A DES VAINQUEURS 17S
Sont à vous ; que vos vers n'aient au loin point d'échos, Votre œuvre avant vous-même entre au gouffre et s'éteigne, Ne vous suffit-il pas qu'on vous loue, on vous craigne, La foule vous admire et vous pleurent les sots?
Quant aux poètes vrais, tout à leur but suprême.
Étrangers au succès de leur cause elle-même,
Du beau, du vrai, du juste épris et convaincus.
Ils ont toujours été, comme au siècle où nous sommes.
Les premiers chez les dieux, les derniers chez les hommes.
Récusés et sacrés, indomptables, vaincus.
On dénigre, on repousse, on exècre qui pense. médiocrités, c'est vous qu'on récompense !
Un grand mérite offusque, exaspère et se nuit, Tombe sous le mépris et la haine ou le glaiv , Puis sur sa tombe obscure une aurore se lève : Son œuvre monte au jour quand il entre en la nuit.
J'ai dit ; mais, à travers ma colère assouvie. Sans pouvoir malgré moi porter aux sots envie J'étais pris de pitié pour leurs palmes d'un jour ;
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176 HEURES iS'OlRES ET NUITS BLANCHES
Des talents sans vigueur le sort vaste et sublime, Leur orgueil satisfait, qui comble en eux l'abîme. Le Capitole même, où tous vont tour à tour,
Rien ne supplée au don rayonnant du génie...
Et s'ils n'ont point la verve et n'ont point l'harmonie
C'est qu'Amour, ce foyer qui crée et luit vainqueur,
N'a mis en aucun d'eux sa sève ni sa flamme :
Pour avoir du génie il leur faudrait une âme.
Et s'ils n'ont pas d'esprit, c'est qu'ils manquent de cœur!
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Et c'est un hymne que son nom.
Lamartine
ARISETTON
Quand le soleil aux cieux se lève, Le bois où s'exile la nuit Frissonne et jase comme en rêve, Lavast mer s'émeut et luit, La plaine rayonne et murmure :
L'âme immense de la nature Semble renaître, tout revit.
Il n'est pas un coin de saulaie.
Une touffe d'herbe, un buisson Qui ne tressaille, ne s'égaie Et ne fleuronne et ne bégaie Une pensée, une chanson.
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L'amour ressemble à la lumière
Et son aube est tout un printemps
Qui hante palais et chaumière,
Resplendit et fait éclatants
Le cœur et l'âme et la paupière
Du plus obscur et du plus sot :
Des plus dénués c'est le lot.
C'est l'unique but où prétendent
Tous les vœux ; le seul pôle où tendent
L'homme en bas, les mondes là haut.
Il vient de Dieu comme la vie.
En toi qui me le refusais
Et l'amour et moi méprisais
Il m'a donné l'amour, Sylvie.
Si tu ne viens à l'éprouver
Tu ne viendras pas à comprendre
Gomme en toi j'ai su le trouver
Malgré toi, malgré toi l'y prendre.
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Aima parms
Aïeule géante et sacrée, Mère des géants, nos aïeux, Illustre et féconde contrée Mes jours, Normandie adorée, Ont en paix coulé sous tes cieux.
Soit que je triomphe ou succombe Dans ton sein s'ouvrira ma tombe Terre où mon œil s'ouvrit au jour...
— Par tes fils, mes aînés, grandie Je veux te chanter, Normandie, Hymne de gloire, lai d'amour !...
J'aime l'émail vif et splendide De tes grands prés luxuriants ;
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Tes vergers où la fleur candide
Se mêle aux beaux fruits souriants ;
Ta glèbe aux moissons généreuses,
Tes vastes forêts ténébreuses,
Tes fleuves aux saules mouvants ;
Tes collines du soc fouillées
Et tes grèves ensoleillées
Où luttent les flots et les vents !
L'œil qui remonte sur nos traces Vers Rome et la Gaule et les Francs Voit, mêlée à trois fortes races D'aventuriers, de conquérants, Surgir une race guerrière Qui conquérante, aventurière.
Hostile à l'univers entier.
Laisse de rivage en rivage Un sombre ou lumineux sillage, S'ouvre un vaste et sanglant sentier.
Qu'ils suivent Roger ou qu'ils montent La nef d'Ango, tes fils errants.
Tes rudes fils, jamais ne comptent
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Les dangers, les coups qu'ils affrontent; Les morts dont s'encombrent leurs rangs.
