ÉMAIL
partiel du métal qui sert d’excipient; ce champlevage est fait de façon que les parties creusées ainsi dans l’épaisseur du métal, suivant un dessin tracé à l’avance, soient reliées ensemble par des arêtes plus ou moins larges, constituant autant de petites caisses destinées à recevoir des pâtes d’émail de couleurs différentes ; après le passage au feu, les émaux sont usés et polis de manière à venir affleurer le métal et à former avec lui une surface plane et bien unie. Ce procédé, connu dans l’antiquité, a été repris au xie siècle ; nous verrons plus loin qu’il a subi plusieurs modifications, ou du moins qu’il a été employé de façon à donner des résultats variés, bien que le principe soit resté toujours le même. Les objets ainsi décorés sont généralement en cuivre ou en bronze; on les distingue sous le nom (Y émaux champlevës.
Dans l’autre procédé, qui était également connu dans l’antiquité, mais que les Byzantins ont remis en pratique dès le Yie siècle, les pâtes de différentes couleurs sont enserrées entre des cloisons formées par de petites lames extrêmement minces de métal, placées sur champ et contournées suivant les traits intérieurs et extérieurs du dessin quelquefois assez compliqué, qui doit être émaillé; ces lamelles, soudées sur le fond, permettent d’isoler les différentes couleurs d’émail dont on remplit leurs intervalles. Ce procédé, qui a été employé presque exclusivement sur des plaques d’or destinées â rehausser par leur richesse et l’éclat chatoyant de leurs couleurs les couronnes et les ornements royaux, les autels et les objets destinés au culte, les plaques d’évangéliaires, etc., a reçu le nom d 'émail cloisonné.
En Allemagne et particulièrement dans les ateliers des bords du Rhin, on a quelquefois associé les deux procédés du cloisonnage et du champlevage sur des émaux
généralement en cuivre, qui prennent alors le nom
d'émaux mixtes.
113. — Émaux translucides. — Les émaux sont dits translucides sur relief ou de basse-taille 1 lorsque la surface du métal a été gravée en creux de façon à former une sorte de bas-relief recouvert entièrement d’émaux transparents, dont la coloration augmente d’intensité selon qu’ils se trouvent sur des parties creusées plus ou moins profondément. Ce procédé, beaucoup plus artistique que les précédents, a été appliqué sur des objets et des plaques d’or ou d’argent, d’assez petite dimension généralement; suivant toute probabilité, il a été trouvé en Italie tout à la fin du xme siècle et a été pratiqué un peu partout, mais particulièrement en France et en Allemagne, au xive et au xve siècle.
114. — Émaux peints. — On appelle généralement émaux peints ceux dont le métal, qui sert d’excipient, est recouvert en son entier d’une couche d’émail qui peut être décoré suivant divers procédés qui donnent des résultats assez différents les uns des autres. Au xvie siècle, on se servait pour les fonds, d’un émail noir, brun ou bleu foncé, sur lequel la décoration, figures ou ornements en émail blanc, se modelait par transparence, suivant le degré d’épaisseur de cet émail sur le fond; c’est le procédé qui, à cette époque, était particulier à Limoges, et que l’on
* On les désignait ainsi dès le commencement du xvie siècle, probablement pour les distinguer des émaux peints récemment inventés. « Un calice (don de Charles V), émaillé de basse-taiile, champ d’azur, etc. [Invent, de l’église Saint-Denis, 1534.)— Un petit tableau d’or, en forme de table d’autel, fermant à deux ouvrants, au milieu duquel est, nn émaillure de basse-taille, le crucifiement. » [Invent, de Charles- Quint, 1536.)