‹ VergniaudChapitre 89 sur 113 · TOUJOURS VIVANTE DANS AUTRIM · texte numérisé non relu

TOUJOURS VIVANTE DANS AUTRIM

JAMAIS l'amitié sur LA TERRE

n'eut un plus digne SANCTUAIRE

fe,T JAMAIS LE MALHEUR N'EUT UN PLUS FERME APPOl.

C'est aussi à AdMe Sauvan qu'est d^dié le i>oème du UériU dm Femmes. V. celte dédicace en vers, rawlleurs que ceux de l'épitaphe. • On lit en note : M"« Sauvan-Le Gouvé.

donnée par Adèle Sauvan à Jouy s'expliquerait par la sympathie qu'il a toujours eue pour la cause des Girondins et par l'admiration toute particulière qu'il avait vouée à Yergniaud. Compromis dans l'affaire du général O'Moran *,dont il était l'aide de camp, mêlé aux journées du 2 prairial, du 13 vendémiaire, il a été constamment partisan d'une sage liberté, conséquemment de la Gironde, par opposition aux Maratistes dont il était l'adversaire déclaré.

On pourrait même aller plus loin et se demander si Jouy n'aurait pas connu Yergniaud par M. Sauvan, le père : M. Sauvan, comme on le verra tout à l'heure, était attaché au duc d'Orléans ; Jouy pouvait bien ne pas être étranger à cette maison. Madame de Genlis, qui accompagnait Mademoiselle d'Orléans en 1793, raconte ses rapports avec Jouy à Tournay. (Mémoires^ édition Barba, p. 105). C'est aussi à Tournay que se réfugient Dumouriez et le duc de Chartres. Nous n'induisons pas de ce rapprochement que Yergniaud fui de la faction d'Orléans, Dumouriez lui-même n'en était pas 2.

1 O'Moran commandait à Tournay. Il fut condamné à mort le 16 ventôse an II (6 mars 1794), sous le prétexte banal de trahison, probablement en réalité, pour la défection de Dumouriez. Nous avons voulu nous assurer que Jouy avait été aide de camp de O'Moran. M. Turpin, ex-archiviste au ministère de la guerre, a bien voulu nous transmettre obligeamment son état de services. Il est ainsi conçu : — Sous-lieutenant le 5 mars 1784. — Lieutenant au l^"* régiment d'infanterie le 15 septembre 1788. — Aide de camp du général O'Moran, le 31 septembre 1792. — Adjudant général (toujours aide de camp) le 28 décembre suivant. — 11 août 1793, suspendu. Réintégré comme adjudant-général le 4 prairial an III (23 mai 1795).

2 Dumouriez n'avait pas d'autre parti que le sien propre. Il était isolé et c'est ce qui a fait sa perte. Mais il a toujours été l'adversaire déclaréduducd'0rléans(V.3Im., édit. 1823, vol. II, p. 336 eipassim), et après le 21 janvier cette hostilité a été poussée jusqu'à la plus

Nous disons seulement que ce nom aurait pu servir d'intermédiaire entre Vergniaud et Jouy, qui se seraient rencontrés dans les salons de Sauvan.

Notre conclusion sur ce point est que, si le legs fait à Jouy n'est pas régulièrement prouvé, il est possible et n'a rien d'invraisemblable.

Nous arrivons à la transmission qui a dû s'opérer de Vergniaud à Adèle Sauvan.

Les rapports entre Vergniaud et la famille Sauvan sont certains ; M. E. Le Gouvé en avait conservé la tradition ; nous en avons trouvé la preuve directe dans une pièce authentique. Mais disons d'abord ce qu'était Sauvan. A première vue ce n'est pas une figure historique ; son nom est enfoui dans les colonnes du Moniteur^ Montjoie le cite à peine en passant. {Conjuration d'Orléans, t. 111, p. 250.) Roussel l'estropie, madame de Genlis l'omet, il mérite cependant d'être étudié à plus d'un titre ^

