Maure, la Convenlion ordonne l'impression de ce discours et son envoi aux 84 départements.
La lettre suivante se rapporte à la fin de la présidence de Vergniaud. Il écrit à sa sœur, M"*^ Alluaud, — Paris, 1793 :
Je te remercie, ma chère sœur, du tendre intérêt que tu me témoignes.
Je suis très fatigué, malade môme encore pour deux ou trois jours des suites de ma présidence, mais je ne sache pas d'ailleurs avoir couru aucune espèce de risque pour ma vie. A la vérité le bruit se répandit à Paris le dimanche où Saint- Fargeau fut assassiné (20 janvier 1793) que je l'avois été aussi, au ci-devant Palais-Royal, et en rentrant le soir je fus tout étonné d'apprendre ma mort par les gens de ma maison. Je me pressai de leur donner un démenti, et je suis obligé de renoncer aux honneurs du Panthéon ; au reste, je me tiens sur mes gardes. Je sais que j'ai beaucoup d'ennemis et parmi les aristocrates et parmi les faux patriotes, et je prends mes précautions en conséquence.
25 Mars. — Établissement d'un Comité de défense général, composé de 25 membres. Vergniaud en fait partie, il est le huitième sur la liste.
Du 25 mars au 31 mai, nous n'avons rien trouvé qui concerne Vergniaud dans les procès-verbaux des séances de la Convention, ni dans les pièces annexes de cette période. Il est monté souvent à la tribune, et il a dû travailler dans les deux comités dont il a fait partie. Mais ses discours ne sont pas l'objet du présent travail, et les papiers des comités ont échappé jusqu'à présent à toutes nos recherches.
Notons seulement que le 16 mai il a été chargé par la Commission de se rendre comme commissaire avec Osselin, dans la Section du Finistère, où des troubles s'étaient élevés (F. le Moniteur, n' 135, de l'année 1793).
VERGNIAUD A LA CONVENTION NATIONALE. iSl
A LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ ET DE L'ÉGALITÉ Séante aux Récollets, à Bordeaux.
Ces deux lettres ont été imprimées et envoyées aux 28 Sections de Bordeaux. Nous les réimprimons parce qu'elles sont nécessaires à l'intelligence des pièces suivantes.
Les originaux ont été conservés dans les Archives municipales de Bordeaux; ils ont échappé à l'incendie de 1862, ils sont égarés on ce moment. Heureusement ils avaient été copiés d'une manière très exacte, })ar M. d'Etchevery, alors archiviste de la Mairie de Bordeaux qui s'occupait d'un travail sur l'époque révolutionnaire. C'est sur ces copies que le texte que nous suivons a été collationné avec le plus grand soin, par M. Farine, Conseiller à la Cour.
Paris, 4 mai [sous le couteau) i 1793.
Vous avez été instruits de l'horrible persécution faite contre nous et vous nous avez abandonnés, vous ne nous avez soutenus auprès de l'Assemblée par aucune démarche; vous n'avez même cherché à soutenir notre courage individuel par aucun témoignage de bienveillance. Cependant la fureur de nos ennemis s'accroît, les proscriptions et l'assassinat circulent contre nous, et on s'apprête d'aller à la
» Ces mots ne se trouvent pas dans le texte original ; ils ont été ajoutés probablement par la Société des Récoilots de Bordeaux. Cependant ils furent reprochés à Vorgniaud, qui les rapporte dans sa défense : « On dit que j'ai écrit dans mon Département que j'étais sow5 le œuteau. » (V. § 3, Gierre civile.)
Ce n'est pas par lui que ce mot avait été prononcé, c'est par Salle, dans sa lettre ù Biquilley : « Vous dormez et la Convention est sous les couteaux!...» (Paris, !•' janvier 1792; Voy. Archives nationales, C. II, n* G7, p. 423), et notre ouvrage : Charlotte de Corday et les Girondins, fac-similc de la lettre de Salle.
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barre nationale demander nos têtes; quel est donc notre crime, citoyens? C'est d'avoir fait entendre la voix de l'humanité au milieu des horreurs qui nous ont si souvent environnés; c'est d'avoir voulu conserver vos propriétés et vous garantir de la tyrannie de Marat ou des hommes dont il n'est que le mannequin; faites que nos concitoyens nous retirent des pouvoirs dont il est impossible de faire usage sans des signes éclatants de leur confiance ; nous ne craignons pas la mort, mais il est cruel, alors que l'on se sacrifie, de ne pas emporter au tombeau la certitude qu'on laisse au moins quelques regrets à ceux pour lesquels on s'immole.
Signé Vergniaud.
Paris, 5 mai 1793.
Je vous écrivis hier le cœur flétri non par des dangers que je brave, mai^ par votre silence; quelques heures après le dépar't de ma lettre, je reçus la vôtre; des larmes de joie ont coulé de mes yeux. J'attends mes ennemis, et je suis sûr encore de les faire pâlir. On dit que c'est aujourd'hui ou demain qu'ils doivent venir demander de s'abreuver du sang de la représentation nationale; je doute qu'ils Tosent, quoique la Terreur ait livré les Sections à une poignée de scélérats. On s'y est cependant battu avant-hier, et on ne tentera pas une démarche dans laquelle on craindra d'éprouver de la résistance. En tout cas, nous comptons sur le courage de Fonfrède, qui est Président, et vous pouvez compter sur le nôtre.
Tenez-vous prêts ; si l'on m'y force, je vous appelle de la tribune pour venir nous défendre, s'il en est temps, et venger la liberté, en exterminant les tyrans. Si nous ne sommes plus, Bordeaux peut sauver la République.
Eh quoi ! n'aurons-nous tant travaillé depuis quatre ans, tant fait de sacrifices, supporté tant d'iniquités ; la France
VERGNIALD A LA COXVEXTIOX NATIONALE. 153
n'aura-t-elle versé tant de sang que pour devenir la proie de quelques Jjrigands, pour courber le front vers la plus
honteuse tyrannie qui ait jamais opprimé aucun peuple.
« Hommes de la Gironde, levez-vous ! La Convention n'a été foible que parce qu'elle a été abandonnée; soutenez -la contre les furieux qui la menacent, frappez de terreur nos Marins, et je vous préviens que rien n'égale leur lâcheté, si ce n'est leur scélératesse. Alors la Convention sera vraiment digne du Peuple français. Des loix sages seront substituées à des loix de sang, et les douceurs de la liberté nous consoleront des calamités de l'anarchie.
Hommes de la Gironde, il n'y a pas un moment à perdre. Si vous dé^-eloppez une grande énergie, vous forcerez à la paix les hommes qui provoquent la guerre civile; votre exemple généreux sera suivi, et enfin la vertu triomphera. Si vous demeuH'Z dans l'apathie, tendez vos bras, les fers sont préparés et le crime règne.
Je vous salue fraternellement.
Signé Vergniaud.
L'extrait ci-dessous du Moniteur prouve que Vergniaud n'exagérait pas quand il parlait de menaces de proscriptions. ^