AU JARDINIER PHILOS
JEAN LàBÉGHE
Tour à tour, après vous, moins heureu:
J'ai passé, moins fécond en pensers i Des labeurs du manœuvre au labeur N'empruntant à personne et surtout i
Ni mon pain ni mon rêve, à la fois miens et vôtres, Et laissant se gorger de la sève des autres Orobanches aux bois, mélampyres aux champs, En nos cités faux sage, oisifs et faux apôtres.
Quand se fourvoie, ô Maître, et se perd maint bienfait, Ce que vous demandez pour la bétoine agreste, Amoi, comme au chervi, manque et comme eux je reste Ce que Dieu, le hasard et mes instincts m'ont fait ; Comme eux on me délaisse autant qu'on me méprise, Et ma part de soleil, la rosée et la brise, D'autres en ont la joie et Taubaine et TefTet,
Privé, frustré de tout — hormis de calomnie —
J'ai du moins ce mérite, en dépit des railleurs,
Qu'à défaut de succès, à défaut de génie.
Je sais me résigner aux rangs inférieurs
Où me jeta le sort, où le devoir me cloître.
Où je m'étiole et souffre et vois souffrir et croître
Quelques-uns des plus grands que leurs maux font meilleurs.
a Foi m'avait quitté, l'Espoir déserte, avide.
byGoogk