‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 15 sur 102 · CONDAMNÉE QUAND MÊME · texte numérisé non relu

CONDAMNÉE QUAND MÊME

Edouard-Charles Fabre, par la Grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Evêque de Montréal, etc., etc.

Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de Notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur.

Nos Très Chers Frères,

Dans Notre Mandement du 2j% mars dernier, Nous portions à votre connaissance un Décret solennel du Saint-Siège concernant la succursale de l'Université Laval à Montréal, et Nous insistions sur le devoir, qui s'impose à h us les vrais catholiques, de marcher dans la voie de l'obéissance la plus complète aux ordres du Souverain Pontife. Nous croyii as alors pouvoir compter que tous les intéressés dans cette question, écoutant Notre voix et puisant leur inspiration aux sources du devoir, s'empresseraient non seulement de ne plus « tramer quoi que ce soit contre la Succursale» — mais encore s'appliqueraient, suivant leurs forces, « à favoriser la dite Institution et à lui prêter secours et protection. »

Nous sommes heureux de constater que la masse des catholiques de ce Diocèse Nous a compris, et que si l'on n'en est

pas encore venu à favoriser la Succursale, au moi.is à-t-on gardé le silence sur cette question, qui a fourni matière à tant de débats par le passé.

Quelques-uns cependant, sans doute parce qu'ils ne comprennent pas toute la portée des actes du passé, la responsabilité qu'ils ont assumée, et parce qu'ils ne se sentent pas le courage d'être conséquents au prix de certains sacrifices, qui leur paraissent trop lourds, quelques-uns, disons- Nous, ont continué jusqu'à cette heure à être un sérieux obstacle à la mise en pratique des volontés du Saint-Père.

Croyant encore que ces Messieurs avaient le désir sincère de se rapprocher de l'autorité, Xous leur avons fait connaître leur devoir, en même temps que nous les avons fraternellement invités à faire les démarches nécessaires pour entrer en union avec Laval et prendre un poste honorable dans la Succursale. — Des réponses évasives et qui ne concluaient qu'à ramener sur le tapis des questions déjà jugées par qui de droit, Nous ont fait voir d'une manière évidente que Xous Xous étions trompés (Nous le disons avec regret) sinon sur la bonne foi, au moins sur l'esprit généreux, que naturellement l'on s'attend à rencontrer chez des catholiques d'ailleurs recommandables.

Le temps des démarches pacifiques et conciliatrices passa. On ne voulut pas comprendre le devoir; on ne voulut pas le remplir. Notre conscience Episcopale nous for-;a à entrer dans une voie plus rigoureuse.

Nous ordonnâmes par deux fois à une Communauté Religieuse de cette ville de rompre les liens qui l'attachaient à ces Messieurs, et de donner accès dans ses salles aux professeurs de la Succursale et à leurs élèves.

Deux appels ont été la réponse à Nos deux ordonnances. Appel de l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal aux Evêques de la Province, appel des Sœurs de l'Hôtel-Dieu au Saint-Siège.

Nous aurions pu, sans blesser aucunement le droit et la

justice, ne pas reconnaître cet appel d'une Ecole affiliée à une Université protestante à l'Episcopat Catholique de cette Province contre l'Ordinaire de Montréal. — Nous crûmes ne pas devoir nous y opposer, afin que ces Messieurs n'eussent rien à Nous reprocher et qu'une nouvelle occasion leur fût donnée de s'expliquer librement, espérant toujours qu'ils finiraient par voir la vérité et par se laisser guider par elle. A notre suggestion trois des membres de l'Episcopat de la province furent députés par leurs Collègues; et ils vinrent à Montréal, et eurent plusieurs conférences avec ces Messieurs de l'Ecole. — Voici la réponse de la majorité de l'Episcopat. Elle est assez explicite par elle-même et n'a pas besoin de commentaire.

Sainte-Julie de Sommerset, 25 Juin 1883.

Th. E. d'Odet d'Orsoxxexs, Ecr., M. D.,

Président de l'Ecole de Méd. et de Chir. de Montréal,

Monsieur le Président,

J'ai l'honneur d'accuser réception de vos deux lettres du 11 et du 12 courant. J'ai tardé un peu à le faire, parce que j'avais à attendre la réponse de mes collègues.

Voici ce que j'ai à vous déclarer de leur part et de la mienne.