violente aversion. (F. la déclaration de Dumouriez du 20 avril, insérée dans le Moniteur du 17 mai 1793.) La mort de Louis XVI, que l'on rencontre constamment comme un point de partage entre les hommes de la Révolution, est l'une des causes qui ont jeté Dumouriez dans des résolutions désespérées. Son premier mot à Pereyre, Pioly et Dubuisson, est une imprécation contre la Convention composée de sept cent quarante-cinq régicides. (V. Moniteur Au 2 avril 1793 et sa proclamation de Saint-Amand du 2 avril, même

année ) a L infortuné Louis XVI a péri sans procédure juridi(|ue

et sans tribunal,.... l'indignation de la mort tragi< pic et inutile de Louis XVI... » Plus tard il se tourna vers Louis XVIII. La prêt» riiu-' lettre de Dumouriez à Charette nous jiaralt apocryphe. 11 prof<'ssiit la plus grande affection et la plus grande estime pour les enfants d'Orléans, notamment iKJurl'alné, mais en ajoutant que « s'il avait jamais la bassesse de profiter du l'affreuse catastrophe (jui avait mis l'Europe en deuil pour aspirer à la couronna, il lui vouerait une haine éternelle et aurait pour lui le môme mépris (jue |>ourson père.» V. Archives nationales, W, k\i et r, 4638.

Jean-Baptiste Sauvan, né à Angles (Languedoc, département du Tarn), et parti de la condition la plus humble, était parvenu par son intelligence à une fortune considérable.

Il avait d'abord été maître-d'hôtel du duc de Chartres à Mousseaux, puis directeur des menus. Sa femme était mercière et marchande de soie, rue Saint-Honoré, près le Palais-Royal, A la mort du duc d'Orléans, en 1785, il devint contrôleur de la bouche au Palais-Royal, et en 1790, le duc d'Orléans à son retour d'Angleterre le nomma contrôleur «du mobilier de ses châteaux, tant à Paris que dans ses maisons de campagne. » Indépendamment de ces emplois lucratifs, Sauvan avait amassé une fortune qui était encore en 1794 de 350,000 francs ; il avait, suivant ses contemporains, l'esprit de la spéculation et avait su conquérir la confiance de son maître ce qui ne trouvait rien de bien que ce qui était fait par lui K » Cette faveur devait lui attirer des persécutions équivalentes, au moment oiî l'ère de la popularité cessa pour le parti orléaniste avec la défection de Dumouriez. Lorsqu'en avril 1793, le Comité de Sûreté générale décerna des mandats contre tous les membres de la maison d'Orléans, Sauvan fut compris, comme officier de la maison de l'Egalité^ dans la liste d'arrestation à côté de Choderlos-Laclos, Bonne-Carrère, Le-

1 Par contre, madame la duchesse d'Orléans ne l'aimait pas et l'avait mis à la réforme ; elle écrit à son mari en 1790 : « On vous a mandé que j'éloignois des gens qui vous appartenoient, que je les renvoyois... Sauvan éloit beaucoup trop cher pour remplir mon objet, et il me falloit un officier qui remplît la place des quatre qu'il avait sous lui : tous ces gens étoient accoutumés à beaucoup trop de gaspillages pour pouvoir me convenir... » {Correspondance d'Orléans, publiée par L. C. R. Roussel, 1801, p. 56, t. II.— F. aussi p. 60, Plaintes contre Sauvan, etc.)

maire (le trésorier duPalais-Royd), le général Valence, lady Fitz-Gerald, la citoyenne Sillery. (V. Moniteur du 2 avril 1793.)

