ET DES DIFFÉRENTES CAUSES QUI LES ONT PRODUITS
J-^ES hommes de couleur libres sont propriétaires dans les colonies, ils y payent les contributions ; ces qualités leur donnent le droit d'être entendus, dans un moment oii îes troubles déchirent la colonie de Saint-Domingue, et la menacent d'une ruine prochaine.
Ces troubles tiennent à des causes qu'on a toujours cherché à cacher , en éloignant tous ceux qui en pouvoient dévoiler la trame ; et \qs citoyens de couleur, véritablement attachés aux colonies, et leur vrai soutien, n'ont encore pu se faire entendre , par \q^s soins coupables de quelques intrigans qui en sont le plus grand fléau.
Les citoyens de couleur forment plus de la moitié de la population libre de la colonie ; ils
possèdent la moitié des terres et le tiers ûqs hommes qui les cultivent ; ils ne partagent pas avec les colons blancs leur dette énorme.
A ces titres, les hommes de couleur dévoient avoir des représentans à rassemblée constituante^ sui-iout parce qu'ils étoient ceux qui avoient le plas à se plaindre , non-seulement de Tarbitraire des agens du pouvoir , mais encore du despotisme le plus cruel que les colons blancs exerçoieot sur eux.
Ce despotisme et les vexations qui en résultoient étoient si insupportables aux hommes de couleur , que bien long-temps avant Fépoque de notre régénération, j'avois été chargé, par mes concitoyens de couleur, de venir réclamer auprès du ministre de la marine , pour mettre une fm à tant d'humiliations , d'injustices et de cruautés.
Les faits que je détaillois alors, et dont je doniiois les preuves les plus authentiques, détermi- 'îièrent le ministre à demander aux administrateurs des colonies des moyens pour faire cesser le despotisme de la couleur, et pour réintégrer les hommes libres de couleur dans les droits que leur accordoit Fédit de 1685.
Les choses étoient en cet état lorsqu en 1789 l'assemblée nationale se forma. Les colons blancs
résidans à Paris , crurent que , sans aucun pouvoir de leurs concitoyens , ils pourroient se taire reconnoître comme représenians des colonies, et entrer comme leur député à rassemblée nationale.
En conséquence , ils se firent élire par les colons qui étoient à Paris ; et munis de ces pou-r voirs illégaux , ils se présentèrent au nombre de vingt députés pour la colonie seule de Saint^ Domingue. ^ :' o
M. de Mirabeau , en combattant leurs prêtent lions sur un nombre aussi considérable de re** présentais pour Saint-Domingue, leur observa qu'il existoit une classe de citoyens qu ils ne pou voient représenter , puisqu'elle a voit ellemême les plus vives réclamations à faire contre eux ; qu'en conséquence il falloit leur réserver un nombre égal de représentans , parce que cettQ classe étoit en nombre égal de celle de^ blancs. * v
Ces observations de Mirabeau firent entrevoir aux colons qu'il seroit possible que les hommes de couleur vinssent effectivement se présenter à l'assemblée nationale , et qu'alors ils fissent conikoïtre aux représentans de la natiort toutes les vexa-^ tions et la tyrannie des colons blancs à leur égard ; et pour écarter toutes les réclamations qui pourroient venir de Saint-Domingue , de la part
C 6 ) cles hommes de couleur , les colons blancs députés imaginèrent de répandre Talarme dans cette ïolonie , afin d'y retenir tous les habitans , et sur tout les hommes de couleur ; pour cela, ils écrivirent cette lettre perfide du il août 1789, ■adressée à leurs coîumettans.
le suis obligé de remonter à cette époque, parce quelle est la source de tous les troubles des colonies. Je dois être nécessairement long, ■piîi^ue failbemicoup de choses de détail à dé- •<a"îrebi©-prîe donc le lecreur d'avoir la patience jd^:me liî;e.,.et de rindulgence pour n.on style, ;quir n'est que eeH'i',de la nature.
<; ^^e*l2;raciit /789*,;k Réputation de Saint-Doîningue:écDvit-à sescomme^tans la lettre que je -s^msx^TJMQX ici; età'icette époque ,/il ny avoit auçiiae .rét44niation)à;l'ass€mblé^e nationale de la part désiiQ^tmes de;C-ouleur.:Je i3ne le lecteur de vC'uloir se rappeler ce fait. .^i,^i
Lettres ties Jéfutef^'àe Saint-Domingue à '^làirs
-ri-'I .^ T .' ' .Ve-saillès, le 12 aoûc 1789.
