PRÉFACE XIX
tresse de Nicaise des Contes de Boccace : elle est femme, bien que déesse : il faut la prendre quand elle se donne, et celui qui ne peut lui ouvrir son seuil quand elle vient y frapper, ne la revoit pas souvent quand il est disposé à se donner à elle. Je sens très bien les imperfections de mes œuvres, mais je ne pouvais leur consacrer, ainsi que leur titre l'indique^ que les heures de veillées et d'insomnie d'un manœuvre quitte de sa tâche, mais harassé de lassitude, obsédé, excédé de dégoûts et de taquineries ; or depuis Homère, s'il n'est pas devenu moins vrai « que la Divinité reprend à tout homme privé de liberté la moitié de son âme », ce que ce grand homme a encore observé est toujours aussi exact, à savoir : « que la fatigue du corps abat l'esprit » .
Les pages qui suivent ont été pêchées un peu
prête à cet éternel « à quoi bon ? » qui énerve, paralyse et stérilise les mieux doués.
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XX PRÉFACE
au hasard, et à tâtons, dans le fouillis de mes ébauches, et je n'ai pas besoin de prévenir le lecteur que toutes ne sont pas des perles fines. Tout au contraire, je dois l'avertir que ce sont de véritables épaves. Épaves d'amour surnageant sur J'abîme où se sont ensevelis mes vingt ans ; échos lointains des affections et des haines mortes, vestiges de sentiments méconnus et de passions effacées ; reflets de rayonnements éteints, mais qui ont illuminé, à un moment donné, ma route obscure à travers la vie. Qui me poussait à exhumer ces poudreuses reliques du passé, à disputer ces débris à la marée toujours montante des jours qui amène et remporte l'homme, ses rêves et ses œuvres? Qu'avais-je besoin de mettre sans vergogne à contribution l'attachement absolu d'un ami dont le dévouement et l'affection ne m'ont jamais fait défaut ; cœur d'or, s'il en fut, âme d'élite si constante et si sincère ? Devais-je souffrir qu'il s'ex-
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PRÉFACE
posât tant de fois pour moi au refus et à qu acceptations de mauvaise grâce, pire que lei
eux-mêmes * ?
Ah ! c'est que mon isolement ici-bas m( quelquefois « aux heures sombres » ! Ces pareil à ces oiseaux qui frappent çà et là le de quelques cris pour attirer près d'eux leurj blables, dénués, errants et isolés comme j'éprouvais, pauvre âme en peine, le beso stinctif de me mettre en quête « d'âmes sœ d'aller au-devant des sympathies de certaim tures identiques à la mienne, et aussi de doi et d'alTections qui répondissent à ma voix, à douleurs et à mes affections.
4. Cet ami d'enfance, compagnon de mes bons et n Jours, est M. Hélie Ducosté. Je manquerais à ce que je n à moi-même sijenelui rendais ici un témoignage publi time et de reconnaissance. C'est à lui qu'est adressée h <du présent recueil intitulée «A un questionneur ».
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XXIT PRÉFACE
Un nombre inespéré de souscripteurs ont répondu à mon appel : je dédie les pages qui suivent à tous en général et à chacun en particulier. Lisez ce livre, vous tous qui avez contribué à le tirer des limbes et à lui permettre d'arriver au baptême de la lumière, mais rediles-vous souvent, en le lisant, que vous avez sous les yeux l'œuvre d'un paysan et d'un ouvrier ; que cet ouvrier et ce paysan ne doit le peu qu'il sait qu'aux efforts solitaires qu'il a faits pour apprendre, efforts restreints par ceux qu'il était obligé de faire en même temps pour vivre. Quant à moi, je redeviens rosiériste. Pourquoi non ? M. Josse était bien orfèvre. Le métier de jardinier est de tous ceux dont j'ai talé celui qui a toutes mes prédilections. Vous voyez en moi «l'éternel manœuvre ». Bon nombre de gens, qui ne séparent pas ici-bas le mérite d'une certaine ostentation prétentieuse, pensent que l'homme d'un peu de talent déroge à rester
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