VERRE DE BOHÊME
brer » le verre; une palette en bois dont une surface est concave, des ciseaux à longues branches, des pinces et des moules en bois (poirier ou hêtre), en métal ou en terre.
Voici comment s’exécute la fabrication d’une chope: Après avoir cueilli et paré la masse de verre nécessaire à la confection de l’objet, le souffleur en forme une boule épaisse qu’il arrondit, puis allonge avec la palette en bois mouillée au préalable. Il réchauffe ensuite la pièce et l’introduit dans le moule à deux compartiments, que l’aide referme aussitôt, puis il souffle fortement.
Quand on fait usage de moules en terre, qui s’usenl beaucoup moins rapidement que ceux en bois, on les garnit à l’intérieur de résine en poudre, qui, par son inflammation produit des gaz qui neutralisent l’effet que produiraient les petites aspérités du moule.
A sa sortie du moule, la pièce a la forme d’une carafe, on la sépare de la canne et on enlève la calotte qui reliait le corps du verre à la canne en le tournant pendant quelques instants sur une barre de fer rougie, puis en touchant avec le doigt mouillé un des points chauffés. Il se produit alors une fente circulaire qui amène la chute de la calotte supérieure.
La chope est alors recuite, puis on use les bords à la roue du tailleur. Cette manière de faire présente sur celle qui consiste à rebrûler les bords, à les refondre, pour enlever la rugosité, l’avantage d’éviter l’empontillage des pièces.
On réalise ainsi une économie de matière fondue tellement considérable qu’on assure que les trois quarts de la matière contenue dans les creusets est réellement utilisée, tandis que par les autres procédés on n’en peut utiliser que la moitié.
Il faut remarquer toutefois que les bords des verres
de Bohême sont moins solides que ceux qui sont arrondis au feu.
Le verre de Bohême, par sa blancheur et son éclat, se prête merveilleusement à la décoration. On connaît l’habileté des artistes qui, en Bohême, s’adonnent à la taille et à la décoration de ces beaux produits de luxe répandus dans le monde entier ; ils excellent particulièrement dans l’ornementation par les couleurs de moufle, leur dorure est fort belle et on ne peut qu’admirer les jolis effets de leur argenture mate, brunie et à reliefs.
Il existe en Bohême un certain nombre de verreries qui produisent un verre à base de plomb, blanc ou de couleur, pour l’imitation des gemmes naturelles.
D’autres, plus nombreuses, s’occupent spécialement de la fabrication des perles en verre ou d’objets de lustrerie.
Les ouvriers qui travaillent à la taille de ces objets sont disséminés dans les vallées de Wisenthal, d’Obenvisenthal, et sont logés dans de petites habitations servant d’atelier à toute une famille. Des enfants de cinq à six ans sont occupés à ce travail d’usure et de polissage qui ne demande d’ailleurs que peu de force.
Pour la fabrication des verres colorés, on remplace généralement une partie de la potasse par la quantité équivalente de soude.
La composition suivante est employée à la verrerie de Cracowa :
Quartz 120
Carbonate de potasse 30
Carbonate de soude 12
Chaux 12
La matière colorante est ajoutée soit directement à
:i:iO
«cette composition, soit pendant la fusion. Ce sont des oxydes métalliques qui fournissent la coloration; mais on ,a reconnu qu’il était préférable de les faire entrer à l’état d’azotates plutôt qu’à l’état d’oxydes précipités. Ils se répartissent mieux et plus uniformément dans la masse.
§ 2. — Cristal
92. — Historique. — 11 est certain que, depuis très longtemps, on a fabriqué un verre contenant du plomb.
Le moine Théophile en parle dans son deuxième livre : De ï Essai sur divers arts ; il en est également question dans le traité de VArt de la verrerie , par Néri, Merret et Ivunkel ; mais, d’après ces documents memes, on peut conclure que le verre plombeux des anciens se rapprochait beaucoup du strass, il contenait plus de plomb que le cristal actuel.
C’est aux Anglais que revient rhonneur d’avoir créé ce produit : flint-glass ou cristal, qui constitue la plus belle matière vitreuse qu’on connaisse jusqu’à ce jour. Sa découverte est la conséquence de l’emploi de la houille dans la fabrication du verre. On remarqua, en effet, que l’emploi de ce combustible donnait un verre plus coloré que le verre fondu au bois; pour obvier à cet inconvénient, et afin de protéger le verre contre l’action delà fumée du charbon, on fit usage de pots couverts, en forme de cornues à col très court.
