‹ Véritable origine des troubles de S.-DomingueChapitre 3 sur 3 · C II · texte numérisé non relu

C II

qu'ils voiiloiep-t faire , et comment elles dévoient les seconder.

A Tcirrivée de ces lettres à S.-Domingue , déjà les assemblées primaires se formoient , et les hommes de couleur propriétaires y avoient été appelés; déjà plusieurs avoient nommés, dans la partie du srd, leurs députés , pour aller prendre part aux délibérations du comité de la ville des Cayes qui îesy avoient invités^enfin dans plusieurs paroisses de cette partie, les hommes de couleur avoient adressé aux blancs leurs justes rédamations,etles blancs commençoient à sentir que la justice j leurs intérêts eî celui delà colonie exigeoîènt qu'on prit en considération les réclamations de ces hommes utiles, c^ Dans cet état de; choses, on vit tout-à-coup paroi::^e au petit Gonave, dans la partie de l'ouest, plusieurs 'olancs^étrarigersetsans possession dans Icsçolçniès. Le joiir de leur arrivée, cinq, personnes de couleur députés des diilérentes paroisses de cetce ville , étoient venus présenter au comité de çê lieu une adreste pour réclamer leurs droits ; çètre adresse avoit été rédigée par M. Ferrand, sénéchal du lieu et président du comité : cetoit une preuve que les blancs alors n'étoient pas éloignés de rendre justice enfin à une classe

d'hommes trop long-temps et trop injustement opprimée.

Ces blancs sans aveu^ envoyés par les agensde ceux qui vouloient semer le désordre'dans la coîo» nie 5 se répandirent dans la ville ; ils disoient à tous les habitans que les hommes de couleur avoient formé le complot de les égorger , et de se rendre maîtres de la colonie; qu'on ne devoit pas en douter ^ que des lettres venues de France annonçoient et prévenoient de ce complot. A cette nouvelle'^ on se porta en foule dans le lieu où étoiî assemblé le comité ; on y faisoit la lecture de l'adresse des hommes de couleur , eux présens ; on les saisit , on menace de les pendre ; ils sont troublés, ils ne; savent ce qu'on leur veut ni ce dont on les accuse ; on leur demande quel est l'auteur de l'adresse coupable qu'ils osent présenter ; ils répondent qu'elle ne peut rien contenir de contraire aux intérêrs des blancs, puisque c'est un blanc qui l'a rédigée , et ils nomment M. Ferrand.

Aussitôt ces furieux s'emoarent de cqî infor-

inné juge , le traîne hors du comité , et lui coupent la tête , qu'ils promènent ensuite dans la ville , au bout d'une pique, et ils menacent d'un pareil sort tout blanc qui oseroit parler en faveur des hommes de couleur.

Après avoir bien maltraité les cinq hommes de

couleur pétitionnaires, on les renvoyé en les menaçant de fusiller îe premier des leurs quioseiroit sortir de chez lui.

Cette alarme et ces faux bruits répandus par ces brigands, se multiplient et gagnent les qiiar^ tiers voisins ; par-tout des blancs , de la trempe de ces brigands, courent chez tous les hommes de couleur pour les massacrer , sous le prétexte qu ils complotent contre les blancs.

A Aquin, distant de 14 lieues du petit Goave, oii avoit été commis l'assassinat de M. Ferrand, 25 blancs s'arment dans une nuit , et vont chez trois des plus riches propriétaires Jiommes de couleur pour les assassiner. Deux se trouvent absens, parce qu'ils étoient aux Cayes pour y remplir leurs fonctions d'électeurs ; leurs portes son enfoncées, leurs épouses insultées , leurs meubles brisés ; leurs papiers sont saisis eî emportés , parce qu'on croyoit y trouver des preuves de leurs prétendus complots. Ces mêmes blancs vont ensuite sur l'habitation du troisième; c'étoituu vieillard de 70 ans; ils frappent avec violence à sa porte, et toutes les voixlui crient ces mots terribles : ouvu^ gueux ^ nous voulons ta tête. Le vieillard , absolument seul avec un jeune domestique , se lève et s'arme comme il peut ; il barricade ses portes ; mais ces brigands les enfoncent à coups de hache. Les portes abattues ils n'osent entrer, et tirent chacun leur coup de fusil^

pfesqu'à bout touchant, sur ce malheureux vieillard ; trois balles Tatteignent, cependant il n'est pas tué ; mais son jeune domestique tombe mort à ses côtés. 11 reste au vieillard assez de force pour défendresa vie ;il met enjoué ces bx^gands, le coup ne part pas ; alors la troupe Finvestit, on veut le massacrer ; l'un d'eux, plus prudent , les arrête , parce qu'il craint que les IJO esclaves du vieillards, qu'ils aiment comme leur père, ne viennent venger sa mort. /

Malgré ses blessures , on conduit à pied ce vieillard à trois lieues de son habitation. Rendu au bourg d'Aquin , on veut lui couper la tête ; cependant on ne trouve dans les papiers qui ont été saisis chez lui et chez les deux autres absens 5 aucune preuve qui puisse le faire condamner, et il est enfin relâché.

Des scènes semblables se répètent dans presque tous les quartiers de la colonie , et les hcmmes de couleur étonnés , effrayés , n'osent plus ni se rencontrer ni se parler. Un ordre de l'assemblée coloniale est donné pour qu'ils ne puissent plus sortir armés sans une permission des blancs. De quoi cependant les hommes de couleur étoient-ils coupables pour éprouver ces traitem^ens ? Ils avoient demandé , dans les termes les plus soumis , d'être réintégrés dans leurs droiis.

• Si Ton compare cette manière de rtclamcr contre le despotisme le plus cruel , au fiiicas avec lequel les François ont fait tomber la Bastille , on sera forcé de convenir que les hommes de couleur ont été bien prudent dans la manière dont ils se sont conduits ; car s'ils eussent écouté un premier mouvement, bien naturel dans leur position , ç en étolt fait des colonies.

Tels ont été les premiers troubles àes colonies , causés par les soupçons donnés dans la lettre ùqs députés des colonies , en date du iz août 1789 , contre des hoT-nmes qui méritoient d'autant moins cette injustice , que depuis Fcrigine de la colonie ils n'avoient cessé de donner d^s preuves de leur attachement à la patrie ; et ce n étoit que parce que leurs sentimens éroient bien connus , qu'on a senti qu'ils ne se prêteroient jamais à trahir la mère-patrie , qu'on les a poursuivi avec tant dacharnement. '

Je vais parler maintenant de ce qui se passoit en France à l'égard des députés des hom.mes de couleur ; car tout est lié dans cette affaire.

Mais auparavant, il est nécessaire qne je raconte une anecdote qui ne laissera pas que de jetîer quelque jour sur les troubles des colonies, et sur l'objet de la lettre à\i 1 2 août, écrite par les députés à leuis commettans.

