AVANT-PROPOS
Je réunis dans ce volume Jeux séries de lettres, la première, sur la Grèce, publiée en 1896 par le TempSj la seconde, sur la Syrie, publiée en 1897 par le Figaro. Aux cours des deux voyages qu'elles racontent, j*ai contracté de nombreuses obligations et je les mentionne chemin faisant. Je dois témoigner ici ma vive reconnaissance envers MM. Adrien Hébrard et Fernand de Rodays, directeurs des deux grand» journaux parisiens qui ont bien voulu accueillir ces lettres et leur laisser une entière liberté
Ces deux voyages m'ont conduit aux deux villes saintes de l'humanité, à Athènes et à Jérusalem, aux deux patries que tout homme formé par la civilisation moderne chérit après la sienne, aux deux sources de raison et de foi où se sont abreuvées son enfance et sa jeunesse. J'ai exprimé
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ôincèrement les impressions de ce double culte, ressenties aux lieux mêmes qui Tont inspiré.
J*ai apprécié sur place Tœuvre considérable et peu coûteuse, insuffisamment connue du grand public j que la France poursuit en terre hellénique. J'ai essayé de montrer son importance; je vouflrais lui recruter beaucoup de partisans. En ce moment oii les études classiques reçoivent chez nous de rudes assauts, une visite au pays d'où elles viennent procure une notion plus nette de ce que leur doivent l'Europe et la France. Les Anglais et les Allemands leur conservent une grande place. L'esprit d'initiative, de commerce, d'industrie et de colonisation que Ton veut ressusciter chez nous, n'a pas souffert chez eux, bien s'en faut, du soin avec lequel ils maintiennent la tradition gréco-latine.
Au moment oh j'ai visité la Grèce, elle était à la veille d'une crise que personne, pas même les Grecs, ne croyait aussi prochaine et aussi terrible. Je ne me doutais guère, en voyant les petits soldats bleus parader avec leurs beaiix^ïusils et lesjolis evzones si fiers de leurs costumes romantiques, qu'avant un an ils seraient en ligne contre les Turcs et aussitôt écrasés. L'avantgarde de l'Europe a reculé devant' la barbarie
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impénitente. La défaite des Grecs et la victcnn* des Turcs sont un double malheur pour la civilisation.
Certes, les Grecs ont été d'abord bien imprudents et bien fanfarons, puis singuliènjuiitit prompts à la déroute. Mais que d'excuses aux sentiments divers qui les ont poussés à la guerre! Que de circonstances atténuantes pour leur afTolement devant l'ennemi! Par tout ce que nous savons déjà, ce que nous soupçonnons, ce que nous apprenons peu à peu, il est certain que, à tous les moments du conflit, l'Europe, soi-disant unie, en fait divisée par les plus étroites préoc* cupations de l'intérêt personnel, a fait de mauvaise besogne; le « concert » des puissances a tourné au profit de la Turquie.
Il semble aussi que la France, la plus ancienne amie de la Grèce, a suivi bien docilement Faction incertaine de l'Europe. Après les massacres d'Arménie, l'écrasement de la Grèce attriste profondément tous ceux qui détestent la barbarie ot la cruauté, qui aiment la civilisation et la justifie, qui ne croient pas que, même après 1810, la France, sous prétexte de recueillement et de prudence, doive abandonner son rôle historique- Uu grand peuple ne vit pas seulement de sécurité, mais d'honneur.
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Si j'avais visité la Grèce avant les événements que je rappelle, j'aurais déyeloppé les sentiments que je me contente tVindiquer ici. J'ai tenu, du moins, à marquer une date qui me dégage aux yeux des lecteurs.
En Syrie, notre situation est inquiétante; la France y a déjà perdu beaucoup de terrain et, si elle n'avise, il ne restera bientôt plus qu'un souvenir de son action glorieuse et bienfaisant0 en ce pays, si riche de passé et d'avenir. Tandis que les missions religieuses et l'Alliance française poursuivent avec ténacité leur œuvre de civilisation et d'expansion pour notre langue, véhicule de nos idées et servante de nos intérêts, notre aciion politique s'atTaiblit chaque année. Il ne fallait pas ici d expéditions coûteuses et sanglantes. Un peu de suite et de volonté y auraient suffi.
Pour la Syrie comme pour la Grèce, s'en prendre au gouvernement, c'est-à-dire aux divers niinistèros qui se sont succédé depuis la mort de Gambetta et de Jules Ferry, serait trop facile et manquerait de franchise. Ils ont suivi l'opinion; ils n'ont fait que ce que nous voulions; les Chambres les ont largement approuvés. Aussi devons -nous faire virilement notre examen de conscience, et puisque, dans la France libre, l'opi-