A DES VAINQUEURS
Aux temples entre-t-on comme en un vestiaire ? Et les seuls attributs soustraits au sanctuaire Donnent-ils droit au dais, à la chaire, au trépied ! Quand, au lieu du héros, ce n'est qu'un vil comparse Qui monte au char sacré, la pompe est une farce : C'est au victorieux que la victoire sied !
Arrière écrivassiers aux banales emphases !
Un factice délire et de feintes extases Sont-ce là ces ferveurs, promptes à s'exhaler. Frémissantes d'émoi, nerf de nos périodes, Choc d'épée ou fanfare et qu'on voit dans nos odes Passer et luire et faire ou songer ou trembler ?
iO.
byGoogk
Vous croyer simuler ces dons sacrés, vous dites : « Tonnons ! » vous remuez vos lèvres interdites, Vous secouez des mots froids qui retombent morts ; Faisant rage ils nous font pitié vos ïambes frêles. Mais où sont les éclairs? les foudres, où sont-elles? Même quand vous hurlez tout brait en vos accords !
Quelques-uns d'entre vous ont dit comme en un rêve : Sur un rythme moins haut notre alto mieux s'élève ; Au lieu du lourd clairon prenons flûte ou pipeaux I Mais au noir flanc du faune il est un souffle vaste : Que le Nil soit sans borne et féconde ou dévaste Au lit du ruisseau même il faut encor des eaux...
Ne croyez pas qu'un masque, un grelot mieux vous serve, Qu'on fait rire ou pleurer sans ris, sans pleurs, sans verve : Il est sérieux d'être un bouffon excellent ; Vous à qui rien de bon, rien de vrai n'est possible, Plante vous semble en vain mieux qu'Eschyle accessible: On ne surprend jamais le secret du talent.
Mais quel tort vous auriez de garder le silence I Yogue, lucre, succès, honneurs, joie, opulence.
byGoogk