Gohier, Ministre de la Justice, s'était joint au Comité de Sûreté générale, pour faire conduire Sauvan à l'Abbaye sous bonne et sûre garde, et l'y faire mettre au secret. Les scellés avaient de plus été apposés à son domicile, passage Valois, cour des Fontaines, mais lors de la levée de ces scellés on n'avait trouvé que des pièces relatives à l'administration du citoyen l'Egalité (sic). Inventaires des maisons, états de l'argenterie et de la lingerie, mémoires, quittances, registres ; le cabinet, la bibliothèque, le salon et même la chambre à coucher en étaient remplis. Du reste, nul papier politique, rien de suspect ; ses opérations ne se rapportaient qu'à des négociations d'argent pour son maître ; il empruntait pour lui de toutes mains notamment de Jemot le maître-d'hôtel de M°' du Barry. Les clefs furent laissées à la citoyenne Sauvan, et Sauvan lui-même ne tarda pas à être mis en liberté, en vertu d'un arrêté du Comité de Sûreté générale. (Arch. de laPréf. de P. Mises enUberté n° 274, et Union des créanciers du duc d'Orléans, 1792.)

Jusqu'au 12 messidor an II, Sauvan ne paraît pas avoir été inquiété; il était trésorier de la Section, dont il suivait les assemblées, membre du Comité des défenseurs officieux aux Jacobins; il avait souscrit pour 12,000 hvres, payables par an, d'avance pour les frais de guerre. Son fils aîné s'était engagé à l'armée du Nord*.

' V. Archives nationales, F 4638, pièce intitulée : CoNonirs do CITOYEN Sauvan. Il invoque encore d'autres preuves de patriotisme, comme d'avoir été commissaire iK)ur l'échange des petits assignats . t (l'avoir logé, lors de la fédération de 1792, quatre volontaires. — \'. rnronv Han^ 1»» même dossier, la note très nette et très bien

son civisme était donc irréprochable, mais il avait été agent de l'Egalité, c'était une tache indélébile, il fut dénoncé au Comité Révolutionnaire de la Section de la Montagne, comme complice de la Conjuration d'Orléans, quoique le chef de cette prétendue conjuration eût péri sur l'échafand depuis plus de six mois.

Il comparut en personne et subit un long interrogatoire qui se trouve^ aux Archives nationales, W 49, dans un dossier d'oii nous avons extrait les renseignements que nous donnons ici. C'est dans cet interrogatoire, qu'à cette question :

Quels sont les Députés qui allaient manger chez vous et qui ont été guillotinés ?

Il répond : Ducos, Yergnieaux, Chabot, Lasource,

(( Observe en outre que les citoyens David, Barere, Richard, Choudieu, Montau, Ruamps, qui sont connus pour patriotes y sont venus aussy, observe encore que les citoyens Cambacérès, Jean-Bon Saint-André et Mailhe y ont aussi raangé. »

Voici donc le nom de Vergniaud prononcé par Sauvan lui-même ! et consigné dans un procès-verbal quasi-judiciaire. Disons tout de suite que Sauvan, renvoyé devant le Comité de Sûreté générale «pouravoir tenu table ouverte à des Députés fédéralistes, » traduit par le Comité devant le Tribunal Révolutionnaire, fut écroué à la Conciergerie en vertu d'un mandat d'arrêt signé Fouquier- Tinville et portant cette terrible accusation « prévenu d'être un ennemi du Peuple. » C'était la mort à bref délai : heureusement on était au 5 thermidor, le 9 survint bientôt, et le 14 le même Fouquier-Tinville s'em-

rédigée, présentée au Comité de Sûreté générale au nom de sa femme et de ses enfants.

pressait de signer par duplicata un ordre d'élargissement préparatoire pour celui qu'il aurait fait condamner sans merci quelques jours auparavant. (Préfecture de Police, loc. cit.)

11 résulte des pièces que nous venons d'analyser que la maison de Sauvan s'était ouverte à des réunions d'honunes politiques, la Gironde, la Plaine, la Montagne successivement. Faut-il en conclure que les Girondins aient été de la Conjuration ou même de la faction d'Orléans ? Nous ne saurions le penser. Il est douteux pour nous que le duc d'Orléans ait jamais aspiré de parti pris à renverser du trône les Bourbons de la branche aînée pour prendre leur place * ; il a suivi l'exemple des