Vers le milieu du mois de juillet, à mon arrivée à Versailles, je fus voir M. de la Luzerne, parce que je savois que M. le maréchal de Casîries lui avoir envoyé les mémoires que je lui avois donné sur les réclamations des hommes de couleur, afin d'avoir son avis. Dès ma seconde visite à M. de la Luzerne , il me dit que les colons assemblés à Thôtel de Massiac loi avoient dit qu'ils éîoient disposés à tout accorder aux hommes de couleur ;, qu ils seroient bien aise de me voir : il me lut même une lettre de Fun d'eux à ce sujet. Je répondis que je ne connoissois que l'assemblée nationale qui pût avoir ce droit ; et je déclarai à M, de la Luzerne que je n'irois point à Thôtel Massiac pour y porter mes réclamations. Je me retirai. Le lendemain , M. de la Luzerne m'envoya prier de passer chez lui. Je m'y rendis. 11 me parla encore de l'hôtel Massiac. Ma réponse fut îa mime que la première. — Mais , me dit M. de la Luzerne , vous refus erez-vo us à voir quelquesuns de ces messieurs chez moi, pour causer sur l'objet de vos réclamations? — Je lui répondis que non. Deux jours après , nouveau message de M. de la Luzerne. Je m'y rendis, et je trouvai chez lin de ses secrétaires un M. Saint-Germain , colon , à ce qu'il me dit, et chargé, par l'hôtel de Massiac, de m'inviter à y aller ; que ces messieurs

pensoient

pcnsoient comme moi à I égard des droits que les

hommes de couleur réclamoient; qu'ils avoient ÛQS propoiiitions à me faire à ce sujet. En conséquence, je me rends à P:iris avec ce IM. S.-Germain. Uendm chez lui, il me dit, en parlant des colonies : Nous devrions peu nous embarrasser des affaires de la France ; nous devrions tous partir pour Saint-Domingue; vous avez toute la confiance

des hommes de couleur ; et là, nous nous

arrangerions. — Je lui répondis que je ne pensois pas ainsi , que j'étois François , et que j e voulois mourir François. Nous en restâmes là , et nous fûmes ensemble à fhôtel Massiac. Nous rencontrâmes dans fescalier M. Gualeffey, qui étoit alors le président de Fhôtel Massiac; et M. Saint-Germain , en le saluant, lui dit: — M, le marquis^ voilà M, Raymond, — - Arrivée dans la salle qui précédoit celle de rassemblée , M. Saint-Germain me quitte, en me disant qu il va nf annoncer. Il resort peu de temps après , et m'introduit. Là , M. GualefFey, ainsi que d autres personnes que je ne connoissoispas, me firent différentes questions sur les demandes que j avois à former , et su^ les mémoires que j'avois adressés aux mmistres. y Y répondis , toujours en leur déclarant que je ne voulois m adresser qu a l'assemblée nationale pour ks réclamations que j avois à faixe, et je me re-

tirai, J'observe que ceci se passa vers la un de

juillet 1789, quelques jours avant la date de la lettre du il août. Cette anecdote explique la phrase suivante, qui se t.ouve dans cette lettre: Mifal-yous des hommes d& coukur qui vont vous arriver d'Europe,

Au mois d'octobre 1789 , les citoyens de cquleur qui étoient à Paris , s'assemblèrent pour se communiquer les pouvoirs particuliers qu'ils avoient reçus pour réclamer auprès de rassemblée nationaie ; et quoique ces pouvoirs ne portassent pas avec eux la généralité de vœux , ils n'en parurent pas moins suffisans aux hommes de couleur qui en étoient porteurs , parce que leurs frères des colonies leur mandoient que les vexations et les gênes dans lesquelles les colon* blancs les tenoient à S.-Domingue , ne leur per* mettoient pas de rendre ces pouvoirs plus authentiques et plus généraux. Mais tels qu'ils étoient , les hommes de couleur d'ici en étant munis , arrêtèrent que ceux d'entr'eux qui en réuniroient le plus, se présenteroient au corps constituant pour demander à représenter leurs frères qui ne l'étoient pas par les colons blancs.

Eîv^onséquence , cinq d'eux se présentèrent à la barre de l'assemblée nationale , dans les derniers jours d'octobre 1789. Là ils exposèrent à

l'assemblée tous les griefs sur lesquels ils avoient

à réclamer contre les colons blancs ; ils offrirent en don patriotique une somme de six millions des colonies, et conclurent à demander detre les représentans de leurs frères auprès de l'assemblée nationale.

Le président leur répondit : » Jamais aucuns n citoyens m rcclarneront vainement leurs droits au* » pris de cette assemblée : ceux que les mers et les pré" » jugés ont éloigné de ses regards , en seront toujours » rapprochés par elle ; laisse^^ vos pièces et votre requêtte » sur le bureau ; l'assemblée les prendra en considéra'^ » tion». Ces pièces furent envoyées au comité de vérification , afin qu'il constatât de leur validité.

C'est alors qu'on vit agir Tintrigue des colons pour empêcher cet examen ; nous essuyâmes toutes les tracasseries et les entraves qu'ils purent imaginer pour le retarder.

Enfin , après onze séances du comité de vérification, le rapport en fut arrêté ; il concluoit à ce que les hommes de couleur qui se présentoient 5 dévoient avoir deux députés à l'assemblée nationale. Le rapporteur , M* Grelet de Beauregard , ne put jamais faire ce rapport ; deux fois il essaya de le présenter à l'assemblée ; mais les co* Ions et leurs partisans firent un tel tapage , qu'il fut impossible au rapporteur de se faire entendre ;

alors il nous déclara quil renonçoit à fliire ce i apport. Pendant ce temps, les colons ne disconti^ nuèrent pas de faire répandre de fausses nouvelles des colonies , qui toutes étoient alarmantes , et jamais ne manquoient d'en attribuer les causes à Tadmission des hommes de couleur. Ils avoient eux-mêmes mis les colonies en feu par leur lettre du 12 août , et en attribuoient les causes à ce qui se feroit ici.

Ils firent plus alors ; pour ôter toute communication entre les hommes de couleur en France , et ceux de Saint-Domingue ; communication qui eût dévoilé leurs intrigues , ils écrivirent à toutes les chambres de commerce du royaume la lettre suivante.

Lettre aux chambres du commerce par les députes des

colonies»

Messieurs,

Comme la sûreté deSaint-Domingue exige que fon prenne en ce moment toutes les précautions; possibles pour s'opposer au désordre dont cette? isle est menacée , nous vous prions instamment d'employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour empêcher tous nègres et tous mulâtres de s^embarquer pour la colonie. Vos intérêts ,

( il )

qui sont inséparables des nôtres', vous feront,' sans cloute , approuver toutes les mesures qui seront commandées par les circonstances , et nécessaires à cet effet

D'autres lettres furent écrites à Saint-Domingue pour empêcher , plus que jamais, les hommes de couleur de se rassembler , afin de leur ôter tout moyen de faire connoître à leurs députés ici tout ce qu'ils éprouvoient; toutes les lettres furent interceptées 5 et dès-lors il ne fut plus possible, non-seulementde rien recevoir de nos comniettans , mais même ils ne purent se communiquer entr'eux à Saint-Domingue.

Cette politique des colons avoit bien ses vues ; elle empêchoit l'offre des 6 millions de se réaliser : ils sentoient que si les hommes de couleur avoient pu s'assembler paisiblement , ils auroient effectué ce don patriotique^ et il eût déjoué toutes leurs menées , en même-temps qu'il eût prouvé combien plus qu eux les hommes de couleur s'empressoient de venir au secours de Fétat.

