Action des acides sur le verre
L’acide sulfurique attaque à peu près tous les silicates simples; aussi son action est-elle très marquée sur le verre réduit en poudre; les acides chlorhydrique et azotique agissent avec une énergie beaucoup moindre.
Par contre, l’acide fluorhydrique jouit de la propriété de décomposer très rapidement et totalement le verre avec élimination de la silice. 11 en est de même du fluorhydrate d’ammoniaque et des fluorhydrates de fluorures alcalins qui, sous l’action de la chaleur, dégagent de l’acide fluorhydrique.
12. — Gravure sur verre. — On a utilisé cette propriété pour graver les divisions sur les tiges des thermomètres, sur les burettes et pipettes graduées, pour graver les pierres dures, les poteries, les émaux, etc.
L’acide fluorhydrique gazeux donne des traits mats; l’acide liquide, au contraire, ou les fluorhydrates de fluorures ne donnent qu’une gravure transparente ou à peine opaque, ce qui est dû à la dissolution, dans le bain, des fluorures de calcium ou de plomb qui se forment. Cependant, si la liqueur d’acide fluorhydrique est très concentrée, on obtient en quelques instants une gravure mate; mais ces mats ne sont pas solides et sont altérés par l’état hygrométrique de l’air; l’humidité fait disparaître momentanément l’effet du mat.
Le bain d'acide pour gravure transparente est généralement composé de :
Fluorhydrate de fluorure de potassium. . . 500 grammes
Acide chlorhydrique 250 —
Eau 1 litre
Si à cette liqueur on ajoute l’un des sels : sulfate de potasse ou oxalate de potasse, sulfate d’ammoniaque ou sulfate de zinc, en quantité suffisante pour la saturer, on obtient une gravure mate très résistante.
On peut obtenir le même résultat en faisant usage d’une dissolution d’acide fluorhydrique saturée par des cristaux de soude.
Gravure transparente sur verre mat. — Ce mode de gravure est d’origine anglaise. Sur la glace à graver, on étend une couche de vernis ; puis, à l’aide d’une pointe, on trace le dessin à reproduire, on fait autour de l’objet un rebord avec un mélange de poix, de résine et de cire afin
<le retenir la solution faible d’acide fluorhydrique que Ton verse sur l’objet.
Après attaque, on lave la glace et on la dépolit par frottement à l’aide d’une autre glace et de sable fin.
Les endroits non attaqués par l’acide sont seuls dépolis, et le dessin ressort ainsi en transparent.
On a remplacé ce mode d’opérer par la gravure faite directement sur verre dépoli.
M. Kessler arrive au même résultat de la façon suivante :
On imprime sur papier le dessin à reproduire en faisant usage d’une encre composée de :
Bitume de Judée 3 parties
Stéarine 2 —
Essence de térébenthine. . 3 —
On décalque ensuite sur l’objet à graver, puis on plonge celui-ci dans un bain d’acide fluorhydrique, et après lavage, on enlève la réserve à l’aide d’une lessive alcaline ou au moyen d’essence.
Pendant la gravure, il se forme du fluosilicate avec le verre et du fluorure de plomb avec le cristal. Pour empêcher ces composés de s’attacher à la surface vitreuse et de rendre la gravure mate et inégale, on imprime à l’objet placé dans le bain un mouvement de rotation.
M. Kessler a composé une encre à base de fluorhydrate d’ammoniaque, qui permet d’écrire en mat sur le verre, puis une autre encre de même nature, mais acidifiée par l’acide acétique, pour écrire sur le cristal.
Gravure au moyen d'un jet de sable . — La gravure à l’acide est un procédé très dispendieux, auquel on a dû renoncer dans les applications industrielles du verre gravé.
On a alors recours à la corrosion que subit le verre sous l’action d’un jet de sable. Ce procédé est dû àM. Tilghman, de Philadelphie. Dans ce mode d’opérer, on recouvre les parties à réserver à l’aide d’un patron en papier, en cuivre ou en laiton très mince, et l’on projette à la surface du verre un jet de sable lancé violemment. Avec la pression du soufflet d’émailleur on peut, en quelques minutes, dépolir une plaque de verre de 2 à 3 mètres carrés.
13. — Verre givré. — C’est également par une action mécanique que M. Bay a réussi à reproduire les dessins fantaisistes dénommés « fleurs de glace » qui sont tracés par la gelée sur les vitres des appartements.
La préparation de ce verre est des plus simples. On enduit la surface du verre, préalablement dépoli au sable, d’une matière spéciale formant vernis, qui pénètre dans les cavités du verre dépoli.
Les feuilles de verre ainsi enduites sont mises dans une étuve ou simplement au soleil.
L’enduit en se contractant se réduit en petites écailles qui enlèvent avec elles une très légère partie de la surface du verre. Ces cassures, se produisant dans tous les sens, forment un ensemble rappelant exactement l’effet du verre givré par le froid, effet qu’on peut accentuer en renouvelant l’opération un plus ou moins grand nombre de fois.
Le même procédé peut être appliqué aux verres colorés dans leur masse ou superficiellement; on obtient ainsi des demi-teintes d’un gracieux effet.
En argentant ou dorant les verres givrés sur la face opposée, on donne au verre l’apparence d’émaux qu’on peut employer à la décoration des plafonds, des frises d’encadrement, des chambranles, des cadres déglacés, etc.
W. — Verre craquelé. — On peut obtenir plus facilement des verres ayant l’apparence des verres givrés, en produisant sur le verre, au moment meme de sa fabrication, des craquelures plus ou moins profondes.
Pour cela, le verre qui vient d’être cueilli à la canne est plongé brusquement dans l’eau froide dont le contact produit à la surface de la « paraison » des craquelures, des brisures suivant toutes les directions. On souffle aussitôt la pièce et on travaille ensuite comme à l’ordinaire. Les craquelures s’agrandissent et ne se referment pas, si l’on prend la précaution de ne réchauffer l’objet que juste ce qui est nécessaire pour l’achèvement du travail.
§ 3. — Analyse des verres