Leur essor convoite la terre ; Leur joug s'étend, et l'Angleterre Et la Sicile l'ont connu...
— Archer sorti d'un toit de chaume Plus d'un lègue aux siens un royaume Qui n'hérita que d'un fer nu !...
Aire d'aigle ! nid de blancs cygnes I
S'ils émigrent de tes rochers
Tes orateurs, du Forum dignes,
Tes poètes, rêveurs insignes.
Tes aiglons, soldats ou nochers.
Qu'ils aient nom Guillaume ou Corneille
L'écho de la gloire s'éveille
Au bruit de leurs pas surhumains ;
Leur trace existe, ineffaçable,
Et leur mémoire impérissable
Rayonne en l'œuvre de leurs mains.
H ureuse la cité vaillante
Qui compte un seul de ses enfants
tde étincelante -dieux triomphants !
s fier titre, son lustre...
, la romaine illustre, léehirant le sein, publieaine,
ten ; Dieppe eut Duquesne ; ont le Poussin !
tau, sœur de Garthage nt l'enceinte et le nom, ve sur sa plage ae éternel orage 3 : tout un Panthéon, ileyons protège îur fait cortège ; irs pieds s'ébat :
foui éphémère nt aux dieux d'Homère ent dans un combat.
l'autres que j'admire, ! un moindre renom,
De Basselin, orgueil de Vire, Malherbe, Thibaut, de Vernon ; De Bertaut, Lebrun ; Fontenelle Jusqu'aux Flaubert aux fiers coups d'aile, Jusqu'à Bouilhet et Maupassant, Jouvenet, Géricault, Bocage...
— Il n'a pas de dernière page Ton livre d'or resplendissant !
France ! ô faisceau qui défies
L'effort d'un monde et vos fureurs.
Barbares, que tu déifies
tourbe des folles terreurs !
Reine des Niobés meurtries.
En toi s'incarnent ces patries
Qui, mortes, revivent en toi !
Ta chute absurde est chose inique :
France, en toi seule, ô mère unique,
Tous mettent leur unique foi 1
Plutôt qu'un divorce néfaste Viennent la ruine et la nuit.
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Mais à tes richesses, au faste De ta gloire, qui plane et luit, Nulle autre terre en dot n'apporte Une part plus noble et plus forte De splendeurs en butte aux affronts ; " Nulle sœur qui nous environne N'a mieux rehaussé ta couronne De plus de pourpre et de fleurons !
Aïeule géante et sacrée.
Mère des géants, nos aïeux.
Illustre et féconde contrée Mes jours, Normandi adorée, Ont en paix coulé soùs tes cieux...
Soit que je triomphe ou succombe Dans ton sein s'ouvrira ma tombe Terre où mon œil s'ouvrit au jour...
— Par tes fils, mes aînés, grandie Je veux te chanter, Normandie, Hymne de gloire, lai d'amour!
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Qu'ay-je mesfail, distes, ma chère amye ?
Qément Marot.
A RISETTON
Si tu savais combien je t'admire, et combien Je t'aime, et que toi seule es ma joie et mon bien I Ton seul aspect me luit, me réchauffe, m'enivre, El me fait trouver bon d'être au monde, de vivre, D'avoir des yeux, un cœur ; en toi seule je sens. J'existe : tu saisis, tu ravis tous mes sens. Je tiens à toi par tant d'attaches si secrètes. Tant d'intimes liens si profonds, si puissants, Que j'ai souvent pensé que c'est toi qui me prêtes Ton souffle et que mon être émane en moi du tien.
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ie fibres, de lien ?
[ ; mon âme, c'est ton âme.
'où me vient toute flamme,
ïrse en mes yeux, en mon sein,
! n'ai pas un dessein
isette, ou s'y rattache.
ire I ô mon doux lis sans tache !
rix qu'en vain j'ai convoité :
étoile, ta clarté ;
; ce parfum, ton haleine ;
e et les convoite à peine ;
n'est qu'à peine heureux...
n prix aux trésors amoureux.
possesseur de tes charmes,
les perdrait sans larmes...
[ qu'à moi seul tu fermais,
comptait, je t'aimais !
3i, belle, encor jeune, ô femme,
s et consumant mon âme
de une paix en nos cœurs
nt fait de mille bonheurs ?
éclaire, et toute bouche
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A RISETTON 187
Te sourit; tu souris, mais tu restes farouche,
Insensible et distraite à mes yeux confondus
Si j*ose murmurer quelques mots éperdus...