Cependant les hommes de couleur, poursuivis avec un acharnement sans exemple , attendoient avec résignation toutde la justice de l'assemblée nationale et du soin de leurs frères; ils nous faisoient parvenir ici, avec des peines infinies, les détails de tout ce qu'ils souffiroient ; et lorsque

nous transmettions ces faits au comité colonial ; on nous répondoit froidement , ce ne sont là que des lettres particulières , nous ne pouvons les reconnoitre ; faites-nous , disoit-on, constater ces faits par des actes et des hommes publics. Nous répondions quilétoit impossible, après la catastrophe de M. Ferrand , de trouver un seul blanc qui osât, non-seuleujent soutenir les hommes de couleur, mais encore désapprouver ce qu on leur faisoit éprouver; qu'ils ne pouvoient pas eux-^ mêmes rassembler beaucoup de signatures, sans courir les risques de perdre la vie.

Nos raisons n étoient jamais écoutées au comité ; nousy étions même rebutés et mortifiés par des cplons blancs qui, sans être du comité , s,y trou^ voient toujours.

Enfin , après avoir vainement sollicité au comité colonial, nous apprîmes qu un rapport s'y préparoit,et qu'il de voit être suivi d'un décret. Ce décret fut celui du 8 mars 1790 ; et le 28 du même mois , il fut suivi d'une instruction qui devoit l'accompagner dans les colonies. Nous apprîmes également , avant la discussion de ces instructions , qu'il n'y étoit nullement question de la classe des hommes de couleur libres et propriétaires.

L'article 4 de ces instructions, qui nxoit \qs qua-

lités nécessaires pour être citoyen actif dans hs

colonies , étoit si vague , qu'il ne pouvoit que donner lieu à des querelles interminables entre les deux classes de citoyens libres.

Nous nous transportâmes chez NL Barnave, rapporteur du comité colonial, etnousluifimes ohsm ver qu il étoit essentiel de désigner bien clairement, dans cet article 4 , Iq& personnes de couleur, soit en ajoutant au mot vague citoym , celui d^ libre 5 ou, ce qui auroitété plus clair , tout àtoyei% qudle. que soit sa couleur,

M. le rapporteur nous répondit que rassemblée ne connoissant aucune distinction , moins encore celle d'esclaves et de couleur, ne pouvoit se servir de termes qui désignassent qu elle en recortnoissoit. Enfin , après avoir discuté long-temps, nous obtînmes de M.Barnave qu'il subsistueroiÉ au mot citoyen de l'article 4 , les mots toutes per^^ sonnes.

Le décret du 8 mars et les instructions du 28^ qui iixoit le mode des assemblées primaires et coloniales , furent envoyés dans les colonies pour y être exécutés.

A cette époque , les députés des colonies écrivirent qu'il falloit interpréter le mot toutes per-^ sonnes de l'article 4, pour les blancs seulement^ et que l'assemblée n'avoit pas entendu, par ces

mots génériques , y comprendre les personnes de couleur libres et propriétaires.

Enco nséquence de cette interprétation de la loi, donnée par des individus , les assemblées primaires se formèrent sans la participation des personnes de couleur , quoiqu'elles fur-sent cependant àes perso/mes^ et que dans plus eurs quartiers de la colonie , ces personnes étoient les plus riches propriétaires ; on n'en devint que plus acharné à les poursuivre et à les vexer, afin de leur interdire tout moyen de réclamation. Cette conduite , de la part des colons blancs , avoit bien son but.

L'assemblée coloniale qui se forma pour , au terme du décret , présenter le vœu des colonies sur leur régime intérieur, ne potivoit pas présenter ce vœu , puisque plus de la moidé des propriétaires de la colonie, ceux qui lui sont le plus attachés , avoient été éloignés des assem* blées primaires.

On sait ce qui est résulté de cette première assemblée coloniale ; on connoit les violences , les cruautés des deux partis des hhncs^ connus, dans la colonie, sous les noms de /^c^iVii et de crcchus ; on sait qu'entre blancs, ils se sont livrés les combats les plus cruels , et cm'ils se sont égorgés et assassinés mutuellement.

• Mais nV.hticipons pas, et reprenons la suite des faits. L'assemblée coloniale formée , sans îa participation de la moitié de la population libre des citoyens de couleur , marchoit d'un pas rapide à rindépendance , on tout au moins à une scission. L'on ne sait où elle fût parvenue, dans un moment où la colonie étoit sans forces réprimantes , où les troupes n obéissoient plus à la voix de leurs chefs légitimes , si le général , M» Peynier , et M. Mauduit, n'eussent appelés à leur secours les hommes de couleur , pour dissoudre cette assemblée. Dans ce moment de crise , les partisans de l'assemblée coloniale proposèrent aux hommes de couleur du Cap de courir sur le parti qui lui étoit opposé , qu'on leur abandonneroît la fortune de ceux qu'ils tueroient. Les hommes de couleur rejettèrent aveciadignation ces propositions: ils étoient loin de penser alors que, peu de jours après , il se trouveroit des blancs assez atroces pour accepter de pareilles propositions faites contre eux.

Mais l'arrivée du malheureux Ogé dans Iqs^ colonies, leur fit bientôt connoitre ce que pouvoient com.mettrede crimes les blancs. Ogé étoit repassé à S. - Domingue après les décrets ûqs 8 et 28 mars; il alloit les annoncer à ses frères, et en demander l'exécution. En effet , sa pre-

mière démarche fut de demander aux puissances coloniales rexécution à la lettre des décrets de rassemblée nationale. On répondit à sa demande par une proscription ; on mit sa tête à prix ; on promit à Tesclave qui lapporteroit , et îa liberté, et une somme considérable"; on iit marcher des troupes contre lui; par- tout on arme les esclaves contre les hommes de couleur libres, et on donne contre eux le signal du carnage et de la mort. Chaque jour voit tomber leurs tètes , qui sont portées au Cap par les esclaves qui les ont abattues, pour obtenir les ré-» compenses qui leur étoient promises.

Cette foule de blancs envoyés dans îa colonie depuis la révolution, on se doute par qui, et pourquoi, se mettent aussi de la partie; alors les hommes de couleur sont assaillis de toutes parts , poursuivis jusques-sur leurs habitations que Ton dévaste : on pille leurs mai sons , on enlève leurs bestiaux, et jusqu'à leurs esclaves; et les brigands , que ces pillages enrichisssent , appellent cela de bonnts prises.

Dans ces instans de fureur , des imprimés r^ pandus avec profusion dans la colonie , invitent tous les brigands à s'emparer du bien des honv mes de couleur , et à le partager entre ceux qui nen ont pas. On auroit peine à croire à ces

( ^7 ) forfaits , si un de ces imprimes n étoït parvenu

jusqu'ici 5 quoic;u imprimé à S.-Domingue.

Malgré toutes les recherches de ces hordes efFrénées, Ogé y avec une vingtaine des siens , avoit échappé, et s'étoit réfugié dans la partie Espagnole. Ils furent arrêtés et conduits dans les prisons du Cap , d'où ils ne sont sortis que pour être traînés à lechafaud , en vertu d'un jugement aussi inique qu'illégal. A cette époque ^ tout homme de couleur riche , sur de simples dénonciations, étoit arrêté et conduit dans les prisons, et n'en sortoit qu'au moyen d'une forte rançon.

Les mêmes schnes se répétoient dans difFérens endroits de la colonie; si les prétextes n'étoient pas les mêmes, les résultats étoient toujours de dépouiller, de vexer les hommes de couleur , et de les réduire au silence à force de les tourmenter.

Au Fond Parisien, on assemble les hommes de couleur par ordre de la municipalité de S^ Marc , pour leur faire prêter un nouveau serment ; on exige qu'ils ajoutent au serment décrété , le respect et la soumission entière aux blancs. A ces derniers mots , ils comprennent que les blancs veulent les rendre de pures machines entre leurs mains , avec lesquelles ils

( 28 ) pourront tout renverser. Ils s'y refusent , et l'un d'eux adresse aux bîanc^ce> paroles.

