‹ VergniaudChapitre 54 sur 113 · DE EN · texte numérisé non relu

DE EN

POLICE ARRESTATION

C'est sur du beau papier doré que j'écris h mon cher Vergniaux ; j'aurais bien du plaisir à embrasser ses joues fraîchement rasées; mais il faut se borner à lui dépécher ce billet par le messager, qui vas ce soir promener au Luxembourg comme j'y fus hier et comme j'irai demain.

Comme la justice n'est pas quoi qu'on dise tout à fait bannie de la terre, et comme la liberté que lu as si bi(;n servis dois le proléger, à Ion tour, tu dois être sans inquié-

tude sur l'issue de ton procès; la persécution rsL nn bonheur pour l'innocence; elle sera pour toi, mon cher républicain, le sujet d'un triomphe bien doux, et bientôt le peuple détrompé ne verra en toi qu'un de ses plus vrais amis ; les femmes se portent bien et t'embrassent.

La petite biche te dis bien des choses, elle s'intéresse beaucoup à ton sort.

Je ne sais s'il te sera revenu que dimanche, Gaston avait demandé le décret d'accusation contre Ducos et moi(l).

Voici la copie d'un billet doux que je lui écris à ce sujet :

Vous avez demandé contre moi le décret d'accusation, et, quelque soit votre puissance, vous vous respectés encore assés pour ne pas l'avoir fait sans être prêt à le motiver; j'apprends en effet que vous l'avez motivé; mon amitié pour Vergniaud, voilà mon crime. Eh bien ! je suis encore plus criminel que vous ne le pensez. Témoin de ses travaux, de ses efforts et de ses succès en faveur de la liberté, de ses vœux pour la République dès les premiers jours de la Révolution, épris de ses talents qui sont ses crimes, admirateur de son courage qu'on ne lui pardonne pas davantage; pénétré de ses principes qui sont les miens, je l'aimais de la plus tendre amitié; aujourd'hui qu'il est dans les fers, je le vénère, je le respecte ; s'il avait besoin d'un défenseur auprès du Tribunal et que je fusse encore libre, je serais le sien; tels sont les sentiments que m'inspirent toujours les op])rimés, lors même qu'ils me sont inconnus; je n'ai pas besoin de vous dire quels sont ceux que m'inspirent les oppresseurs. Maintenant vous pouvez môme rédiger votre acte d'accusation contre moi, à moins que vous ne préfériez en laisser l'honneur à votre frère l'Émigré, à votre frère le général des Royalistes de la Vendée; je mérite d'être persécuté par votre famille.

Adieu, mon cher patriote, je t'embrasse.

Nous soussignés, Officiers de Paix, ceni fions la présente copie conforme à ioriginal que nous avons déposé au Département de Police.

Certifié véritable, i)ar nous Administrateurs au Département de Police,

Marino, Louyet, Godard.

* Évidemment Bo) er-Fonfrède.

COMMUNE DE PAIIIS

LE i" AOUT i793 L'an deuxième de la République, une et indivisible.

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