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SON ÉDUCATION

Verfocchio, dont le nom était Andréa di Gione, eut pour maître l'orfèvre Verrocchio, et le fait qu'il lui emprunta son nom est le témoignage de Tinfluence que cet artiste exerça sur lui. On sait quelle était, à Florence, l'importance des ateliers d'orfèvre. Les plus illustres artistes du xv^ siècle : Ghiberti, Brunelleschi, Luca délia Robbia, Pollaiuolo, Botticelli, Ghirlandajo, y ont fait leurs années d'apprentissage.

Non seulement les orfèvres traitaient les métaux précieux, ciselant ces bijoux et ces orfèvreries, pour lesquels les princes et le clergé dépensaient des sommes colossales, mais ils travaillaient aussi le bronze, métal rare et estimé comme les métaux précieux. Ils furent aussi parmi les premiers à étudier les sciences, notamment la perspective et la géométrie.

L'empreinte de cette éducation première ne s'effaça jamais chez Verrocchio. Toute sa vie, il eut le goût des œuvres riches et finement ciselées; même lorsqu'il fait la statue du Colleone, on reconnaît l'orfèvre aux ornements qui décorent le harnais du cheval et au soin qu'il apporte à détailler les tresses de la crinière. En outre, le premier trait que Vasari note en parlant de Verrocchio est que, pendant sa jeunesse, il étudia les sciences et particulièrement la géométrie. Le fait est à retenir, car il explique un des caractères les plus frappants de l'art de Verrocchio, cette précision, cette exactitude du dessin, cette connaissance des proportions, que Léonard de Vinci recueillera comme une des plus précieuses parts de l'héritage de son maître.

A chaque époque, on peut relever quelques traits particuliers dans l'éducation des artistes. — Au début du xv^ siècle, ils sont des ouvriers, des praticiens, formés à l'école des grands travaux gothiques, experts dans l'art d'abattre les grandes besognes. A la fin du siècle, ils deviennent des savants, des mathématiciens, des raffinés épris de précision. Dans l'âge

LES MAITRES DE L'ART

suivant, c'est Tétude de l'anatomie qui prédominera. Ces trois périodes sont très exactement représentées par Donatello, Verrocchio et Michel- Ange.

Il est impossible de dire si Verrocchio n'eut qu'un maître; mais il est certain que, pendant sa jeunesse, il subit de nombreuses influences qu'on peut aisément déterminer.

Il est certain qu'il a dû connaître personnellement Donatello, et, sans nul doute, il a mûrement étudié ses œuvres et en a ressenti une profonde impression, une impression telle qu'on peut le ranger au nombre des disciples de ce maître. Au moment où Verrocchio entre dans la vie, Donatello est à Florence, de retour de son long séjour à Padoue, et, pendant dix ans, Verrocchio peut le voir travailler. Il lui voit faire les chaires de Saint-Laurent et, dans cette même église où il placera lui-même, en 1472, le tombeau de Pierre de Médicis, il peut étudier toutes les œuvres dont Donatello a enrichi Parchitecture de Brunelleschi ^

En outre, il a connu Luca délia Robbia, à qui, en 1466, il fournit du bronze pour deux bas-reliefs de la porte de la sacristie du Dôme. Comme ce maître, il est épris de précision, et il limite ses travaux pour les rendre plus parfaits. Comme lui, il se passionne pour la beauté des formes, pour l'élé-

I. Vasari nous dit que, dans sa jeunesse, Verrocchio avait fait une coupe avec une ronde d'enfants dansant. C'était reproduire un des motifs favoris de Donatello.

gance des silhouettes, pour l'étude des draperies aux plis harmonieux.