» N'avons-nous pas déjà prêté le serment à la a patrie ? Si le premier ne vaîoit rien , le second 4< vaudra -t -il mieux? D'ailleurs, ne sommesi< nous pas assez subordonnés à la volonté arbi- « traire des blancs ? qu exigent-ils encore ? Un « serment forcé pourroit-il nous lier? N'est-ce » pas notre bonheur et nos intérêts qui doivent » nous donner l'impulsion ? et nous ferions un « serment qui nous forceroit cVy renoncer? »

A peine eut-il achevé , qu'il fut saisi ; et quoique les hommes de couleur fussent armés , et en plus grand nombre que les blancs, ils rie firent aucuns mouvemens, et se retirèrent paisiblem.ent. Le lendemain , espérant sur la clémence des blancs, les hommes de couleur envoyèrent réclamer leur camarade. Le croira-ton ? leurs députés sont arrêtés, conduits en prison, et traités comme des séditieux.

Dès ce moment , c'est à qui poursuivra les hommes de couleur, et à qui dévastera leurs habitations : les enfans qu'on y trouve ne sont pas épargnés. Deux , âgés , l'un de huit et Tautre de neuf ans, dont le père avoit fui , sont impitoyablement massacrés sur l'habitation de leurs parens.

\oilà ce qui se passoit dans les colonies, à

( ^9) Végard des hommes de couleur, lorsque le décret du m octobre y arriva avec les deux bataillons de Normandie^ et d'Artois. On sait comment, avec un faux décret , on trompa les soldats du régiment du Port-au-Prince , et comment ils assassinèrent leur colonel Mauduit,dont le corps fut ensuite déchiré et mis en pièces.

Les papiers publics de la colonie font mention d'une femme blanche du Port-au-Prince qui , oubliant son sexe et sa pudeur , commit sur les restes du colonel Mauduit une action atroce. Ces mêmes papiers font encore mention dun blanc qui envoya à son ami , à soixante lieues du Port-au-Prince, des morceaux des chairs de ce colonel, pour lui prouver physiquement qu'il avoit été tué.

Les soldats et le peuple du Port-au-Prince furent livrés , les jours suivans du massacre de M, Mauduit, à la joie la plus barbare; le vin et les liqueurs leur étoient prodiguée. On voit , dans un imprimé de ce temps , qu'une ç^abaretière pprta à la municipalité du Port-au-Prince un compte de 9,000 liv., pour boissons fournies aux troupes. ( I )

(i) Tous ces faits se trouvent dans le Courier du Cap-. François, rédigé par M. Gotereau , le même qui a été; embarque au Cap par un ordre arbitraire ce l'assernblée coloniale.

C 3° ) A peu près dans le même temps , une scène

aussi sanglante que celle que vous venez de lire , se passa aux Cayesdu fond. Environ 400 blancs vont saisir, sur son habitation M, Codere , officier du régiment du Port-au-Prince 5 le conduisent à la ville , et le massacrent impitoyablement: ils lui coupent ensuite la tète qu'ils promènent au bout d'une pique.

A ces récits affreux, qui coûtent autant à décrire qu'à être lus 5 on ne peut se persuader que des François en ayent été Iqs auteurs.

Il n^est cependant que trop vrai que , depuis près de deux ans, les blancs de S.-Domingue donnent ce cruel et révoltant exemple à leurs esclaves qui en sont témoins. Faut-il s'étonner ensuite si ces hom.m.es grossiers et avilis par Fesciavage , répètent ces scènes d'horreur dans leurs révoltes?

Celle qui désole la colonie dans ce moment, ne se fin jamais manifestée avec cette violence , sans l'orgueil et la fausse politique des colons du Cap, au sujet du décret du 15 mai. Ce décret parvenu au Cap , quelques blancs se rassemblent tumultueusement , et se répandent dans les rues , vomissent des imprécations contre l'assemblée nationale : ils l'accusent hautement de vouloir donner la liberté aux esclaves, et ils ou-

blient qu'ils en sont environnes ; ils brûlent en effigie Tévéque de Blois, sous les yeux de leurs esclaves, en disant que c'est parce qu'il prêche la liberté pour eux.

Par-tout les blancs montrent eux-mêmes une rébellion au pouvoir suprême delà nation ; par-tout ils écrivent en gros caractères les mots devzVr^//. hre ou mourir : ils les répètent à lenvi, et les esclaves sont témoins de toutes ces choses.

Pouvoient-ils croire , ces imprudens colons , que des hommes qui vivent dans un véritable esclavage , entendroient toutes leurs paroles , et verroienttous leurs mouvemens, sans être tentés de vouloir les imiter?

A toutes ces imprudences , les colons blancs en ajoutent encore une autre plus grande, celle de se priver de la seule force qui pourra contenir les esclaves. Ils recommencent leurs persécutions envers les hommes de couleur ; par-tout ils les poursuivent avec \qs plus violentes menaces ; par de nouvelles et scrupuleuses recherches , ils les ont complètement désarmés.

Les hommes de couleur, menacés de tous côtés, s'échappent pour fuir de nouveaux massacres ; et \qs esclaves, qui savent que ce sont les seules forces qu'on puisse leur opposer avec

avantage , saisissent cette occasion , et lèvent

l'étendard de la révolte.

Peut-être des 2,ens mal-intentionnés contre le nouvel ordre de choses les ont41s aussi secondés. Nous desirons que les recherches les plus scrupuleuses fassent connoitre les auteurs de ces troubles afFreux ; car nous savons que les ennemis des hom.mes de couleur ont eu la noirceur de vouloir les faire suspecter d'en être les auteurs. Tel est le caractère des tyrans, de prêter à leurs victimes leurs sentimens atroces.

M. de Elanchelande , dans une de ses lettres lue à l'assemblée nationale , disoit que dans la partie de Fouest , c'ercit les hommes de couleur QUI s'étoienî joints aux esclaves , et qu'ils avoient forcés les blancs a passer un concordat avilissant pour ces derniers. On connoit ce concordat; y est-il fait mention des esclaves , et pourfoit-on penser que, si les esclaves de cette partie eussent aidé les hommes de couleur à reconquérir leurs droits, ils n'eussent pas exigé et dQS hom^m/es de couleur, et des blancs qui Font signé , de statuer pour eux ?

C'est donc une calom.nie de M. Bianchelande , ou de ceux qui dirigent sa plume.

Une brochure ignorée ^ quoique distribuée à Fassemblée'nationale et signée Bailli ^ compagnon;

de

dé Voyage des six commissaires de rassemblée coloniale, accuse ainsi les hommes de couleur. « Leur conduite, dit-il, dans la partie de l'ouest j ». fortifie le soupçon de complicité générale de » leur part, qui na que trop de vraisemblance , » mais qu'on répugne à envisager comme un •» y^z>, tant par défaut de prcuvci positives , que » parce que cette combinaison suppose un degré » de scélératesse qui les rendroit bien peu di- » gnes de Tenthousiasme fou d^s nombreux par- » tisans qu'ils ont en France. »

Voilà une calomnie bien prononcée , mais bien gauchement ourdie ; car son auteur confesse , I ^ qu'il n ya point de preuves positives ; 2^. qu'on n'y croit pas , parce que cela rendroit Iqs hommes de couleur peu dignes à^s sentimens qu'on a pour eux en Europe.

