‹ VergniaudChapitre 9 sur 113 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Il est juste de supprimer les écritures fournies par le sieur de Lavaud et Anne Petit au Sénéchal comme injurieuses et calomniatrices.

Il ne le sera pas moins de supprimer les mémoires qu'ils ont produits en la Cour.

Nous détachons les dernières lignes de cette partie du mémoire qui nous offrent un trait assez curieux de l'érudition pédantesque du sieur Lavaud et une répartie piquante de Vergniaud :

Je dois faire connoître la réponso qu'il (le sieur Thévenot de Lavaud) fit dans une requête du 20 octobre 4780, lorsqu'il se vit ainsi confondu. Un autre auroit tâché de produire des sentences d'ahsolution. Le sieur de Lavaud répond : a Caton a été accusé soixante-six fois et le célèbre Dumoulin a été emprisonné sur des décrets de prise de corps. »

Mes juges, dit le mémoire, ont la sagesse de Caton et les lumières de Dumoulin; c'est à eux qu'il appartient d'apprécier la modestie de cette réponse du sieur de Lavaud et de juger du rapport qu'il peut y avoir avec ces deux grands hommes.

Vergniaud a rendu compte de l'arrêt qui intervint, dans une lettre à madame Alluaud, du commencement de l'année 1783. (Y. cette lettre ci-dessus, n" 57.) La sentence du Sénéchal de Limoges fut considérablement aggravée, et Vergniaud put écrire à sa sœur, en lui annonçant cet arrêt : « Il faut que tu me fasses un compliment... La victoire ne pouvoit pas être plus complète...»

MÉMOIRE

POUR

Jean LABEYRIE, Curé de la Paroisse de Momuy, Appellant d'une Sentence du Sénéchal de Saint-SeYer,du7avril 1783,

CONTRE

1« Marthe DUTROY, fille majeure;

2« Le sieur DE SAINT-JULIEN, Baron de Momuy;

3° Le sieur DUTROY fils et autres intimés.

Par M. Vergniaud, Avocat i.

Le sieur Labeyrie, curé de Momuy, depuis six ans persécuté dans les biens les plus précieux à l'homme et à un prêtre surtout, traduit de tribunal en tribunal, tantôt accusé, tantôt accusateur, toujours innocent et jamais vengé, vient de recevoir enfin de ses premiers juges une sentence aussi injuste envers lui qu'elle l'est avec ellemême ; une sentence qui le condamne et qui l'absout, ou plutôt une sentence qui le flétrit sans le condamner, qui le condamne sans le punir, qui le punit sans le trouver coupable.

Il n'entreprendra pas d'approfondir ce mystère : des

* Ce mémoire n'est pas daté. Mais on voit, par la correspondance de Vergniaud, qu'il en parle à M. Alluaud dès le mois d'août 1783 :

« Je travaille, dit-il, à un autre mémoire dans une affaire majeure de Tournelle. On m'imprimera tout vif encore la semaine prochaine.» (Lettre n» 58.)

Et dans la lettre suivante du 22 août 1783 :

u Mon mémoire n'est pas encore sorti de chez l'imprimeur; il doit cependant être fini aujourd'hui. Je vous en ferai passer un exemplaire la semaine prochaine. L'affaire n'est pas aussi intéressante que celle de Bérigaud. Il est bien question aussi d'un enfant fait, mais il y a une foule de faits fort ennuyeux à discuter. La procédure est immense. Il y a plus de quatre cents témoins, y compris les récolements. »

juges ont prononcé, c'en est assez, leur caractère sacré lui fait un devoir du silence: il sait que des juges qui sont hommes peuvent se tromper, des hommes qui sont juges doivent toujours être honorés ; mais il sait aussi que les Cours souveraines sont établies pour réformer au besoin la sentence des juges inférieurs. C'est ce qui le console au milieu de tant de disgrâces.

Peut-être épuisé par tant de dépenses et lassé par tant d'obstacles, l'exposant aurait-il pris le parti de se taire et de laisser subsister la sentence du Sénéchal de Saint-Sever, dont certainement les adversaires n'auroient pas provoqué la destruction. Peut-être que, content du suffrage d'une conscience pure, il auroit attendu en paix sa justification de la Providence ; mais son caractère, sa place, le respect des mœurs, autant que l'intérêt de la religion et la loi impérieuse du sentiment, l'obligent de porter en la Cour le dernier cri de son innocence opprimée *.

Il en est bien autrement des adversaires de l'exposant, et leur position n'est en rien comparable à la sienne par la nature de cette cause. Un hors cour, pour lui, c'est une ignominie, et pour eux un véritable triomphe.

Avec quelle révoltante sécurité ils s'applaudiroient d'avoir su pallier aux yeux de la justice la plus détestable intrigue I Mais le sieur baron de Momuy, relaxé de la calomnieuse accusation intentée contre lui parle sieur Curé, sans dépens, seroit-il également satisfait? Alors ce seroit dans ladite sentence un mystère de plus.

Quoi qu'il en soit, l'exposant se montre aujourd'hui devant des juges aussi éclairés que justes pour en obte-

* On voit, par la lettre du 13 septembre 1783, de Vergniaud A W)n beau-frère, que cet exordc n'ost jwis de lui ot qu'il fui substitué au sien jiar le client sans sou api)robalion. (V. n*> 00 ci-dessus.)

28 iMÉaiOIRES JUDICIAIRES DE VERGNIAUD.

nir un arrêt qui rendra à l'innocence toute son intégrité et à la calomnie la honte et le châtiment qu'elle mérite. Dans la confiance que lui inspire la bonté de sa cause et la lumière de ses preuves, il va parler, ou plutôt la procédure la plus régulière, les faits les mieux établis vont parler pour lui.

Page 1