1° Le Décret de 1876 déclare qu'il est impossible que l'Ecole soit affiliée à l'Université Laval; or l'Ecole, en voulant conserver son autonomie et, par conséquent, être affiliée est en contradiction avec ce Décret et avec ses propres protestations de soumission à ce Décret.

2° Le même Décret de 1876, renouvelé en 1881 et 1883 exige que l'Ecole cesse d'être affiliée avec l'Université protestante de Victoria. En posant à ses arrangements avec Laval des conditions incompatibles avec le dit Décret et en refusant de se désaffilier jusqu'à ce que ces conditions soient acceptables, l'Ecole se met en rébellion avec le Saint-Siège.

3° L'Ecole, en persistant à continuer de faire concurrence à la Succursale, est en rébellion contre le Décret de 1883, qui ordonne dans les termes les plus absolus et les plus explicites à tous les fidèles, aux membres et aux élèves de l'Ecole comme aux autres, de s'appliquer suivant leurs forces à favoriser la Succursale et à lui prêter secours et protection. Les membres de cette Ecole sont donc aussi de ce chef en rébellion avec le Saint-Siège. Les catholiques qui la fréquentent désobéissent au Souverain Pontife.

4° Le Décret de 1883 renferme un mandatum absolutum positif aussi bien que négatif, qui coupe court à tout fauxfuyant. Tout acte qui par sa nature tend directement ou indirectement à l'obtention de la fin du décret devient obligatoire par exemple, envoyer à la Succursale ses enfants, ses pupilles ou ses protégés qui veulent étudier le droit ou la médecine, aider à la solution des difficultés, etc.,

5° L'Ecole étant ainsi jugée et déclarée rebelle à l'autorité religieuse, il s'en suit comme conséquences :

a) Que la communauté de l'Hôtel-Dieu de Montréal est li bre de toute obligation envers la dite Ecole;

b) Qu'aucun catholique ne peut plus en conscience faire partie de la dite Ecole ou en fréquenter les cours, et que les professeurs et les élèves ne peuvent être admis aux sacrements de l'Eglise;

c) Que l'ordonnance de Mgr de Montréal, contre laquelle l'Ecole en a appelé aux Ëvêques de la Province, est maintenue.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon

dévouement.

(Signé) f E. A., Arch. de Québec.

Voilà pour l'appel de l'Ecole de médecine. La réponse du Saint-Siège à l'appel des Sœurs de l'Hôtel-Dieu a été que Nous eussions à « enjoindre par ordre formel aux Sœurs de l'Ho-

» tel-Dieu de se soumettre entièrement au Décret du mois de d Février ».

En conséquence, Xous avons ordonné de nouveau aux Sœurs de l'Hôtel-Dieu (en leur communiquant le jugement de la majorité de l'Episcopat, et la lettre de la S. Congrégation de la Propagande.)

« 1° De rompre tout lien avec l'Ecole de Médecine et de » Chirurgie de Montréal.

» 2° De ne recevoir dans (leurs) salles ni les professeurs de » la dite Ecole pour y donner leur clinique, ni les élèves de la » même Ecole pour y recevoir cette même clinique.

» 3° D'admettre les professeurs de la Succursale de l'U- » Diversité Laval à Montréal à donner leur clinique dans les » salles de (leur) Hôpital.

» 4° De n'admettre que les élèves de la même Succursale à » recevoir cette clinique. » s

Les Religieuses de l'Hôtel-Dieu se sont noblement, soumises, et elles Nous ont fourni sur leur conduite passée les plications nécessaires, qui démontrent que leurs hésitations ont eu pour motifs des raisons d'une grande importance.

Quant à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, sa position est nettement dessinée dans le jugement cité plus haut. Cette position reste la même jusqu'à ce jour.

Jusqu'à nouvel ordre donc, N. T. C. F., c'est un devoir de conscience pour vous tous (et il n'y a d'exception pour personne) de suivre envers cette Ecole les règles tracées dans ce document.

Nous avons confiance que votre esprit de foi et voir- attachement sincère à l'autorité, qui a mission de diriger vos âmes dans les voies du salut, vous feront accepter ces décisions.

C'est le salut, qui est offert à la jeunesse êtudian le devoir de tous ceux, qui directement ou indirectement, ont autorité sur cette jeunesse.