Que peux-tu reprocher à qui souffre, s'éloigne
Et muet, consterné, par ses pleurs seuls témoigne
De cet amour discret dont tu proscris l'aveu ?
Si peu m'aurait suffi, je demandais si peu !
Respirer près de toi l'air que ta lèvre aspire,
Suivr des yeux tes pas, t'écouter sans mot dire,
Te voir enfin... te voir... — oh, fût-ce un seul moment
Sur ton seuil, dans la rue, au théâtre, à la messe
Te voir... c'était assez pour mon enivrement...
— Tu me l'avais promis... tu fausses ta promesse.
Tu reprends ta parole et m'arraches le cœur.,
mon doux ange aimé, sylphe étrange et moqueur,
Malgré tes cruautés, malgré ton inconstance,
A toi regrets, désirs, mes vœux, mon existence !
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e qu'ils s'en souviennent ir corps presque détruit e ? Leurs propos viennent èmes : un cœur franc a vous : j'étais mourant, mes amis s'abstiennent êtes prodigué...
ue font transir mes transes, , mes désespérances lais fatigué
te et de mes souffrances, îhe, heureux et gai ?
îoit votre joie ; 1 de Salomon : iur flétrit et broie, leur font l'homme bon.
prends le ciel à partie
otre sympathie, —
3s plus petits
5 des appétits,
its, des convoitises,
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A M. ACHILLE MILLIEN 191
Je n'ai pas fait trop de sottises,
Trop de faux calculs, trop d'efforts.
Trop de courbettes, de feintises ;
Et laissant les plus nombreux torts
Aux scrupuleux, laissant aux forts
Fourbe, succès et violence.
Aux sots le bruit, il m'eût suffi
De la raison et du silence
Dont tant de plus sages font fi...
Je sais souffrir, je sais me taire
Et mon néant me satisfît ;
Mais il m'eût fallu, salutaire,
La liberté, quelque œuvre austère,
Les loisirs, pleins de tant d'appas
Pour tous les assoiffés d'étude
Et vivre à l'écart... — N'est-ce pas,
Ami, douce est la solitude
Quand manque la sollicitude
D'un cœur sûr, à nos maux ouvert ?
En ces chaudes saisons clémentes, Aux bois que de choses charmantes !
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Le rocher de ronces couvert,
Mille joyaux épars dans l'herbe,
L'étang, tout à coup découvert,
Sombre, lamé d'argent, superbe
Avec ses grands bouleaux tremblants
Aux lianes échevelées...
Que de surprises recelées
Aux fourrés obscurs, fourmillants
De mille étincelles ailées !
Que d'asiles profonds aux bois !
Que de silence et que de voix !
Partout dans les nids, les tanières,
Sous les plus chétives chaumières.
Dans tous les cœurs, c'est fête aux champs ;
Rien n'y manque : parfums ni chants.
Or ni velours, flot de lumières,
L'amour, ce luxe aux rois coûteux.
Échoit gratis aux souffreteux.
Les tapis amples des prairies,
La haie aux vastes draperies.
Tout chatoie et luit et fleurit ;
Le ciel descend dans l'humble mare,
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A M. ACHILLIO MILLIEN 193
L'ét.oilft s'v baifirne. v sourit,.
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Mes pénates contre les vôtres.
Que VOUS l'aimez, ce Nivernais, Que par vos écrits je connais Et vous faites aimer aux autres I Qu'ils sont bons, vrais et «< réussis, »
Les paysans de vos récits !
Qu'il me tarde de m'être assis A la veillée, au coin de l'âtre, Sur vos trébuchants escabeaux.
Tandis que le hautbois du pâtre Fait tourner la ronde folâtre Dans quelque bourrée en sabots...
Les voici, vos cimes chéries !
JV retrouve les métairies Et j'en reconnais les agrès :
Les jarres de cuivre ou de grès D'huile de faîne ou de noix pleines...
Voici les bœufs rentrés des plaines.
Eux que j'ai rêvés, je les vois.
Les caresse et je sens mes doigts Moites de leurs chaudes haleines ; D'un pied lent et le front baissé
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A M. ACHILLE MILLIEN 195
Ils traînent le soc renversé.
Voici, vos chansons sur les lèvres, Chevriers ramenant leurs chèvres Qui du gîte ont pris le souci :
Les abords d'une ruche ainsi Le soir sont encombrés d'abeilles, Et vos Nivernaises vermeilles, Vives, actives, ô Millien !