Conçoit-on une pareille înconséquencej? Quoi ! à S.-Domingue , où Ton s'efforce de détruire tout sentiment de Justice et d'humanité envers les hommes de couleur , où ils sont accusés de tant de crimes , on ne veut pas croire à leurs crimes, parce que cela détruiroit les sentimens qu'on a pour eux ! Que cela est pitoyable ! indépendamment de Finconséquence de cette accusation , il y a encore contradiction ; car il est bien reconnu aujolird'hui que les parties de l'ouest eî

du sud ont été fort tranquilles ;, et que les esclaves n'ont fait aucun mouvement ; donc les hommes de couleur n'ont pu se joindre à eux pour les faire soulever , comme Favance IVL Baillo ; et si les homm.es de couleur s'étoient joints aux esclaves pour les faire soulever ^ comment ces mêmes esclaves auroient-ils été contenus ensuite* par ces mêmes hommes de couleur? Les esclaves se fussent-ils arrêtés à la volonté de ceux qui les avoient mis en mouvement ? n'auroientils pas suivis l'exemple de ceux du Cap ?

Voyons maintenant si les hommes de ccwleur pouvoient avoir quelqu'intérêt à faire soulever les esclaves , et à leur faire réclamer la liberté : non , sans doute , puisque, comme je Fai dit , ils possèdent eux-mêmes le tiers des esclaves de la colonie. D après ce fait, est-il présumabîe qu ils ayënt voulu s'exposer à perdre leur fortune ? Le désespoir , me dira-t-on , peut les avoir porté à ce crime. Mais le moment de l'arrivée du décret du 1 5 mai pouvoit-il être un m.oment de désespoir pour les hommes de couleur ? N'étoit-il pas au contraire celui où ils voyoient le terme de leurs longs malheurs? Quoi! les hommes de couleur auroient souffert depuis deux ans, avec résignation, toutes les cruautés qu'ils ont éprouvées des blancs, sans concevoir des pro-

jets aussi pervers ; et ils les aiiroient réservés pour le moment où ils recevoientle bienfait d'une loi qu'ils réclament depuis si long-tems ! Voilà les contradictions où tombent toujours ïqs fourbes et les calomniateurs. N'est -il pas plus naturel, et sur-tout d'après les faits connus , de penser que dans cette foule de blancs sans possessions dans les colonies, et passés à S.-Domingue en si grande quantité depuis la révolution , il s'en soit trouvé d'assez médians pour avoir voulu essayer ce genre de brigandage ?

M. de Blanchelande nVt-il pas dit, dans plusieurs de ses lettres , que ces hommes blancs avoient refusé d'aller combattre les révoltés, à moins qu'on ne voiiiûtî euraccorder les deux tiers du pillage qu'ils feroienr sur les habitations ? N'at'il pas dit dans sa lettre du 7 septembre , quil ne falloït pas se dissimuler que La ville du Cap ren-^ fermait un grand nombre de blancs mal-intentionnés , qui natiendoient que le moment du désordre , par Vespéranez d'améliorer leur sort par le pillage.

Que doit-on conclure de cet aveu , lorsqu'on voit le fait ci - après cité par le même M. Blanchelande , dans sa lettre en date du 29 septembre? il y dit^ quapûs avoir chassé les esclaves des habitations d'Agout et Galifey , on trouva beauc':>up

d'éfas sur les deux habitations , et que sur celle de d'^Agout ^ le pillage $en est mêlé^ comme cela se pratique.

Quels défenseurs avoient donc [les colons dans ceux qui les piiloient, en allant les secourir?

Comme cela se pratiqae , ajoute M. de Blanchelande. Jamais ces sortes de brigandages ne s'étoient encore commis dans les colonies; j'en appelle aux colons même; qu'ils disent si jamais îes hommes de couleur ont commis de pareils excès; quand ils éîoient appelés pour appaiser des révoltes d^esclaves 5 ou à les poursuivre dans îes bois 5 ne remettoient-ils pas exactement aux propriétaires des esclaves tout ce qu'ils saisissoient sur ces derniers !

Mais ces mots comme cela se pratique , de la lettre de M. de Blanchelande , expliquent tout ; ils servent à prouver , comme il a été dit ailleurs 5 que les blancs vagabonds qui se trouvoient alors dans la colonie au moment de la révolu^ tion, ont été encouragés par des factieux , à poursuivre 5 à piller et à égorger les hommes de couleur, sous le prétexte du préjugé , et que ce n'est que depuis cette époque malheureuse que l'on peut dire que le pillage se praîiquoit dans les colonies.

C 37 ) On vient de voir de quelle manière ces blancs

vagabonds se condiiisoient par rinstigation de ceux qui les dirigeoient. Je vais opposer à cette conduite celle qu'ont tenue les hommes de couleur 5 d'après ce qu'en a dit M. de Blanchelande , dans plusieurs de ses lettres au ministre. Il y avoué que les hommes de couleur ont, beaucoup plus que les blancs, contribué à répousser les révoltés ; que cette classe d'hommes est la seule propre à contenir et combattre les esclaves révoltés , et par conséquent , à maintenir la paix dans les colonies. Ces aveux sont arrachés à M. de Blanchelande par les services . signalés que les hommes de couleur ont rendu dans ces moment désastreux. ,

En effet , ils en ont rendus de grands. On les a vu , pour voler au secours de la colonie , oublier le ressentiment que de longues et cruelles persécutions avoient dû nécessairement produire dans leurs cœurs. On les a vu encore , pour détruire tous les soupçons qu'on avoit méchamment répandu sur leur fidélité , laisser en otage à leurs ennemis leurs femmes , leurs enfans et leurs propriétés, et aller s'exposer à la mort pour sauver la vie de ceux qui, si souvent, avoient attenté à la leur. Quelles plus grandes preuves de loyauté et de fidélité pouvoient ils donner }

( 38) Par ce récit fidèle 5 on voit combien les hommes

de couleur ont été calomniés, quand ils ont été

accusés de s'être rendus coupables de complicité

avec les esclaves. Mais ces calomnies , comme

je Fai dit ailleurs , avoi ent pour but , à S.-Domin-

gue 5 de rendre nulle la force réprimante des

hommes de couleur , et en France ^ d^arrêter

îa justice que l'assemblée nationale doit à une

classe d'homm.es qui fait la sûreté de la colonie*

On sait que c'est au Cap où la révolte à éclaté ; tout ce qui s'y éîoit passé avant devoit la produire ; c'est au Cap oiî les hommes de couleur avoient été le plus complètement désarmés; c'est au Cap où Ton avoit armé les esclaves contre les hommes de couleur ; c'est au Cap où il y avoir une si grande quantité de ces brio-ands d'Europe ^ si justemxnt suspectés d'être les fauteurs dé tous les genres de troubles ; c'est au Cap enfin où l'on avoit détruit le plusd'hommes de couleur , qui seuls pouvoient réprimer les soulèvemens d'esclaves.

On sait encore que dans les parties de l'ouest et du sud , où les hommes de couleur sont demeurés armés , on n'y a éprouvé aucun mouvement de la part des esclaves. On sait également, par les lettres de M. Blanchelande , que ce n'est que par le secours cks hommes de cou-

leur au Cap, et par leur jonction avec les blancs ,

qu'on a pu parvenir à arrêter la révolte.

