‹ Vérité;Chapitre 8 sur 21 · T£RIT · texte numérisé non relu

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du pays, où la religion remporte de si beaux 'triompbes. El vous auriez une situalion impossible, avec vos idées , révolutionnaires, vous seriez bienlAt en guerre avec toute la population.

— Eh bien! je serais en^gueire. Il faut malheureusement se battre pour être victorieux un jour.

Alors, elle commença à se Rkcher.

— Ne dites donc pas de sottises! Toujours, votre orgueil, votre révolte contre Dieu! Vous n'êtes qu'un grain de sable, mon pauvre garçon, tous me faites pitié, quand vous vous croyez assez fort pour vaincre, dans une lutte où les hommes et le ciel vous écraseront.

— Ce n'esl pas moi qui suis fort, c'est la raison, et c'est la vérité.

— Oui, je sais... Et puis, peu importe. Vous m'entendez, je ne veux pas que vous veniez ici comme instituteur, parce que je liens à ma tranquillité, à mon honorabilité, parce que ce serait pour moi trop de douleur et trop de honte, de voir, à ma porte, notre Geneviève, la femme d'un homme sans Dieu et sans patrie, qui ferait le scandale de toutes les Ames pieuses... Je vous dis que c'est fou. Vous allez refuser.

Désespérée de cette brusque querelle, madame Berthfrreau baissait le nez sur sa broderie, pour ne pas avoir à intervenir. Toute droite, Geneviève était très pâle, tenant par la main la petite Louise, qui, prise de peur, se cachait le visage dans aa jupe. Et, bien résolu à rester ealme, Marc répondait avec douceur, sans élever la voix.

— Non, dit-il', je ne puis refuser. Ma décision est prise, et j'ai tenu à vous la communiquer, simplement.

Du coup, madame Duparque perdit toute mesure, dana l'immobilité où son accès de goutte la maintenait. Perlonne ne lui résistait, elle s'exaspérait de se briser 1 cette volonté tranquille. £t ce qu'elle n'aurait pas voulu dire,

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ce doDt il était convenu qu'on ne parlerait jamais chez

elle lui échappa, en un ilol de terrible colère.

— Allons, dites tout, avouez, vous ne venez ici que pour vous occuper sur place de cette abominable affaire Simon Oui, vous êtes avec ces ignobles juifs, vous rêvez de remuer encore celte ordure, de trouver quelque innocent pour l'envoyer là-bas, au bagne, à la place de votre immonde assassin, si justement condamné. El cet innocent n'est-ce pas? vous vous entêtez à le chercher parmi les plus dignes des serviteurs de Dieu... Avouez, avouez donc !

Marc ne put s'empêcher de sourire ; car, 11 le sentait bien il n y avait, au fond des colères dont on le poursuivait que l'alTaire Simon, la terreur de la lui voir reprendre de le voir atteindre enfin le véritable coupable. Derrière madame Duparque, il devinait son directeur, le - père Crabot ; et tout l'effort pour l'empêcher de mener campagne à Maillebois, venait de là, de la volonté biea arrêtée de n'y plus tolérer un instituteur qui De serait pas dans les mains de la congrégation.

— Mais certainement, répondit-il de son air paisible» je suis toujours convaincu de l'innocence de mon camarade Simon, et je ferai tout au monde pour la faire éclater.

Madame Duparque se tourna violemment vers madame Bertbereau, puis vers Geneviève.

— Vous entendez, et vous ne dites rien ! Notre nom va être mêlé à cette campagne d'ignominie. On verra notre fille dans le camp des ennemis de la société et de la religion... Voyons, voyons ! toi qui es sa mère, dis-lui donc que c'est impossible, qu'elle doit empêcher cette infamie, pour son honneur, pour le nôtre à tous !

Elle s'adressait à madame Bertbereau, dont les mains tremblantes venaient de laisseréchapper la broderie, dans son effarement d'une telle querelle. Elle resta un instant

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mnetle, ayant peine à sortir de l'effacement morose où elle rivait d'babitude. Puis, se décidant :

— Ta grand'mËre a raison, ma fille, ton devoir est de ne pas permettre des actes où tu aurais, devant Dieu, une part de responsabilité. Si ton mari t'aime, il t'écoutera, et tu es mâme la seule qui puisse parler à son cœur. Jamais ton père n'est allé contre mon désir, dans les questions de conscience.

Très émue, Geneviève se tourna vers Marc, en serrant contre elle la petite Louise, qui ne la quittait pas. Elle était remuée jusqu'au fond de son être : tout son passé de pensionnaire, à la Visitation, toute son éducation dévote s'éveillait, la troublait d'un vertige ; et, pourtant, elle répéta ce qu'elle avait déjà dit à son mari.

— Harc est le seal bon juge, il fera ce qu'il croira être son devoir.

Terrible, madame Duparque avait trouvé la force de se mettre debout, malgré sa jambe malade.

— C'est ta réponse! Toi que nous avons élevée chrétiennement, toi qui as été une enfant aimée de Dieu, tu en es déjà à le renier, à vivre sans religion, comme les bètes ! Et c'est Satan que tu choisis, au Heu de faire un effort pour le terrasser! Eh bien ! ton mari n'en est que plus coupable, oui I il sera puni aussi de cela, vous serez punis tous les deux, et la malédîelioa atteindra jusqu'à votre enfant!

Elle étendait les bras, elle se dressait sî redoutable, que la petite Louise, saisie d' épouvante, se mit à sangloter. Tivement, Uarc la souleva, la serra contre son cœur, tandis que la fillette, comme pour se réfiigier en lui, lui jetait au cou ses petits bras. Et Geneviève s'était rapprochée, elle aussi, s'appuyant à l'épaule de l'bomme auquel elle avait donné sa rie.

— Allez-vous-en, allez-vous-en tons les trois! cria a Duparque. Allez à votre folie et à votre orgueil,

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s» - LES QUATRE ÉVANGILES

ce sera voire perte... Tu entends, Geneviève, lout est rompu entre nous, jusqu'au jour où tu uouë reviendras, car lu nous reviendras, tu as trop longtemps appartenu à Dieu, et je vais le prier si fort, qu'il saura bien te reprendre tout entière... Aiiez-vous-en, allez-vous-en, je ne veux plus vous connaStre! ,

Déchirée, en larmes, Geneviève regarda sa mère éperdue, qui pleurait silencieusement. Elle semblait de nouveau hésitante, devant la cruauté de cette scène, lorsque Marc la prit avec douceur et l'emmena. Madame Duparqoe était retombée sur son fauteuil, la petite maisoD rentra dans son ombre froide et dans son morne silence.

Le jeudi suivant, Marc se rendit à Beaumont pour dire k Salvan qu'il acceptait. Et, dès les premiers jours de mai, il était nommé, il quillailJonvilIe, il venait s'installer, comme instituteur maître, k l'école primaire de Haille-

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