Cette manière de faire eut pour résultat de rendre la fusion beaucoup plus lente, ce à quoi on porta remède en augmentant la proportion d’alcalis. Nouveau déboire :
le verre obtenu était de qualité inférieure et encore coloré.
On eut alors l’idée de remplacer une partie de l’alcali par un autre corps très fusible, l’oxyde de plomb.
Après de nombreux tâtonnements dans la recherche des proportions convenables, on en arriva enfin au flintglass.
Le cristal fut fabriqué pour la première fois, en France, par Lambert, à la verrerie de Saint-Cloud; on opérait suivant la méthode usitée en Angleterre.
En 1787, il se monta à Saint-Louis une cristallerie travaillant dans des pots couverts chauffés au bois. Enfin T en 1815, fut établie par M. Dartigues la cristallerie de Baccarat, qui est devenue l’usine la plus importante pour ce genre de fabrication.
Il s’est ensuite fondé à Clichy, Pantin, Aubervilliers, Sèvres, des cristalleries dont les produits sont à juste titre très estimés.
93. — Fours de cristallerie. — Le mode de construction des fours joue le plus grand rôle dans la qualité et le prix de revient des produits.
Avec des fours rationnellement construits, permettant d’obtenir une température très élevée, il est en effet possible de réduire la proportion des fondants qui sont les matières les plus coûteuses, et, comme, d’autre part, on a reconnu qu’un excès de silice augmentait la blancheur et l’éclat du cristal, on trouve donc un double avantage à pousser le plus possible la température des fours.
Four Pellat-Rihman. — Ce four a une grande analogie avec le four Boétius que nous avons précédemment décrit.
Le gazogène se compose de trois chambres superposées : la chambre supérieure où s’opère le chargement du combustible, la chambre intermédiaire ou chambre h
Fig. 114,
Coupe verticale suivant YY.
gaz et la chambre inférieure qui constitue le foyer proprement dit et où s’opère la combustion du coke produit par la transformation de la houille dans les deux premières chambres.
A [fig. 114-115) est la chambre où 'le combustible est enfourné ; B est la chambre où le gaz se forme ; C, la grille; D, la chambre de combustion dans laquelle le gaz et l’air se mélangent; E, les carneaux conduisant à la chambre de combustion ; F est la gueule du fourneau G ; une porte permettant de nettoyer la grille ; H, le cendrier; I, l’ouverture, servant à introduire le combustible ; K sont les carneaux du four conduisant à chaque pot; L est le carneau général reliant tous les précédents ; B' sont les pots; N, les carneaux sous les pots; et E , la cheminée.
342 GHAP. y. — VERRE DE BOHEME. CRISTAL, ETC.
Le gaz distille en B, descend et rencontre l’air qui pénètre à travers la grille, brûle en partie et entre en pleine combustion en D, mélangé avec l’air qui s’est introduit par E et F. Les conduits d’air sont maintenus chauffés au rouge, de sorte que la chambre de combustion est alimentée par de l’air chauffé à une haute température. Si l’on a besoin dans le four d’une flamme réductricer les conduits d’air sont fermés en totalité ou en partie.
Avec la houille employée généralement dans les chaudières le nettoyage de la grille en G a lieu au bout de dix à douze heures.
Ce four, qui est généralement adopté pour la fabrication dans les pots couverts, est très facile à conduire et donne d’excellents résultats.
En 1865, M. Didierjean, directeur de la cristallerie de Saint-Louis, a fait faire un grand pas à la fabrication du cristal en résolvant le problème délicat d’opérer la fusion du cristal à la houille dans des pots découverts.
Il a adopté la disposition des fours Siemens, mais en établissant les sorties de gaz et d’air de telle sorte que
les pots fussent toujours garantis du contact des gaz réducteurs par un écran d’air.
Fig. 116 et 117.
Pour cela ( fig . 116-117), les orifices de sortie du gaz sont placés vers l’intérieur par rapport aux sorties d’air.
En outre, il a donné à la voûte une grande hauteur afin de former au-dessus des matières une sorte de coussin d’acide carbonique qui protège le verre dans le cas où il se produit dans le four une trop grande affluence de gaz réducteur.
On n’a pas remarqué que cette manière de faire ait donné des produits de moins belle qualité que ceux qu’on obtient dans le mode de fabrication à pots couverts.
Elle a l’avantage sur cette dernière de donner plus de régularité pendant la fusion.