1 Sous ce rapport, les Royalistes étaient aussi loin de la vérité que les Girondins et les Jacobins. Montjoie n'extra vague pas moins que GorsasetChaumette. Pour nous, le duc d'Orléans n'était point un prétendant à la couronne, c'était un courtisan de ropinion publique, avide d'abord de popularité aux dépens de la Cour, et ensuite de vengeance contre elle. Je n'ai jamais pensé à devenir Roi, a-t-il dit lui-môme devant le Tribunal Révolutionnaire, et il en avait donné à l'avance de fort boimes raisons dans une curieuse déclaration publiée sous ce titre : Exposé de la coîiduite de M. le duc d'Orléans, rédigé par lui-même, Paris, 1790. Ceci soit dit pour rendi'e hommage à la vérité et nullement pour diminuer l'épouvantable responsabilité qui pèse sur ce grand coupable.

V. à l'appui de ce jugement les Mémoires de Miss ElUoW, pleins de fables sur certains points, sur Vergniaud notamment dont elle fait un membre du Comité de Sûreté générale, mais très précieux

• Les Mémoires de Jf»» EUiott lussent généralement pour apocryphes. Mais l'existence même de l'auteur ue peut être niée, elle est attestée par Horace Walpole, qui s'exprime ainsi A son é^'ard : « .Misa Dalrymple, femme de sir John EUiott, mé(l»'<iii «mi .ivaif f.iit prononcer le divorce contre elle pour adultèi> me rourti=anp finieuse connue sous le nom de /' ule Dorot ' inonda nce, vol. II, p. 281, 18i iris pend.i .)iution résultait de diverses p ix, etc., . '- ■ '- '•■ ?»-'^-'--

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àVill. ■ . . . ' ,

désigu«ie sous le uuin de Geonjelte Dainjinpk. Elle dumcuruil dcpuiii deux ans chez le maire, M. Dupuis, qui a re«;u l'acte.

familles collatérales, et en particulier les traditions de sa race. Comme Gaston, son grand-oncle, comme le Régent son grand-père, comme son père, surnommé le Roi de Paris, il a été le soutien et le chef des mécontents. Son attitude lors de la dissolution du Parlement en 1771, sa conduite en 1787, dans la dernière lutte avec les Parlementaires, son hostilité déclarée contre le pouvoir royal depuis la réunion des Etats Généraux, le désignaient comme le point de ralliement des oppositions de tous les temps.

C'est ainsi que pendant la Législative, les Girondins auraient pu, sans combattre sous ses drapeaux, se mettre en rapport avec certains hommes de son parti, de même que Danton voulait en faire un commandant de la garde nationale de Paris, Marat un bailleur de fonds pour ses œuvres, etc.; Sauvan aurait donc été un intermédiaire entre eux et rien de plus. Ce qui le prouve, c'est qu'après la mort de Louis XVI, les Girondins furent les premiers et les plus ardents à demander l'ostracisme de d'Orléans et de sa famille. Buzot ^, Barbaroux 2, Boyer-Fonfrède ^, Lasource*, qui était plus que le commensal de Sauvan, qui était son compatriote, ont demandé tour à tour avec instance et énergie le bannissement des Bourbons, de la branche cadette. La Montagne a été

en ce qui concerne le duc d'Orléans] qu'elle avait certainement connu et de très près. (F. p. 21, 22, et B. de MoUeville, 1792.)

* V. Moniteur du 19 janvier 1793, p. 245 de la réimpression.

« Ibid., p. 245.

3 Ibid., 7 avril 1793, p. 60. Il demande contre eux la mise en arrestation.

4 Ibid., séance du l^'' avril 1793, t. XVI, p. 25. Lasource veut jilus, il requiert la mise en accusation ; or, Lasource était de la même ville que Sauvan. C'est ce dernier qui le déclare dans son interrogatoire.

plus loin, elle a demandé la tête de d'Orléans, et la Plaine l'a livrée. 11 ne faut donc voir dans le salon de Sauvan qu'un terrain neutre où toutes les nuances du parti avancé en lutte avec la Cour se rencontraient sans s'abdiquer ni se confondre.