Femmes fortes au doux visage.
Avec rinsecte au brun corsage.
Aux ailes d'or, ont maint lien.
Je finis là, tant mal que bien,
Ami, cet importun message.
Je repousse toute pitié
Le vrai ment mieux que nos mensonges
Et, désormais, mort à moitié,
Je ne vis guères qu'en mes songes...
— En est-ce un que votre amitié ?
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11 était nuit, je sortis seul à travers champB; mes pensées se heurtaient en mon sein comme un orage dans les ténèbres.
Goethe
poète morne aux mornes accents,
C'est l'instant d'errer, ombre au sein des ombres ;
Les zéphyrs des nuits de leurs ailes sombres
Creusent les moissons en flots gémissants ;
La nue et ma voix sont de larmes pleines.
Les zéphyrs des nuits aux fraîches haleines
Tourmentent les flancs, à leur souffle ouverts,
Des arbres géants fleuris et tout verts ;
Les zéphyrs des nuits aux fraîches haleines
En noirs tourbillons, à travers les plaines.
Roulent comme un fleuveaux grands bruilsdivers,
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ses de leurs ailes sombres isons en flots gémissants...
rrer ombre au sein des ombres^ IX mornes accents 1
intime et solennelle
)mme avec tout se rendort ;
î veille, où Philomèle
ge, où ferment Taile,
passereau frêle,
et le condor ;
îs ardentes pensées
embrasées .
ilanent, dispersées
3saim d'abeilles d'or I
suis-je ? un chétif mercenaire ^mes ont horreur ou pitié, hargneux et débonnaire, , pour ses talents raillé ; roscrite et sifflée ins et rumine, accablée^ i joug par un pâtre lié.
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Le jour ma voix se noie aux clameurs de la foule,
Ma pensée est oisive, en moi je la refoule,
Je me tais, j'obéis ; je suis un pleutre, un sot :
On me le dit en face et, si je risque un mot,
Ma plainte a pour échos des rumeurs agressives.
Le bruit prête un organe aux frêles voix poussives
Dont retentit l'arène et, si j'aspire au prix.
L'envie accourt, l'envie aux pitiés corrosives...
Mon génie est un mythe au gré des beaux esprits.
« Insensé ! » dit leur tourbe. Insensé? j'y souscris
Et chante à ma folie un hymne avec Erasme...
— A l'homme, illustre ou non, d'un art sublime épris,.
Qu'importe la risée ignare et le mépris
Stupide, et la morsure aux lèvres du sarcasme ?
Enthousiasme ! enthousiasme !
Aile de flamme d'or que sent l'âme à ses flancs Sourdre soudaine, active, immense en ses élans, Ton souffle nous soulève aux cieux étincelants : Viens arracher ma vie aux torpeurs du marasme Où languit ma pensée, où croupissent mes sens !
Adieu, ma tâche abjecte I adieu, la lutte atroce
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e et contre tous mes maux ; iSina, comme aux jours dePathmos m'apporte un sacerdoce nue elle embrase les mots, alouse, inique, absurde race, ; sentiers un nœud vil embarrasse, au des plus superbes fronts, passer sur ma face t qui, radieuse, eflFace re avec vos affronts !
[ui fais les rois I Archange ueur de nos instincts de fange, , qui te résiste en vain ; ■atal, ton contact magnanime ce qui rampe, j'anime me, éclair, glaive divin, ort, hydre, foudre ou tempête, tes fureurs sur ma tète :
le et moi je m'y soumets ; As : j'expire et resplendisse ; monstre, et je grandisse
SYMPHONIE NOCTURNE 20l
Du sein de la mort même immortel désormais!
C'est toi, trépied d'Alcide, où cette Déjanire
Qu'on nomme la Pensée en traîtresse conduit
Celui qui s'éprend d'elle et dompté cède ou fuit...
— Hercule en vain s'agite, en vain son poing déchire
Et sa robe et ses chairs et sa lèvre à grand bruit
Vomit l'écume avec la plainte et le blasphème ;
C'est en vain défaillant, farouche et consterné.
Que son âme aux abois se replie en soi-même
Et que du but sacré son œil s'est détourné :
Son cœur en vain résiste en son flanc 'mutiné,
Il frissonne en démence aux horreurs du martyre
Mais revient pantelant, hors de soi, fasciné,
Au bûcher dont l'aspect le repousse et l'attire,
A dompter la nature et soi-même acharné...