D'après ces faits bien constatés , il en résulte , I^. que ce sont les hommes de couleur qui ont le plus contribué à rétablir l'ordre et à sauver les colonies ; que leur parfaite assimilation avec les blancs , ne peut nuire à la sûreté de la colonie , puisqu'au contraire elle vient dans ce moment de les garantir d'une subversion totale ; qu'en conséquence, les décrets de l'assemblée nationale qui produiront cette assimilation parfaite , seront les meilleurs pour les colonies ; que les décrets des 8 et 28 mars étoient les seuls qui, jusqu'à ce jour, étoient les plus propres à produire cet çffet; que le décret du 24 septembre est au contraire destructif pour les colonies , puisqu'il est diamétralement opposé au concordat qui les a sauvés. Ce décret du 24 septembre n'étoit propre qu'à perpétuer la division parmi les citoyens blancs et de cou leur , lorsque le salut de la colonie dépendoit au contraire de leur union la plus parfaite.

Enfin , ce décret du s.4 septembre n'a été arraché à l'assemblée constituante que par les faux exposés du rapporteur , qui , n'ayant aucune notion des colonies 5 nécrivoit que sous la

( 40 ) ^î^ée des colons , et dans le sens qu'ils desiroient.

Il Qst tiécessaire de relever les erreurs dans lesquelles le rapporteur du comité colonial a mis rassemblée constituante , afin d^éclairer celle-ci sur la grande question qui va être portée a la discussion.

M, Barnave a répété, dans tous ses rapports, d'après les colons , que si jamais les hommes de couleur étoient assimilés aux blancs^ les esclaves s& révoltcroienù et les colonies seroient perdues.

Le ton affirmatif du rapporteur a dû nécessairement décider rassemblée à ne point assi* miler les hommes de couleur aux blancs , dans la crainte de voir se réaliser cette fausse prophétie,

Mai§ aujourd'hui que l'expérience a prouvé que les colonies n'ont pu être sauvées que par l'assimilation parfaite des deux classes , opérée par le concordat du 1 1 septembre ; l'assemblée nationale actuelle qui voit , par expérience , que ce qui étoit annoncé devoir perdre les colonies , les a au contraire sauvées, rectifiera les erreurs où avoit été entraînée l'assemblée constituante , et retirera îe décret du 24 septembre , puisqu'en ce point il est contraire à la sûreté des colonies.

Quand M. Barnave, dans son dernier rapport, annonçoit comme une vérité dont il avoit des preuves , que les homims de couleur du Pon-au^ Prince^ à la nouvelle du décret du /^ mai ^ s'étaient assemblés , pour déclarer qu'ils renonçoient au béni- Jices du décret ; l'assemblée a dû croire à son rapporteur et retirer le décret du 1 5; mai , puisqu'il paroissoit déplaire aux blancs et aux hommes de couleur.

Mais aujourd'hui que l'assemblée nationale n'ignore pas que c'est au contraire au Port-au- Prince où les hommes de couleur ont , de concert avec les blancs propriétaires , réclamé l'exécution du décret du 1 5 mai , elle doit ratifier le concordat, et en faiie la base de son décret sur les colonies, avec d'autant plus de raison, 1°. que les arrêtés de l'assemblée coloniale y tendoient , comrne à une mesure qui devoir sauver les colonies ; 2^. que ce concordat prouve que les hommes de couleur n'ont jamais repoussé le décret du 15 mai ; 3^ que la réunion qu'il a opérée des deux classes , a sauvé les parties de Fouest et du sud des fléaux qui ont désolé celles du Cap.

M. Barnave , dans son rapport, présentoit à l'assemblée nationale la classe àes hommes de couleur comme faisant une si petite partie de la population ùqs colonies, qu'il ne falloie pas ^

dlsoit-îl 9 pour environ 6 à Gooo quils sont dans toutes les colonies , Jeplairc aux blancs , qui forment la plus grande population.

L'assemblée , égarée par cette erreur , a pu croire qu'il étoit de la politique d'abandonner cette petite partie de la population des colonies, qui ne donnoit tout au plus, pour chacune d'elle , qu'environ mille personnes.

Mais aujourd'hui que rassemblée est assurée qu'à Saint-Domingue seul , il y a plus de 3 5 mille personnes de couleur, et jque cette partie de population, qui tient véritablement au sol, est beaucoup plus considérable que la population blanche, dont plus delà moitié des individus ne tiennent point au sol, ni par leur indigénat , ni par des propriétés; l'assemblée nationale, dis-je, ne sera pas injuste au point de sacrifier au caprice de la plus petite partie de population , la population des hommes de couleur qui, sous différens rapports , forment la vraie force des colonies , et ce qui doit les lier plus étroitement à la mère -patrie par les bienfaits qu'ils en vont recevoir.

M. Barnave avoit aussi annoncé, dans son rai^Dort, au'à l'arrivée du décret du 15 mai à Saint-Domingue , les deux partis àç:^ {jiancs , divisés dans les colonies , s'étoient réunis pour

i AAi -^-. - •-

C 43 ) ^ repousser le décret. Cette manière vague de présenter cette réunion , a fait croire à rassemblée constituante que tous les habitans blancs de la colonie s'étoient réunis pour rejetter le décret. Le fait est que quelques factieux de la ville du Cap, et les blancs vagabonds qui étoient à leur disposition , ont forcé M. Blanchelande d'écrire sa première lettre , sur laquelle M. Barnave s'est appuyé pour son rapport.

Mais aujourd'hui l'assemblée nationale , instruite de toutes les intrigues des colons , instruite encore que le concordat est maintenu par tous les propriétaires des parties de l'ouest et du sud, verra que tous les colons ne s'étoient pas réunis pour faire révoquer le décret du 1 5 mai , comme Tavoit avancé M. Barnave , et que par conséquent le fatal décret a été surpris à la religion de l'assemblée constituante.

On doit voir aujourd'hui , par les effets qu'a produit le décret du 24 septembre , quel fut l'esprit de perfidie qui le fît rendre. Les Maury^ Clcrmont " Tonnerre , et toute la phalange ÙQS non assermentés , avec quelques factieux qui avoient joué les rôles de patriotes , et qui , sur la fin de la législature , furent démasqués , attendoient la contre-révolution des t^^ts de ce

décret , et la perte de la colonie ; ils espéroîent, par ce décret , la faire passer t©ut naturellement au pouvoir du roi d'Espagne, puisqu'on n'avoit pu réussir à l'indépendance, ou à la donner aux Ânglois. Voici leurs combinaisons^Déià , disoient- £ls 5 les hommes de couleur connoissoient le décret du 1 5 mai ; quand ils apprendront que celui du 24 septembre le détruit , rien ne pourra contenir leur indignation contre cette assemblée nationale et contre cette constitution de qui ils attendoient tout. Ils voudront y renoncer ; et conseillés par des hommes apostésj exprès , qui leur feront voir que l'ancien régime valoit mieux pour eux , on pourra d'abord les engager à rétablir les anciens pouvoirs ; et pendant les troubles intérieurs de la France , et la guerre qu'elle ne peut éviter avec toutes les puiss|nces , les Espagnols se présenteront avec les troupes qui y sont déjà passées ; ils diront aux hommes de couleur: notre régime ne connoît point le préjugé dont vous vous plaignez ; vous voyez que la France vous abandonne , abandonnez-la aussi, devenez Espagnols et nous allons, joints avec vous, vous débarrrasser de ces petits blancs qui , depuis la révolution, vous font éprouver et accumulent sur vos têtes tant de malheurs.