Vergniaud pouvait trouver un autre attrait chez Sauvan; il aimait la vie intime, le coin du feu domestique, et surtout les enfants. Sauvan avait une jeune famille nombreuse, quatre garçons et deux filles ; sans doute il y avait dans cet intérieur un charme qui devait agir sur le caractère affectueux de Yergniaud. Depuis longtemps il était séparé des siens ; il était célibataire, rien d'étonnant qu'il soit devenu instinctivement l'habitué de la maison. D'ailleurs, Tune des demoiselles Sauvan était d'une figure et d'un esprit également distingués, et elle n'avait pas treize ans comme on l'avait cru jusqu'ici, elle en avait dix-huit. C'était Adèle, née en 1775 et baptisée sous les noms d'Adélaïde-Elisabeth.

On ne peut donc pas dire qu'elle ne fût qu'une aimable petite fille ^ ni que Yergniaud se plût à goûter chez elle une amitié d'enfant ; il pouvait y avoir place pour un sentiment d'une autre nature ; il ne serait pas exact non plus que cette affection eût été la plus vive qu'on eût connue à Vergniaud, à moins que les lettres signées E., timbrées P. S., ne soient celles d'une fiancée, car la possibilité d'un projet de mariage entre eux deviendrait admissible avec la rectification de la date natale *. La comparaison des écritures pourrait seule trancher la question.

* C. Nodier dit qu'AclM»? Sauvan mourut on 1810. I.a date précise du décès est le 7 septeiubn» 1809. Elle avait épouse le 3 pluviôse an XI (2i janvier 1803) Gabriel-Marie-Jean-Hapti^tf I.e(>ouvé. De ce mariage est ué M. Gabriel-Eruest Le Gouvé, membre actuel

Comment la montre est-elle passée de Vergniaud à Adèle Sauvan? La chose paraît toute simple, et pourtant elle n'est pas sans difficultés.

On ne peut songer à une remise directe ; il aurait fallu pour cela qu'Adèle Sauvan eût été admise à visiter Yergniaud en prison. Or, nous savons quelle peine il avait eue à communiquer avec son neveu à la Force : les obstacles devaient être bien plus grands à la Conciergerie. Nous voyons aussi par la lettre adressée à Carra, que celui-ci ne pouvait recevoir ni la visite des personnes de sa famille^ ni même celle de son défenseur (F. T Appendice, n° 6). Les Girondins, d'ailleurs, conservaient une lueur d'espérance : ils ne considéraient pas leur mort comme certaine, ou tout au moins conmie aussi prochaine. Ils n'avaient pas fait d'avance les legs des derniers adieux.

Il faut donc supposer une transmission secrète, instantanée par un intermédiaire resté inconnu. Mais les Girondins ont été frappés à l'improviste, le jury s'est déclaré instruit à six heures, à onze heures ils étaient condamnés à mort, la confiscation de leurs biens était prononcée. Comment, dès lors, disposer de leurs effets? On se rappelle le mot de Charlotte de Corday à Chauveau-Lagarde : « Ces Messieurs (en parlant des juges)

de l'Académie française, un de nos premiers auteurs dramatiques. Dans les œuvres complètes de Le Gouvé (Jean-Baptiste), on trouve des vers adressés à son beau-père, M. Sauvan, à sa femme, à sa belle-sœur. C'est à Adèle Sauvan qu'est dédié le Méfite des femmes, dans des vers charmants a.

« Nous devons ces renseignements au cabinet de généalogie de MM. Picque, Gotteret et Manigot, rue Saint-Martin, 5, « une des collections, dit M. Jal, les plus curieuses et les plus utiles de cette ville de Paris, aux riches collections » {Dict. de Biogr, et d'Hist.), et à l'époque oti M. Jal écrivait ces lignes, les actes de l'état civil de Paris existaient. Aujourd'hui ce recueil de documents est sans prix. Nous formons des vœux pour qu'il soit acquis par l'État ou par la Ville !