Que les étudiants ne se laissent pas emporter par de vains préjugés, par des idées préconçues, et surtout (comme on tend

peut-être à le leur faire croire) qu'ils se gardent bien de voir une persécution dans les volontés du Saint-Père. Le tribunal, qui a jugé la question, est au-dessus des passions humaines, et. ses sentences sont dictées par la justice. Se révolter contre lui, c'est se livrer à l'esprit d'orgueil et d'indépendance, c'est déchirer le sein de notre mère la Sainte Eglise, et se dévider par avance à marcher dans les voies (ténébreuses et contagieuses pour le malj de l'hostilité, de la haine et de la calomnie contre la Religion, dans laquelle seule ils trouveront le vrai bonheur sur la terre et à laquelle ils ont juré fidélité, amour et respect.

Quant à ceux qui ont autorité sur la jeunesse étudiante, le moment est grave et solennel pour eux. Il s'agit pour eux ou d'inculquer à ces jeunes gens, et pour leur vie, le virus de préjugés, de mauvais vouloir, dont ils ne peuvent se délivrer, au risque de préparer à leurs enfants tout un avenir de froideur contre l'Eglise et ses Sacrements, ou les aider par de bons conseils et même par voie d'autorité à suivre la route tracée par les autorités compétentes.

Il n'y a pas à balancer. La jeunesse du jour sera la classe dirigeante plus tard, et elle appliquera, et elle sèmera autour d'elle ou l'amour des choses saintes, dont on l'aura imbue, ou l'hostilité contre la religion, dans laquelle on l'aura laissée s'engager. Sachcns donc, pour l'accomplissement de notre devoir présent, et en prévision de l'avenir, faire tous nos efforts pour répondre aux ordres du Souverain Pontife, aux ordres de notre Episcopat, et aux ordres et exhortations de Notre Evêque.

Ah ! N. C. F., c'est parce que Nous comprenons tout ce que cette lutte si longue et parfois si acharnée de la question universitaire renferme de conséquences pour l'avenir, que Nous élevons la voix et que Nous vous faisons entendre des paroles aussi solennelles, que Nous vous adressons des exhortations aussi pressantes et que Nous vous prions instamment dans le Seigneur de n'avoir qu'un cœur et qu'une âme pour mettre

complètement en pratique les désirs et volontés du Saint- Siège.

Et pour conclure, Nous répétons ce que Nous vous disions dans Notre dernier mandement.

« C'est, le salut sans doute, qui nous vient de Rome; c'est le » salut de notre société, parce que c'est la garantie d'une édu- » cation chrétienne et solide, et nous le savons tous, l'éduca- » tion est la base de la société ». — « Le bonheur, la paix » et la concorde dans toutes les classes de notre société nous » viendront avec notre soumission à Notre Père commun ».

Nous vous bénissons tous dans le Seigneur.

Sera le présent Mandement lu et publié au prône de toutes I s églises paroissiales ou autres, où se fait l'office public, ainsi qu'au chapitre dans les Communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.

Donné à Montréal, en Notre Palais Episcopal, sous Notre Seing .et Sceau et le Contre-Seing de Notre Chancelier, ce 27 juillet mil huit cent quatre-vingt-trois.

t EDOUARD CHS., Ev. de Montréal.

Par Mandement de Monseigneur,

T. HAREL, Ptre, Chancelier.

Ce mandement fut imprimé, publié et comiu après le départ de M. le Dr. L. E. Desjardins pour Rome et lecture faite dans toutes les églises le dimanche 5 août 1883.

Ce mandement était accompagné, pour le clergé, d'une circulaire traitant diverses questions. Nous ne citons de cette circulaire que ce qui a rapport à notre sujet :

Evôché de Montréal, 28 juillet 1883.

Mes chers Collaborateurs,

I. Question Universitaire. — Je crois devoir ajouter quelques mots sur ce sujet au Mandement, que je vous transmets avec la présente.

Il n'y a plus de doute à entretenir sur les règles que le Clergé doit suivre, soit dans la vie privée ou publique, soit au confessionnal, vis-à-vis les membres et les élèves de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal; ces règles, implicitement contenues dans le Décret de Février dernier, sont exposées clairement dans le jugement du 25 juin dernier, publié dans le Mandement. J'ai lieu de croire et d'espérer que tous les prêtres du Diocèse sauront s'y conformer.

Le Clergé tout entier assume une grande, une immense responsabilité dans cette question; les prêtres surtout, qui, se livrant à des distinctions subtiles, se permettent de suivre une ligne de conduite différente de celle qui leur est tracée par l'autorité, s'exposent' à maintenir bien des esprits dans leur opposition aux volontés du Saint-Siège et conséquemment à les égarer.