C'est l'heure décisive où l'hippogriflFe ardente Qui pousse Orphée au gouffre et traîne Homère et Dante Vers quelque apothéose aux échelons de feu, Surgit, monstre évoqué par nos vœux intraitables, Et pour nous mieux soustraire aux chutes lamentables
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Nous saisit sur sa croupe aux confins redoutables Où l'homme en nous fait place au dieu !
Est-il quelque rôle à ma taille Que Dieu me doive et l'avenir ?
L'instant de la grande bataille Tant reculé, doit-il venir?
Entre-t-il en ma destinée Que ma vie à des riens bornée De son but toujours détournée N'ayant rien fait, je me sois tu...
— Partout la nuit où dort mon rêve, Où ne s'allume éclair ni glaive Et n'amène pourtant de trêve Pour le crime ni la vertu I
Même au grand jour, ô nuit, tu flottes Sur nos fronts d'ombres inondés ; L'œil confond avec les ilotes Dieux proscrits,- rois dépossédés ; Sous les voiles noirs qui nous couvrent Le Prétoire et le Forum s'ouvrent
Non loin du bouge illuminé ;
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re et les redoute ; y plane avec le doute, filtre goutte à goutte ng mêlé de pleurs ; n haut, suave orgie, nsole aux cieux surgie où se réfugie 1 sein des douleurs.
avec mes études ma lèpre, mon néant, 3nde ces solitudes jtalle au dais géant !
céleste ambroisie, sont la Fantaisie, et la Poésie ; ^age, point de loi rotte ou que j'enfreigne ; je brave ou je craigne :
e quand la nuit règne, Luit règne je suis roi !
lensité je m'élance
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SYMPHONIE NOCTUR.NK 20.>
Attentif aux mille rumeurs Qui montent du vaste silence ; L'ombre y fourmille de lueurs.
Nul trouble infécond ne m'assaille ; L'infini vibre, agit, tressaille, Les mondes roulent dans les airs ; Je sens sous mon pied qui chancelle La commotion, sourde et frêle, De la secousse ou du coup d'aile Qui m'entraîne avec l'univers !
byGoogk
byGoogk
Toutes les causes semblent faites pour être ignorées. Voltaire [Physique).
Pourquoi sommes-nous sur terre?
« Pour lamenter et souffrir »,
A dit Job, « et pour mourir » ;
« Pour souffrir et pour nous taire » ,
A dit Zenon résigné ;
« Pour ignorer », dit Voltaire
Au sarcasme involontaire
D'une larme accompagné.
« Pour jouir, nier, maudire »,
Hurle Méphistophélès.
« Pour rire » , écrit Rabelais
Qui clôt ses jours et son dire
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D'un suprême éclat de rire.
Horace affirme qu'on vit Pour glisser, de song€ en songe, Du néant, d'où tout surgit.
Au néant où se replonge Tout ce qui nait, souffre, agit. Descartes et Malebranche Sont en quête d'un moyen D'aller au vrai, clé du bien ; Ni l'un ni l'autre n'étanche L'âpre soif de mettre à net Le peu qu'il trouve et connaît.
Au travers de leur dispute Voici Pascal survenu :
Pascal analyse, scrute.
Sonde, confronte, suppute, Fuit et poursuit l'Inconnu Et tremble de mettre à nu Ce qu'il soupçonne ou découvre.
L'Infini devant lui s'ouvre :
Il recule, inquiet, pris De vertige ; il est surpris
byGoogk
Que tout calcul soit mécompte,
Toute science mépris ;
Que la vie, — énigme, — compte
Autant de sens et de mots
Que d'aspects ; quand à nos maux
« La Foi, » dit-il, les affronte,
Dompte, égaie, et sa clarté
Suffît toujours à confondre
Le Doute et l'Adversité
Qui sur nous viendraient à fondre » ;
A quoi maint fait vient répondre
Que Pascal fut hypocondre
Qu'il a souffert et douté
Et connu notre détresse.
La Foi, qu'il vantait si haut.
Fait d'ailleurs un peu défaut :
On sent vraiment qu'elle baiss
Depuis Bossuet, Arnaud,
Port-Royal et son abbesse.
