‹ Vérité;Chapitre 18 sur 21 · VÉR[T · texte numérisé non relu

VÉR[T

La ferme des Âmettes, que Léon Savin habitait^ se trouvait de l'autre cOtë de Maillebois, el ils durent justement traverser le nouveau quartier, la place on tlaît le square ouvert récemment. Aussi s'arrétèrent-ils un instant devant le terrain choisi par Tarchitecte, pour y élever la maison projetée.

— Vous voyez, toutes les meilleures conditions y sonl réunies...

11 s'interrompit, en voyant venir un gros homme, l'air souriant.

— Tiens! mon oncle Charles... N'est-ce pas? mon oncle, que le jour où nous bâtirons ici la maison dont je l'ai parlé, pour Simon le martyr, tu te chargeras de la serrurerie, au pris coûtant?

— Oui, tout de même, mon garçon, si ca peut t'étrc agréable... Et je le ferai aussi pour vous, monsieur Froment, car j'ai le remords de vous avoir tait souvent enrager autrefois.

Charles, après avoir épousé Marlhe Dupuis, la fille de son patron, dirigeait depuis longtemps l'entreprise de son beau-père. Il avait un grand fils, Marcel, de l'âge d'Adrien, marié à la fille d'un menuisier, Laure Dumont, el qui lui-même s'était fait entrepreneur de charpentes.

— Je vais chez ton père, continua-t-il, en s'adressant à son neveu. J'y ai rendez-vous avec Marcel, pour des Iravaux. Accompagne-moi donc, puisque lu as aussi du travail à leur donner... El venez avec nous, monsieur Froment, cela vous fera plaisir de vous retrouver au milieu de vos anciens élèves.

11 plaisantait, il sembla ravi, lorsque Marc s'écria, en riant :

— C'est vrai, le plus grand plaisir... On établira les devis.

— Oh ! les devis, dit Adrien, nous n'en sommes pas là.

«Ti LES QUATRE £VAMGILES

El puis, mon père n'est pas parmi les enthousiastes... Ça

ne fait rien, je veux bien monter le''^voir.

Auguste Doloir, grkce à l'amitié de l'ancien maire Darras, était également devenu un petit entrepreneur de maçonnerie. Après la mort de son père, il avait pris sa mère chez lui; et, depuisla démolition de la rue l'laisir,il occupait, sur l'avenue nouvelle, un rez-de-chaussée, pre- ■ cédé d'une vaste cour, où il déposait des matériaux. Le logement était très propre, très sain, inondé de soleil.

Lorsque Marc se trouva là, dans une claire salle â manger, en présence de madame Doloir, la mère, il y eut de nouveau en lui tout un réveil des vieux souvenirs. Elle était âgée de soixante-neuf ans, elle avait toujours son air raisonnable de bonne ménagère, conservatrice d'instinct, ne permettant pas â son homme ni à ses enfants de se compromettre dans la politique. Harc le revoyait aussi, le maçon Doloir, le grand gaillard blond, l'ouvrier ignorant, gâté par la caserne, brave honime, mais hanté d'histoires imbéciles, l'armée désorganisée par les sans-patrie, la France vendue à l'étranger par les juifs. Un jour, on l'avait rapporté mort sur une civière, tombé d'un échafaudage; et il semblait bien, ce jour-là, qu'il avait dû boire ; mais madame Doloir n'avait jamais voulu en convenir, parce qu'elle était de celles qui n'avouent pas les fautes des leurs. Quand elle aperçut Marc, elle lui dit tout de suite :

— Ah ! monsieur Froment, nons ne sommes plus jeunes, nous voilà de vieilles connaissances... Hon Auguste, et mon Charles n'avaient pas plus de huit et six ans, quand je vous ai vu pour la première fois.

^ Parfaitement, madame... J'étais allé vous demander, au nom de mon camarade Simon, de laisser vos enfants dire la vérité, si on les interrogeait.

A tant d'années de distance, elle redevint brusquement grave et déliante, elle répondit :

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