‹ VergniaudChapitre 55 sur 113 · DE A EN · texte numérisé non relu

DE A EN

POLICE ARRESTATION

Je suis vonû pour te voir, mon ami, mais cela est de toute impossibilité ; je m'en console en t'écrivant un mot; mais j'ai le chagrin d'apprendre que tu ne pourras pas me répondre, n'importe nos cœurs s'entendent et s'entendront toujours.

11 n'y a rien de nouveau que l'arrestation de Duprat, Mainvielu (pour Mainvielle) et un autre député des Bouchesdu-Hliône, qui sont tes voisins dans ce moment, sans que tu t'en doute. J'ignore quand viendra notre tour; atout événement le sage est préparé.

La cause de l'arrestation de ces derniers est une lettre qu'on dit qu'ils ont écrite dans leur département.

Tout est parfaitement tranquille dans Paris ; point de nouvelles de Valenciennes, Custinc est gravement impliqué dans la reddition de Mayence ; on produit des pièces, il faut ({u'il s'inscrive en faut contre elles, pour pouvoir se justifier. (]elui-là seroit-il encore un traître ; attendons.

Je te remets ici un petit billet de notre ami. Nous parlons de toi toute la journée ; j'ai dîné hier dans la rue Chanrnreine *, on n'a parlé que de vous, une de tes amies qui a une tache rouge à la lèvre te dis mille choses tendres; elle

> Talina possédait, rue Chantereine, une maison vendue depuis ;in jîénéral Bonaparte. (Arnanlt, SoMrenï'rsrf't/n Sexagénaire, vol. II. 1». \'.ii.) Cette maison appartenait en lYalit»'» j\ Julie Carreau, premi^re femme de Talma. Julie ('(ait foi-t rielie et avait ouvert chez elle un salon où se rencontraient avant 1789 le vicomte de Ségur et !<• comte de Narbonne, David et Cbamfort, etc.. Depuis, on y wn- < outra successivement Minibeau, Condorcet, Vergniaud, Guadet, Ducos ; c'est là que Talma avait connu les Girondins, dont il avait nlopt/' les princiiv's et dont il honora toujours la mémoire. V. Tis- Mfl, Sonreiiirs histon'fptes sur la tie et la mort de Talma y p. 15; —

t'est prodigieusement attachée. Adieu, mon ami, A. L. J. t'embrassent mille fois de tous leurs cœm\s, elles ont moins de courage que toi. Adieu encore... Si près et si loin... Amitié tendre, amitié pour la vie.

M. de J., notre voisin, se souvient de toi et se recommande à ton souvenir.

Tu auras Senèque sans faute demain.

Nous soussignés, 0[ficiers de paix, certifions la présente conforme à l'originale que nous avons déposés au Département de Police,

Pour copie conforme i, certifiées par nous, Administrateurs du département de Police,

Mabino, Louyet, Godard.

Arnault, Joe. cit., et les Mémoires de Louise Fusil, vol. I, c. xx. C'est à lui que fut remis le manuscrit contenant le commencement de la défense que Gensonné avait écrite pour le Tribunal révolutionnaire. {V. Chauvot, le Barreau de Bordeaux, ouvrage dans lequel cette défense est publiée.)

Sur Julie Carreau, V. Arnault, toc. cit., p. 132 et 135, et les lettres de M™^ Ginguené dans notre ouvrage Charlotte de Corday et les Girondins, p. 761-764 et la note. Tous sont unanimes pour la présenter comme une femme de beaucoup d'esprit et du plus noble caractère.

«C'est dans ces discussion^;, dit Arnault, en parlant des entretiens qui avaient lieu après souper, que j'ai eu lieu de reconnaître tout ce qu'il y avait de finesse et de force, d'élévation et de générosité dans l'âme de sa femme. Elle discutait avec une égale lucidité les questions les plus ardues de la politique et de la philosophie, mais en se tenant également éloignée du pédantisme et -de la frivolité, mais sans se faire homme, mais en unissant la puissance de la grâce à celle de l'esprit et de la raison, et tenant la balance entre Thomme d'Etat, l'homme du monde et le i)hilosophe, comme autrefois Aspasie entre Alcibiade, Périclès et Socrate.

« C'est chez elle que j'ai appris â estimer et à plaindre les Girondins, que leur modération a conduits à la mort. »

Il cite comme faisant partie de cette société, M^^'' Desgarcins. Il ne parle pas de Julie Candeille, cependant elle appartenait à la troupe des Variétés devenue le Théâtre de la République et formée des dissidens de la Comédie-Française. Talma était du nombre. Elle a donc bien pu être admise chez lui: et fréquenter ses salons. Aussi dit-elle non pas qu'elle n'a jamais vu Vergniaud, mais seulement qu'elle aurait peine à reconnaître ses traits. (V. p. 209 ci-dessus.)

^ Moins l'orthographe, qui est celle des copistes.

A LA forci:

Les Administrateurs de Police, Michel et Jobert, avaient fait sortir Vergniaud du Luxembourg le 31 juillet 1793. Le même jour, Michel et Louvet le faisaient transférer à la Force. Son entrée dans cette prison était constatée sur le registre d'écrou, p. 31.j.

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