J'ai l'honneur d'être, Mes Chers Collaborateurs, Votre tout dévoué serviteur,

f Edouard Chs., Ev. de Montréal.

En lisant cette condamnation dont les évoques frappaient l'Ecole pour rompre des contrats onéreux et faire cesser toute concurrence à Laval de la part de ladite Ecole, on ne peut s'empêcher de songer à cette parole de M. le Recteur Hamel écrivant, le 6 juin 1879, aux médecins de l'Ecole pour leur déclarer officiellement qu'ils cessaient dès ce jour, contrairement aux arrangements faits sous les veux du délégué Apostolique et sanctionnés par lui, d'être Professeurs de la succursale de Laval à Montréal : « Si la Providence le permet, vous aurez en nous des émules, non des ennemis. »

L'Histoire impartiale pouvait dire, ce jour-là, comment, dans cette catholique Province de Québec, une institution sincèrement catholique, comme l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, était devenue l'objet de tint d'accusations; comment ce même Evêque de Montréal, qui avait fait l'éloge des Médecins de l'Ecole dans son Mandement de dé-

cembre 1877, fut amené à affirmer, dans son Mandement du 27 juillet 1883, que « ces Messieurs » les 10 médecins de l'Ecole, « ont été invités à prendre un poste honorable dans la Succursale », lorsqu'en réalité trois de ces médecins seulement étaient alors invités à occuper des chaires à la Succursale, des chaires qu'ils ne pouvaient accepter sans rai fier par là même un arrangement qui dépouilhit les sept autres, s'il ne les ruinait complètement, eux et leurs familles ; comment ce même Evêque a pu dire que l'Ecole « ramenai! sur le tapis des questions déjà jugées par qui de droit », tandis que de fait il ne s'agissait dans îes derniers temps que de certaines interprétations des Décrets Apostoliques, des obligations rigoureuses contractées avec la pleine sanction des autorités ecclésiastique et civile, de la question de stricte justice; enfin, toutes choses sur lesquelles le Saint-Siège du moins n'avait encore prononcé aucun jugement; comment ce même Evêque a pu dire, toujours dans ce même mandement du 27 juillet, que les Evêques « s'étaient trompés, sinon sur la bonne foi, au moins sur l'esprit généreux » des médecins de l'Ecole, lorsque le Délégué Apostolique déclara que « l'Ecole avait assez fait pour entrer dans la succursale » à la fin de 1877, que Mgr de Montréal lui-même se disait content de l'Ecole alors, et que l'Ecole ne demandait pas plus à la fin qu'à cette époque pour devenir faculté de la succursale; enfin comment surtout, des médecins qui avaient l'insigne honneur, pour ne pas parler du mérite, de transformer une Ecole protestante en Ecole exclusivement catholique et de marcher ;i longtemps sous l'entière dépendance de l'autorité religieuse, en étaient venus à mériter d'être, par Mgr l'Archevêque de Québec et au nom des Evêques de la Province, condamnés et jugés coupables du crime infamant de rébellion contre l'Eglise! . ;

Pour l'Ecole, cependant, elle s'abstenait de juger elle-même les actes de l'autorité Episcopale, comme doivent, le faire tous les enfants soumis de l'Eglise. Les actes épiscopaux

ne peuvent être légitimement déférés qu'au successeur de Pierre. L'Ecole, quoi qu'on dise, avait le droit incontestable de recourir au Saint-Siège dans ce but, et elle voulait alors de ce droit : ce qui évidemment ne la privait pas du droit de s'adresser aux tribunaux civils dans les questions de leur ressort, comme elle entendait aussi le faire en cas de nécessité.

On comprend dès lors pourquoi l'Ecole n'examinait pas et ne voulait pas juger l'acte qui la condamnait, les Evèques pouvant avoir pour la traiter ainsi, des raisons qu'elle ne connaissait point et dont elle ne pouvait juger en tout cas. C'est pourquoi nous continuons de reproduire dans l'intérêt de la vérité quelques documents propres à faire jus'ke de certaines calomnies que l'on continuait de proférer contre l'Ecole, ou à son sujet, contre des personnes respectables. Rome parlera à son tour, et l'on verra que ce ne sera pas pour encourager Mgr Fabre dans la voie où il s'était engagé.