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m'apprennent que mes biens sont confisqués... Je vous prie de payer pour moi ce que je dois à la prison et je compte sur votre générosité. » Ces paroles montrent avec quelle rigueur la mesure de la confiscation était appliquée. Un document qui existe aux Archives nationales, vient à Tappui de cette induction, c'est le registre intitulé : Dépôts et Soumissions au Greffe (W, 534), où sont inscrits tous les objets laissés par les condamnés k mort, on y trouve un grand nombre de bijoux précieux et notamment près de deux cents montres en or et en argent. Custines, madame Lefebvre (belle-mère de Petion), Gorsas, avant l'exécution des Girondins; après eux, Olympe de Gouges, Bailly, le duc d'Orléans, Rabaut- Saint-Etienne, Dietrich, Lebrun (le ministre) du Chàtelet, Danton, Chaumette, Gobel, Biron, d'Estaing, Lavoisier, Malesherbes, Madame Elisabeth, Madame de Grammont, Madame de Chateaubriand, Madame de Hosambo, ainsi qu'une foule d'autres victimes connues ou inconnues, ne trouvent pas moyen de disposer de leurs montres, celles-ci sont saisies, déposées au greffe et confisquées *. Les Girondins avaient-ils été phis heureux ou plus habiles? On l'ignore, le registre ne parle que des effets de Brulard-Sillery et Lasource, qui étaient tous les deux au Luxembourg ; il garde le silence sur les effets des \9 autres. Richard, le geôlier de la Conciergerie, avait tenu de son côté un livre conte-

» Une note inscrite en tôle du registre ne nous apprend (lue truj» ce que sont devenues ces dépouilles. On lit au revers de la couverture : a Pour les bijoux, s'adresser au citoyen Morel, à la Monnoyo.» La date do l'envoi est en marge de chaque objet, avec cette mention : Déchargé le.'.. Presque toutes les décharges sont du 3 floréal ou du commencement de thermidor. Elles sont signées : Delanoue. Etait-ce un membre de l'administration du District, chargA de la vente uu de la fonte des objets confisqués 7

nant l'enregistrement de tous les effets laissés par les condamnés à mort. Malheureusement ce livre a été réduit en cendres, ainsi que le travail considérable analytique que M. Léon Labat avait commencé et qui aurait pu en tenir lieu. Nous ne pouvons rien savoir de positif sur la montre de Yergniaud. Mais tous les papiers des archives ne sont pas classés, et le champ des découvertes est loin d'être fermé. Il se peut donc que la déclaration qui a dû être faite pour les dépouilles des Girondins se révèle quelque jour et donne la solution de notre question.

Nodier, qui avait été dans les prisons politiques, a prévu une objection qui se présente à l'esprit lorsqu'on a l'habitude de ces tristes lieux. Il a pressenti qu'on se demanderait comment la montre avait échappé à la surveillance des gardiens, il a supposé que le dépositaire avait été un codétenu, le concierge ou le bourreau ; le registre que nous avons cité prouve qu'il ne fallait compter ni sur le bourreau ni sur le concierge, et il paraît qu'il n'était pas beaucoup plus sûr de s'adresser à la camaraderie de prison, sans quoi tous les condamnés auraient choisi cette voie pour faire parvenir à leurs parents et amis leurs effets précieux ; le jugement une fois rendu, ils étaient placés dans des cachots à part et ne communiquaient plus avec leurs compagnons de chambrées. Madame Roland, en descendant du Tribunal, fait un geste muet pour instruire ses amis de son sort ; elle ne leur parle pas {Biouff'e, p. 72). Cependant cette conjecture ne serait pas absolument inadmissible, mais nous trouvons dans l'ouvrage de M. Chauvot, sur le barreau de Bordeaux, une indication qui nous fournirait une explication plus simple et plus plausible .

Le jour de l'exécution, dit M. Chauvot (p. 128), Vergniaud demanda qu'on laissât entrer son fidèle dômes-

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tiqué qui venait chaque matin et que, depuis quelque temps, ses larmes faisaient exclure comme suspect.

n y aurait là un fidéicommissaire possible. Le porteur de l'adieu suprême de Vergniaud à Adèle Sauvan.