Tai déjà obsevé que la politique des colons avoit toujours été de calomnier les hommes de couleur auprès de l'assemblée nationale , afin que sa justice ne s'étendît pas sur eux. Après les avoir dépeints comme des assasins ; après avoir cherché à persuader que c'étoit eux qui avoient incendié le Port-au-Prince ; enfin, après avoir épuisé tous les genres de calomnie , ils les accusent aujourd'hui d'avoir opéré à S.-Domingue la contre-révolution ; que déjà ils ont arboré la cocarde blanche ; qu'ils ont mis à leur tête des contre -révolutionnaires , et enfin , rétabli l'ancien

régime.

Il manquoit aux colons blancs de se donner le ridicule d'une pareille calomnie , pour se faire connoitre entièrement. Pourra-t-on jamais se persuader que des hommes qui vivoient sous le joug le plus despotique, sans cesse en butte à toutes sortes de vexations , continuellement victimes d'un préjugé si dégradant, qu'il les pbçoient entre l'homme et la brute ; pourra-t-on se persuader , dis- je , que ces hommes rejètent une constitution qui assure à tous leur existence , leurs propriétés et l'égalité des droits ? Non , sans doute, on ne peut croire à un pareil excès de démence.

iMais , me dira - 1 -on , les faits existent ; les

hommes de couleur ont détruit les municipalités f

ils ont remis à leur place les anciens agens du

pouvoir arbitraire; ces agens sont ûqs contre"

révolutionnaires ; enfin, ils en portent les signes;

la cocarde blanche est portée par les hommes de

couleur.

Qui assure que ces faits existent ? Les colons bîaacs ? Mais on sait combien de fois déjà ils ont été convaincus de mensçnge. A-t-on oublié toutes leurs calomnies costre la société des Noirs, dont ils ne parlent plus aujourd'hui , parce que tout est connu ? A-t-on oublié le faux décret du 17 septembre, envoyé dans les colonies pour laire égorger M. Mauduit? A-t-on pu oublier enfin tout ce dont ils se sont rendus coupables pour arriver à l'indépendance à laquelle ils visent 5 et à laquelle ils n'ont pas renoncé ? Ahi si Ton n'a pu oublier toutes leurs manœuvres , on doit se défier avec raison de tout ce qui vient d'eux , et on doit présumer que les faits qu'ils présentent aujourd'hui comme réels, sont au moins défigurés; car leur grand talent est de tout embrouiller pour cacher toutes leurs manœuvres et se donner encore Fair d'aimer notre révolution , eux qui la détestent si cordialement.

11 me semble qu'il y a un moyen bien simple

(47) de juger lesquels des colons blancs on de couleur doivent être les plus partisans de notre révolution. Deux questions suffiront pour en juger. Que perdent les hommes de couleur à la révolution ? Rien ; ils y gagnent , tout au contraire 5 l'abolition d'un préjugé qui leur attiroit des vexations infinies de tous les genres, et qui les exposoient à chaque instant à voir et leur vie et leurs fortunes ravies parle premier blanc. ( l ) Comment les hommes de couleur pourroient-ils rejetter une constitution qui , en les délivrant d'une pareille loi , les feroit rentrer dans les droits imprescriptibles de l'homme? Quant aux loix qui doivent naitre de la constitution d\m peuple libre, concernant l'acquittement des dettes et la conservation des propriétés , les hommes de couleur n'ont point à les appréhender ; au contraire , leurs propriétés sont liquidées , et ils ont de grandes et de nombreuses réclamations à faire

(i) Sous l'anciea régime , un homme de couleur qui , frappé par un bîanc , vouloit se défendre , croie condamné à la mort. Voyez les considérations sur Saint-Domingue^ par Illiard d'Auberteuil ,.tGme ïï , page 72 et suivantes. Qubn ne croye pas ccrte coutume barbare soit sans exemple j les seuls arrêts de mort qi.ij existent contre les hommes de couleur iib'xs , n'ont pas d'autres motifs ; qu on consulte les registres des greffes des colonies.

(48) sur celles qui leur ont été ravies par fraude et par violence.

Que perdent les colons blancs par notre constitution ? Tout ce que Taristocratie regrette le plus , tout ce qui flatte Forgueil ; les distinctions de rang et de naissance, le pouvoir arbitraire qu'ils s'étoient arrogé sur les vies et les propriétés ÛQS hommes de couleur ; enfin ils perdent l'espoir de retenir impunément le bien de leurs créanciers, et celui de devenir tous nobles ^ ainsi qu'ils le demandoient dans leur prem^ier cahier de doléances , qui n'a pas été connu en France , et qui a pensé faire pendre au Cap ceux qui Tavoient lédigé.

Qu'on juge maintenant quels sont, des colons blancs ou de couleur , ceux qui sont le plus attachés à notre constitution. En supposant vrais les faits par lesquels les colons blancs veulent persuader que les hommes de couleur ont fait la contre-révolution à S. Domiingue , comme la destruction de toutes les municipalités , le rétabUssement àes anciens commiandans , la décoration du ponpon blanc ; en supposant , dis-je , tous ces faits vrais , on ne doit pas en conclure que les hommes de couleur ayent voulu opérer la contre-révolution dans le sens qu'on Fentend en France. Il est vrai cependant qu'ils en ont fait

une

une à S.-Domingue, mais c'est la contre-révolution de la révolution que vouloient y fafrc les colons ; ce qui est un peu différent d'une vévitable contre-révolution.

Notre constitution a renversé tous les préjugés; et les colons blancs vouloient conserverie plus absurde de tous , celui de la coulenr; notre constitution a anéanti tous ks pouvoirs arbitraires pour faire régner à leur place des îoix dictées par la justice, Thumaînté et la philosophie: les colons blancs au contraire vouloient conserver le pouvoir le plus arbitraire et le phîs absolu sur les hommes de couleur libres ; ils vouloient les assujettir à des Ioix dictées par leurs caprices, leurs intérêts et leur ignorance.

Notre constitution donne à tous les hommes^ un égal droit à la protection de la loi, à laquelle tous les hommes doivent obéir sans distinction ; les colons vouloient des Ioix particulières pour eux , et faire obéir les hommes de couleur^ à celles quils vouloient avoir le droit de leur* donner.

Notre constitution appelle tous les hommes indistinctement à la jouissance de leurs droits sacrés , et aux avantages qui en résultent ; les colons vouloient en jouir exclusivement, et en priver les hommes de couleur.

Notre constitution exige de tous les François le serment d'être fidèles à la loi , à la nation et au roi } les colons blancs vouîoîent exiger des hommes de couleur qu ils y ajoutassent soumis* sion avm^(- pour eux : enfin les colons blancs vou« loient une révolution pour eux et àleur maaière ; ils Vouloient qu elle écrasât les hommes de cou» leur, et quelle rendit leur sort infiniment plus dur qu'il ne Favoit jamais été ; ils vouloient qu elle, leur donnât les moyens de les tenir sous leur do mination, et qu'ils ne fussent que àes automates ààïïs leurs mains , qu'ils auroient dirigés selon leurs caprices. "

Telle est la révolution que les colôîïs blancs vouloient opérer 5 et que les hommes de couleur ont renversée ; et c'est parce qu'ils ont empêché une aussi monstrueuse révolution de s'opérer ,' qu'on les accuse d'avoir fait la contre -révolution.