Ainsi, il était répété que l'Ecole n'était pas libre de rompre son affiliation avec Victoria; qu'elle subissait l'influence protestante de cette Université et ne cherchait qu'à resserrer les liens qui la rattachaient à elle — que l'Ecole et l'Hôtel- Dieu s'étaient entendus pour signer de nouvelles conventions dans le but d'éluder le Décret Apostolique de février 1883, et, cela, à la suggestion de S. G. Monseigneur Laflèèhe, Evoque des Trois-Rivières — que l'Ecole n'avait eu aucune raison sérieuse de contester la légalité de la succursale de Laval à Montréal, et qu'en le faisant, elle agissait contre les ordres du Saint-Siège.

Que les documents répondent; ce sera économie de temps, pour le moins.

Et d'abord, l'affiliation de l'Ecole cà Victoria est un lien purement matériel, qui peut être compu à volonté par l'Ecole.

A cet égard voici la déclaration du Docteur d'Orsonnens :

Je, soussigné, Ths E. d'Oclet d'Orsonnens, Docteur en Médecine, Président de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, déclare ce qui suit :

Monsieur S. S. Nelles, Président de l'Université Victoria de Cobourg, m'a dit, il y a déjà plusieurs années et m'a souvent répété depuis, que l'Université Victoria n'exigeait de notre Ecole qu'une chose : c'est qu'elle se conformât exactement aux exigences de la loi de notre province et 'qu'elle donnât l'enseignement médical avec le plus grand soin possible. Que tous nos rapports avec Victoria se réduiraient à recevoir d'elle les diplômes universitaires pour nos élèves qui les mériteraient, d'après les examens subis devant les Professeurs de l'Ecole. Que pour ce qui regarde les principes religieux et la conduite morale de nos élèves, Victoria s'en rapporterait encore à nous et qu'elle n'avait rien à y voir. Que lorsqu'elle y trouverait son avantage, l'Ecole pourrait toujours mettre fin à son affiliation.

Je fais cette déclaration solennelle, la croyant consciencieusement vraie, et en vertu de l'acte passé dans la 37me année du règne de Sa Majesté, intitulé : Acte pour la suppression des serments volontaires et extra judiciaires.

Montréal, 4 août 1883.

(Signé), Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, Prés. E. M. C. M.

De son côté, le Dr. Durocher déclara ce qui suit :

Je, soussigné, Ls B. Durocher, Docteur en Médecine et Professeur à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, déclare ce qui suit :

A une assemblée du Sénat de l'Université Victoria, à Cobourg le 27 avril 1882, à laquelle j'assistais comme délégué de l'Ecole pour la collation des diplômes à nos élèves, Monsieur S. S. Nelles, Président de l'Université, après s'être informé de la position de l'Ecole et avoir exprimé toutes ses sympathies pour elle, dit que l'Université Victoria continuerait à donner ses diplômes à nos élèves jusqu'à ce que notre Ecole pût s'affilier à une Université catholique, ce qu'il nous serait toujours libre de faire en aucun temps, mais qu'il espérait, le fait arrivant, que nos deux Institutions n'oublieraient jamais les rapports mutuels d'estime et d'amitié qui avaient toujours existé entre elles. Que dans l'avenir, comme par le passé, pendant tout le cours de no-

tre affiliation, l'Université n'interviendrait jamais dans l'économique religieuse de l'Ecole, qui resterait toujours parfaitement libre, sous ce rapport, de s'entendre avec les autorités religieuses catholiques, le seul fait résultant de l'affiliation, consistant uniquement dans la collation du diplôme à ceux de nos élèves qui auront suivi tous les cours et subi avec succès les examens exigés par la loi de la province; et cela, tant que notre enseignement scientifique mériterait l'approbation du Sénat, comme le fait existe aujourd'hui.

Je fais cette déclaration solennelle, la croyant consciencieusement vraie, et en vertu de l'acte passé dans la 37me année du règne de Sa Majesté, intitulé : Acte pour la suppression des serments volontaires et extra judiciaires, f

(Signé), Ls B. Durocher, M. D., Prof. E. M. C. M.

Mais voici ce que le Président de Victoria écrivait de Cobourg, le 11 juin 1878, au Secrétaire de l'Ecole de Chirurgie et de Médecine :

... « L'affiliation, comme vous le savez d'ailleurs, n'a pats été sollicitée, par nous; et nous sommes satisfaite de la voir prendre fin, du moment que les intérêts de votre Ecole le demandent réellement... La foi et la religion des Professeurs de votre Ecole diffèrent de celle des autorités de cette université, mais il n'apparaît pas que cette divergence d'opinions ait rien à faire avec les relations qui existent entre ces deux institutions.