Veuillot à peine la feint ;
Par Montaigne rudoyée,
Du Roy-Soleil fort choyée,
byGoogk
iES ET NUITS BLANCHES
3il presque éteint.
line et le destin
amais, qu'est-ce ? un livre
, fois défriché,
j, âpre à poursuivre,
r, latent, caché ;
rivants se livre
nour à Psyché.
amais l'existence
los indistinct
le et rinstinct
us à distance
ui livrerait
tout secret ;
dans Tombre épaisse lération la suit laisse uestion :
)mmes-nous sur terre ?
loi ? » tient au « comment ? »
l'un plus noir mystère.
byGoogk
Le vrai lui-môme nous ment...
Et la soif du vrai dévore I
Le moins à plaindre est-ce encore
L'ignorant qui, jeune ou vieux,
Sage ou fou, soupçonne mieux
A quel point tout homme ignore,
Et marche étranger à soi,
A Tunivers, à ce doute
Qui nous ronge, à cette foi
Qui n'éclaire plus la route ;
Et ne sait ce qu'il en coûte
De ne pouvoir s'arrêter
Plus à croire qu'à douter...
— Gouffre où tout un monde enfonce :
Les pas s'y perdent, pressés,
La plainte, les cris poussés
Y demeurent sans réponse
Et les sages, harassés.
S'y heurtent aux insensés...
Tous sont là hargneux, perplexes
Et s'embrouillent le cerveau
byGoogk
lES ET NUITS BLANCHES
is complexes iller Técheveau îtrent les choses :
êler les causes, raisonneurs parfaits,
les eflPets...
) des problèmes lient, malgré tout, 30up de systèmes jeul en vienne à bout, Lsu d'eux-mêmes, les le résout...
se d'apprendre ?
uoi bon comprendre ient lieu ? Mieux vaut arder en haut.
lettre immense
au terrestre mot 3t que c'est démence ler autre part ni où tout commence, ce d'où tout part.
Ce nœud de tous nos principes Dans la vie il semble abstrait, Mais le tombeau, sphinx distrait.
Dévore tous ses œdipes Et garde aussi son secret...
Le cri donc reste et surnage Que Pascal a d*âge en âge Jeté vers les derniers jours :
« L'énigme est une, et toujours Le mot en paraît multiple...
L'erreur est le grand sentier... »
Darwin, dont un siècle entier
S'est fait émule et disciple,
Darwin sait pertinemment
Qu'Eve, le Serpent, la Pomme
Ne sont qu'un mythe assommant
Et que la Genèse ment...
— On en convient presque à Rome ; —
Mais Darwin ne sait comment
Nous sommes venus, ni comme
Il est lui-même arrivé
Du singe, ébauche de l'homme, A l'homme, singe achevé...
Si la plus subtile étude Conduit le plus clairvoyant A l'aveugle incertitude A quoi bon labeur si rude ?
Heureux est l'inconscient Qui demeure insouciant Et rien n'étonne ou consterne, Ce crétin dit en raillant Que le jour lui semble terne ; Si la science est clarté Que trop de lumière blesse Et folie est la sagesse :
Quand Taura-t-on réfuté ?
A mes jours le jour s'ajoute, Toujours j'hésite et je doute :
Les ans ne m'ont rien appris ; Je me suis cent fois mépris Sur ce que vaut et que coûte Plaisir ou douleur, au prix
byGoogk
Que je les tiens de la vie ; A l'oubli tout me convie, Tout me convie au mépris...
Et cependant j 'ai compris Et je sens qu'il est au monde De douces choses vraiment ; Tout n'est pas absurde, immonde, Et bien vivre en bien aimant, Laisser ses jours comme une onde Avec ses pensers couler.
Son cœur battre et s'exhaler Est chose aisée et féconde.
Le ciel pur, le beau soleil, Le grand air aux souffles vagues.
Les soupirs des tièdes vagues.
Rêverie, amour, sommeil Pour n'être que choses vaines Ont quelques douceurs fort saines.
Tout n'est pas amer ni vain Dans nos plus amères peines.
Miel pur, lait chaste, un pur vin, Les pleurs eux-mêmes, le rire.
byGoogk
Les loisirs, les gais repas Sont-ils ou ne sont-ils pas Biens qui font penser et dire Qu'il fait bon voir clair, sourire, Aimer et ne mourir pas ?
Ils ne savent nous instruire Ou ne peuvent publier Le « secret du grand mystère », Mais tout s'obstine à nous taire, Rien ne nous fait oublier Pourquoi nous sommes sur terre...
te..
byGoogk
Le vent a parlé biea haut à la terre cette nuit. Shakspeare .