Quiconque a suivi la marche des affaires des colonies 9 aura dû s'apercevoir du soin qu'ont toujours pris les; colons d'accuser les hommes de couleur de tous les troubles des colonies et 'de tous Tes malheurs qui les' ont suivis. G est ainsi qu'avant et depuis Thorrible catastrophe du malheureux Cgé, on ne cessoit, çle répandre que les hommes de couleur a voient des projets perfides 3 lorsque ces malheureux étoienî poursuivis

( îO

par-tout et égorgés impitoyablement (i). Cest ainsi que, lors de la révolte des esclaves, les hommes de couleur furent encore accusés d'en être les auteurs ; cependant aucun des révoltés pris ou arrêtés ne les ont chargés; et M. de Blanchelande lui-même, qui, par imprudence , par foiblesse ou par crainte , souilloit sa correspondance de ces accusations , les démentoient ensuite dans ces mêmes correspondances , en y avouant ingénument que les hommes de couleur étoient ceux sur lesquels on pouvoit le plus compter, et

C I ) Si Ton suie attentivement b conespQndance de M. Blanchelande , on y verra que vérirablement la saine politique exige qu'on fasse jouir les homiries de couleur de leurs droits. Par les aveux que les circcnsrances le forcent à faire, il avoue, dans plusieurs de ses lettres, que les hommes ce couleur , par leur force et par Thabisude de la fatigue qu'ils ne craignent point , sont seuls propres à contenir les esclaves; dans d'autres , qu'il y a beaucoup à craindre qu'en mécontentant les hommes de couleur , ils peuvent perdre la colonie ; dans d'autres , que les blancs sont incapables, par leur mollesse, de combattre les esclaves , dans d'autres enfin , qae les asclaves ne ctaignenc rien tant que les hommes de couleur, parce qu'ilssavent qu'eux seuls peuvert les combattre avec avantage. Or, je demande si, en faisant tous ces aveux, ce n'est pas convenir tacitement que la politique s'accorde avec les principes, la justice et l'humanité» pour faire jouir ies hommes de couleur libres des droits de citoyens»

ceux qui avoient poursuivis les révoltés avec le plus d avantage (i). C'est ainsi encore qu aux premières nouvelles de Fincendie du Port-au-Prince, on disoit que les hommes de couleur en étoient les auteurs , lorsqu'il est prouvé aujourd'hui, par toutes les relations , qu'il n'y en avoir pas un dans cette ville au moment de cet événement désastreux ; lorsqu'il est encore prouvé que ce sont ces blancs vagabonds, connus aujourd'hui sous le nom de brigands ^ qui s'en sont rendus coupables. C'est ainsi qu'aujourd'hui on vieiit ajouter a toutes ces accusations la plus absurde, celle d'avoir opéré la contre-révolution , en accusant sans cesse les hommes de couleur: les colons blancs redoublent d'intrigue pour empêcher la vérité de parvenir ici et d'éclairer toutes leurs souides manœuvres ; et pour mieux y réussir, ils exercent ime tyrannie incroyable dans les colonies ; peu

(i ) Cela est si vL-ai , que les assemblées coloniales et provinciales ont , plusieurs rois , fait des proclamations pour les mctrre sous leur sauve-garde , parce qu'elles craignoient de les voir se po» ter au désespoir ^ et la pruve , au contraire, que les honmies de couleur n'ont jamais commis contre les Blancs les crimes qu'on leur supposent, c'est que jamais les mêmes assemblées n'ont été obligées de prendre les blancs ■sous leur siuve-garde , pour les sauver de la fureur des hommes de couleur.

de lettres en partent sans être ouvertes , et aucune de celles qui pourroient jetter un jour sur ce qu ils cherchent à cacher , ne parviennent ici; mais en revanche , celles de leurs agens abondent, où tous les faits qui se passent dans les colonies y sont déguisés et racontés à leur avantage. Voilà pourquoi le comité colonial , oii toutes ces fausses nouvelles sont portées par les colons qui n'en désemparent pas, donnent toujours dans ses rapports comme des vérités , tous les mensonges que les colons y ont fait parvenir.

On doit cependant espérer , grâce à Texcès de la tyrannie exercée par les colons blancs a Sr.-Domingue, d'être éclairé sur tous les faits qui se sont passés : M. Gatereau, citoyen de St.-Domingue , et rédacteur du Courier du Cap, qui a été enlevé de chez lui et embarqué pour France , par Tordre le plus arbitraire , a déjà dévoilé , dans sa pétition à rassemblée nationale , ime partie des faits et àes causes des troubles de Saint-Domingue ; il a pris l'engagement d'en dévoiler toute la trame dans un ouvrage qui va paroitre incessamment. M. Bore, autre citoyen de St. -Domingue , également em.barqué de la manière la plus cruelle et par Tordre le plus arbitraire , a paru à la barre de Tassembiée nationale ; il a pris aussi Tengagement de dévoiler ies^ causes d^s troubles qui dévastent cette co-

îonie. Ces deux citoyens ne peuvent être suspects; ils ont été témoins, Fun dans la. partie dtî nord, l'autre dans la partie du sud , de toutes les menées des colons et de leurs soites funestes ; et ils ne sont devenus les victimes des factieux àes colonies 5 que parce qu'ils ont osé parler €t agir contre leurs proiets perndes.

C'est ainsi que , par des actes arbitraires et de violence , les factieux et les brigands qui les secondent, imposent silence aux bons citoyens à Sî.-Domingue, qu'ils y sont réduits à gémir et à se taire , dans la crainte de voir , ou leur vie exposée 5 ou leurs propriétés ravagées , ou enfin d'être forcé de les abandonner.

Comment donc faire pour connoitre la vérité? I! fliut entendre MM. Gaîereau et Eoré, victimes tous deux des coloas factieux, contre lesquels ils viennent demander justice à la nation : il faut que le comité colonial, oiiiîs ont été renvoyé tous les deux, fasse le rapport de tout ce qu'ils ont déposé.

MM. Gatereau et Bore étoient coupables ou innocens ; s'ils étoient coupables et qu'ils eussent mérité ks traitemens cruels qu'ils ont éprouvés, les plaintes ou les procédures dîr'^gées contre €ux seroient parvenues ici ; mais puisque rien ne paroit, ils sont innocens ; par conséquent ilsdoivent être entendus, crus et vengés j avec tous

les bons citoyens de Saiui-Domingue, qui gémissent et se taisent, crainte d'éprouver leur sort.

Un mot encore sur les fausses nouvelles que les colons font passer au comité colonial. Les dernii^res qu'ils y ont fait parvenir, annoncent qu'aux Cay es , dans la partie dû sud, les hommes de couleur, joints avec les esclaves, y avoient massacré tous les blancs.

Voici le fait. Les commissaires , sollicités par rassemblée coloniale de faire désarmer les hommes de couleur dans la partie du sud , malgré les articles du concordat passé dans toute la colonie, et malgré le traité de paix qui Fa suiyi; les commissaires, dis-je^ ont fait une proclamation appuyée par rassemblée provinciale du sud , pour armer les esclaves contre les hommes de couleur; mais à peine furent-ils armés, qu'ils tournent contre les blancs les armes qu'ils venoient d'en. recevoir, et leur font payer cher leur imprudence; et dans ce moment-ci , pour la troisième fois , les blancs , d'accord avec les hommes de couleur , sont occupés à désarmer les esclaves , et un troisième concordat est encore passé dans la partie du sud.

"De l'imprimerie du Patriote ï^ançôis.

Place du Théâtre Italien.

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