■^.-:«La-^colonie, messieurs , est dans un double d^ager également pressant. Danger ati dehors ; que.' vculmt: ces vaisseaux ^ que les papiers publics nous apprennent être sortis de l'Angleterre ? Dan^ gcrjaù-dîdans ; on ckcrdis à sculever nos nh'gres»
( 7 ) Nous voyons et nous mesurons avec effroi Vim et Faiitre de ces dangers ; mais principalement U dernier est vraimcTit d'une nature à nous causer les-plus Jiorrihles inquiéuidcs ; nous le voyons, et nous sommes forces de nous taire : on est ivre de Iwerte. Messieurs , une société d'enthousiastes , qui ont pris ie titre à'amis des noirs, écrit ouvertement contre nous; elle épie le moment favorable det faire explosion contre l'esclavage: il suiTiroit peut-, être <^ue nous eussions le malheur de prononcer le mot, pour qu'on saisit ioccajjon de demander TafFranchissement de nos nègres. La crainte que nous en avons nous réduit ma^ gré nous au silence : le moment ne seroit pas fcworahle pour engager rassemblée nationale à entrer dans nos mesures^ pour nous 'garantir du dangzr qui nous menace. Le péril est grand, il est prochain; veillons à notre sûreté; mais velîlons-y avec prudence. C'est ici qu'on a besoin de toire r^a tête : ne ri-veillons pas V ennemi^ maïs ne noi«s laissons pas surprendre. Vedlcz, encore \.mt fois, veill-^z ^; car l'assemblée nationale ^iX trop occupée de Tintériei-r du ro^aum.e pour pouvoir songer à nous. Prenez les mesures que votre sa^^esse vous dictera : observez bien les personnes et les choses ; ^//c/2 arrête les g^ns suspects, quon saisisse les écrits ou le motPnêm; de liberté c'i//?ra-;-c?/7i:J; redoublez la garde
(8) sur vos habitations , dans les villes , dans les bourgs ; par-tout attachons les gens de couleur libres 5 méfiez-vous de ceux qui vont vous arriver à' Europe. Cest un de vos plus grands malheurs quon naît pas pu , dans uue circonstance aussi critique , empêcher rembarquement des gens de couleur qui. éwient en France ; nous Tavons demandé au ministre , l'esprit du jour s oppose sur ce point à nos désirs : empêcher , sur notre demande même, rembarquement àts esclaves , seroit regardé comme im acte de violence qu on dénonceroit à la nation.
Courage , chers compatriotes î ne vous laissez pomt abattre; nous continuerons de faire sentinelle pour vous: c'est tout ce que nous pouvons dans le moment présent ; le temps viendra sûrement oii nous pourrons faire mieux. Il faut laisser refroidir Us esprits ; cette crise ne durera pas : comptei sur nous, »
Cette lettre perfide, parla fausse alarm.e qu'elle donnoit , devoit nécessairement m.ettre en mouvement toute la colonie , l'armer et y retenir tous sesbabitans, sur-tout les hommes de couleur, de qui on redoutoit les dépositions. Aussi les mots suivans , par^tout attachons les gens de couleur , n'étoient que de nouvelles chaînes qu'on conseilloit de leur donner; et ces autres^ mèfie^^vom de
(9) ceux qui vont vous arriver d Euro pc\ que pour jettér ^Qs soupçons sur ceux qui auroierit pu aller éclairer leurs frères. Pour cela il fallcit un prétexte pour les accuser de projets perlides, et leur faire subir impunément toutes les horreurs que je vais retracer ici.
Mais M. Gérard, collègue des députés colons, et qui n'étoit pas initié dans leurs projets , se récria beaucoup sur cette lettre ; il leur fît envisager les dangers réels où elle pouvoit entraîner la colonie , et il refusa de la signer. Mais pour avoir sa signature, qui leur éîoit nécessaire, puisqu'il étoit le seul député élu à Saint-Domingue, ils consentirent de lui laisser mQttxQlQ post-scriptum suivant, qui paroissoit à M. Gérard un correctif à tout ce qu'il y avoit de perfide dans cette lettre.
Voici ce post-scrip tum,
« Il Qst possible, et mêw^c probable ^ que Us hruits alarmans qui se sont répandus^ et qui font la matière de cette lettre , ne soient pas fondés ; et, dans ce cas , il seroit fâcheux que cela fît une sensation trop forte dans la colonie , qui , indépendamment des craintes qu'elle inspireroit, pourroit peut-être donner lieu à des dangers plus réels. C'est à vous, messieurs, à agir avec la circons-^ pection et la prudence que votre sagesse vous suggérera : mais nous pensons qu'une sécurité
( îo ) dangereuse ne doit pas non pins vous empêcher
- d'avoir les yeiui ouverts sur i^inet que pouri-a produire dans les colonies la fermentation qui règne dans le royaume, et que vous ne devez négliger aucunes précautions , aucuns soins , poîir maintenir Tordre , la paîx eî la subordination
, dans votre seio ; et il nous semble que le meille::,r
■ moyen à employer pour assurer dans to-is les
■ tzmps le repos et C existence daiis la colonie , . cest d\iWici tonner à votre cause la classe des gens de
■ muUur, \\s ne demandent sûrement ^'ê.s mieux que :de confondre leurs inîérêrs avec les vôtres , et de s'employer avec zèle pour la siire'''é commune. // itest donc question- ^ dx votre part ^ que d'être
justes envers eux , et de l:s traiter toujours de mieux en mieux. Nous regardons cette, espèce comme le v:ai boulevard de la sîtritc de la colonie. Vous pou- ■rc:^ les assurer que . vos députés , qui sont aussi les leurs, semvhyeront avec zhlc autres de rassemblée ■nationale pour V amélioration de leur sort , et pour leur procurer la juste considération qui est due à tout citoyen qui se comporte honnêtement, »
Mais, en Idèissîini ^ubûstàvce post-scripturn ^ jes antres députés se promirent bien de le rendre nul p.ir leurs lettres particulières, qui expîiqueroieîit à des personnes aidées tout ce