SOPHIE AU BOCAGE
ROMAxNCE.
Arbres touffus, témoins de mes foiLlesses,
je ne puis vous voir sans rougir :
ah ! couvrez-moi de vos feuilles épaisses,
et gardez-vous de me trahir.
Chiffres tracés par la main de Sophie,
vivans emblèmes de ses feux, dérobez-vous sous l'écorce chérie,
et ne paroissez qu'à ses yeux.
Tendres échos de ce sombre bocage,
taisez le nom de mon vainqueur :
las ! vous savez par quel touchant langage
il égara mon foible cœur.
Petits oiseaux, caressantes fauvettes,
je n'ai point troublé vos amours :
promettez-moi d'être toujours discrettes,
je vous promets d'aimer toujours.
Par M. Carn**, Capitaine au Corps Royal du Génie, de l'Académie de Dijon.
{Almanach des Muses, 1788, p. 106.)