Mais ce ne sont pas seulement les maîtres de Tàge précédent qui agissent sur Verrocchio. D'un esprit très ouvert, très apte à tout s'assimiler, très désireux de tout connaître, on peut dire que rien de ce qui se fait autour de lui ne le laisse indifférent. Parmi les artistes du même âge que lui, celui qui l'a le plus influencé est Desiderio, qui avait été le propre élève de Donatello, et qui, plus précoce que Verrocchio, avait déjà terminé toute sa carrière de sculpteur, alors que celui-ci était encore confiné dans ses travaux d'orfèvrerie. Si Verrocchio, dans ses grandes œuvres, telles que le Colleone et Vlncrédulité^ montre une puissance que Desiderio ne connaissait pas, par toutes ses autres oeuvres, par ses Vierges et ses petits enfants, comme par le style de ses formes décoratives, on peut le regarder comme le frère de ce maître charmant.

Gomme Desiderio, Antonio Rossellino avait quelques années de plus que Verrocchio, et le fait que nous trouvons dans les oeuvres de notre artiste plusieurs motifs déjà employés par Rossellino, notamment celui de TEnfant au dauphin % prouve que Verrocchio connaissait bien les œuvres de ce maître et qu'il s'en est inspiré.

I. Ant. Rossellino avait fait, pour le second cortile du palais Médicis, une fontaine avec des motifs d'enfants tenant des dauphins. Cette fontaine est perdue.

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II faut aussi noter les rapports de Verrocchio avec Pollaiuolo. Il est difficile ici de parler de Tinfluence exercée par Tunde ces maîtres sur l'autre; il suffit de constater que, par certains côtés, ils se ressemblent étroitement. Tous deux, et seuls à leur époque, ils inaugurent le nouveau style que Tétude des sciences met à la mode : ce sont des savants, à l'art précis et rigoureux, mais que leur science conduit parfois à la sécheresse.

Enfin, on ne connaîtrait pas complètement la formation de l'esprit de Verrocchio, si on ne recherchait dans le monde des peintres quels maîtres ont pu avoir de l'action sur lui, car les peintres l'influencèrent tout autant que les sculpteurs, et d'une façon si profonde, qu'après avoir été élevé par un orfèvre, il voulut se consacrer à l'art de la peinture. Quoique n'ayant pas reçu d'éducation spéciale, il fut peintre autant que sculpteur, et il pénétra si avant dans les lois de cet art, il y apporta de telles modifications, soit par ses œuvres, soit par son enseignement, qu'il faut le considérer comme tenant une place aussi importante dans l'histoire de la peinture que dans celle de la sculpture.

Comme Pollaiuolo, son émule dans cette voie, il se rattache, par ses recherches de précision, à l'art de Domenico Veneziano, de Pesellino et de Baldovinetti. Mais le peintre qui exerça sur lui l'action la plus sérieuse fut Filippo Lippi. Gomme Lippi, Verrocchio aime les jeunes et gracieux visages de

femme; comme lui, il se plaît à les orner de toutes les parures, s'intéressant aux bijoux, aux dentelles, à tous les jeux de la coiffure, aux voiles flottants qu'il dispose avec un art charmant autour des visages pour en rehausser la beauté. Il est, avec Botticelli, le chantre le plus rare et le plus exquis de la femme ; il est le lien qui relie Filippo Lippl à Léonard, la Luœeiia Biiti à la Joconde.

La vie de Verrocchio, dépourvue d'incidents, peut se dire en deux mots. Né en 1435 à Florence, il passa toute sa vie dans cette ville, jusqu'au jour où il fut appelé à Venise, en 1483, pour exécuter la statue du Colleone. Quoiqu'il ait sculpté deux statues d'argent pour le pape Sixte IV, et la tombe de Francesca Tornabuoni, placée dans l'église de la Minerve, il n'est pas sûr qu'il soit allé à Rome, et, en tous cas, ce voyage, s'il l'a fait, n'a laissé aucune trace dans ses œuvres.

Verrocchio, qui n'était pas marié, vivait en compagnie de sa sœur, mère d'une nombreuse famille. La maison était pleine d'enfants, et les plus belles pages de son art ont été inspirées par leurs gestes et leurs sourires.

Heureux, estimé, considéré comme le plus grand artiste de son temps, admis dans l'intimité de Laurent de Médicis, il ne connut sans doute jamais l'adversité, et son art, reflet de sa vie, n'est qu'un poème de joie et de beauté.

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