Cette hypothèse était séduisante ; mais elle s'est trouvée démentie ou tout au moins considérablement modifiée par un document qui existe dans les archives de la Préfecture de Police et qui a échappé aux flammes. C'est le procès-verbal d'arrestation du domestique de Vergniaud, à la date du 3 octobre 1793. Incarcéré comme suspect vingt-sept jours avant la mort de son maître, il ne fut relâché que le 18 brumaire, huit jours après l'exécution des Girondins. Il semble donc difficile qu'il ait été le messager chargé d'exécuter le legs de Vergniaud. D'ailleurs le domestique, appelé Jean-Baptiste Cotton, était un pauvre homme peu apte à remplir une mission secrète et délicate. Il avait été atteint d'un accès de folie dans le courant de cette année même, 1793, et était resté à l'Hôtel-Dieu, du23 mars au 27 mai, dans la salle Saint-Louis, dite des Fous, ce qui n'avait pas empêché que Vergniaud ne le reprit à son service. II est douteux qu'il eût choisi pour confident un homme sujet à des attaques subites de déhre (F. 2' App., n° XIX) .

Toutefois il faut dire que J.-B. Cotton avait été écroué à la Conciergerie, que c'est là qu'il fut interrogé le 12 brumaire et qu'il reçut sa mise en liberté le 18. Il était donc dans la même prison que Vergniaud lorsque celui-ci fut condamné à mort. On peut admettre dès lors qu'il ait obtenu l'autorisation de voir son maître à ses derniers moments. Il n'était pas seul dans la prison : il avait été arrêté en même temps que Henri Laplume, le domestique de Ducos et de Fonfrède, détenu comme lui jusqu'au 18 brumaire. Laplume pouvait remplacer

Cotton si par hasard son camarade retombait dans un de ces accès de démence auxquels il était sujet. La possibilité de renvoi par Cotton subsiste, mais atténuée et sujette à plus d'une objection.

Nous avions laissé la montre entre les mains de M. Bixio, dans la famille duquel madame Menessier pensait qu'elle avait dû rester. M. Bixio est mort en 1863 ou 1864, laissant deux enfants, M. Maurice Bixio et madame Camille Depret. Nous nous sommes adressé à cette dame; elle nous a répondu avec une grande bienveillance et nous a exprimé le regret de ne pouvoir satisfaire notre curiosité, son père ayant disposé de la montre au profit de la Bibliothèque de Montbéliard.

Ce n'est pas à la Bibliothèque de Montbéliard que la montre de Yergniaud a été donnée par M. Bixio, c'est au Musée de Besançon, la ville natale de Charles Nodier. M. Vuilleret, Secrétaire de l'Académie et Conservateur du Musée des antiquités de cette ville, l'a reçue de ses mains le 22 novembre 1860. Il a consigné sur ses registres le récit de M. Bixio conforme à celui de Nodier, sauf en un point qui montre la tendance de la tradition à devenir légendaire. Ainsi, suivant lui, ce serait au pied même de l'échafaud que l'inscription aurait été mise dans la montre. La scène ainsi présentée est plus dramatique, mais évidemment inadmissible, puisque les condamnés à mort avaient les mains liées (Biouffe le dit spécialement de Yergniaud^, F. ci-dessus, p. 335), et que leurs biens étaient frappés de confiscation.

M. Yuilleret a bien voulu nous transmettre quelques détails qui nous permettent de compléter la description de Nodier et de la rendre plus intelligible.

« La montre, nous écrit-il, est en or rouge, à pendant (anneau?) allongé; le cercle encadrant le verre et émaillé

LA MONTRK DK VEKGXIAUn. .'HO

ne s'ouvre que sur le cadran, l'émail est blanc, percé d'un trou pour le remontoir; le mouvement ordinaire de l'époque porte les mots : Cronier, Paris, n° 1057, inscrits en caractères arabes; sur le fond intérieur de la cuvette, en or uni, sont gravés en lettres anglaises ces mots :

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