» Notre charte nous défend de gêner en aucune façon, dans les questions religieuses, les vues et les idées de nos candidats aux degrés. L'Université Victoria offre ses avantages et ses honneurs à tout le monde. Vos élèves ne sont pas instruits par nous, ne sont pas soumis à notre influence;; nous ne les connaissons même pas, si ce n'est par les noms qui nous sont transmis pour les degrés, et ils ont été discrètement exemptés d'être présents personnellement à la convocation...

» Nous pouvons conférer, donner à de dignes jeunes gens ces témoignages académiques qui leur donnent une position et les aident à réussir dans leur profession, non seulement au Canada, mais encore aux Etats-Unis ».

Néanmoins, sachant que, malgré la pleine liberté que lui laisse et lui a toujours laissée de fait l'Université sous le rapport religieux et moral, on cherchait à tirer une arme de son affiliation pour

la forcer à disparaître, ou au moins à conclure avec Laval des arrangements qui blessent gravement la justice, l'Ecole voulut obtenir un écrit officiel et authenlique lui garantissant comme un droit la même liberté, à l'avenir, soit de continuer à se conformer en tout aux règles de l'Eglise, tant que durera son affiliation, soit de rompre à son gré cette affiliation, dès qu'il lui sera possible de se rattacher à une université catholique.

C'est pourquoi, M. le Dr d'Odet d'Orsomiens, s'adressant, par lettre, en date du 30 juin 1883, à M. le Président de Victoria, le pria de vouloir bien « déclarer officiellement et donner l'assurance absolue à l'Ecole que l'Université Victoria lui laissera toujours à l'avenir, comme par le passé :

« 1° Le contrôle entier et exclusif de ses études, programmes, textes et qualité d'enseignement...

» 2° La pleine et entière liberté de rester sous la dépendanceabsolue, illimitée et exclusive des autorités de l'Eglise Catholique Romaine, pour tout ce qui concerne la conduite ou direction religieuse et morale de ses Professeurs et de ses Elèves.

» 3° L'exemption, pour ses Professeurs et ses Elèves, de tout serment, foi ou hommage à prêter à Victoria.

» 4° L'exemption, pour la collation des degrés à ses Elèves, de toute condition autre que le certificat d'examen satisfaisant donné par les Professeurs de l'Ecole et d'honoraire d'usage, sans que les Elèves n'aient même à faire acte de présence à Victoria pour recevoir leurs diplômes ».

Et voici la réponse du Président de Victoria.

Cobourg, Canada, 5 juillet 1883.

Mon cher Monsieur, J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 30 juin dernier el du document que vous y avez joint.

Permettez-moi de vous dire, en réponse, que je me ferai un plaisir de faire connaître votre communication à notre Sénat, à sa prochaine réunion : ce qui, cependant, ne pourra se faire avant plusieurs mois, à moins qu'on ne convoque une assemblée spéciale Mais nous préférerions né pas tenir une telle assemblée spéciale, vu que les membres de notre Sénat sont très nombreux et dispersés à de grandes distances de Cobourg. En attendant, je puis ajouter que notre conduite passée devait entièrement suffire pour convaincre vos autorités ecclésiastiques que nous ne sommes nullement disposés à gêner, en quoi que ce soit, les pré-

férences religieuses des membres de votre Ecole, que ces membres soient Professeurs, patrons ou élèves. De fait notre ancienne Charte ne nous permet point d'exiger de nos élèves « aucune épreuve ou qualification religieuse ». Comme vous pouvez naturellement le penser, vous et ceux avec qui vous avez occasion de délibérer, il n'est pas du tout probable que notre Sénat abandonne maintenant la ligne de conduite large et libérale, que nous avons adoptée spontanément alors qu'aucune question ou embarras n'avait encore surgi pour votre Ecole sur le terrain religieux ou ec- -tique. Et assurément votre Ecole serai1 toujours libre de rompre son affiliation avec Victoria, dès qu'elle verrait une occasion de le faire, pour les considérations religieuses ou autres. Cette liberté d'une séparation amicale, jointe à une confiance mutuelle, semble être la base la plus sage et la plus durable de tout plan d'affiliation entre votre Ecole et notre Université.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très humble serviteur,

S. S. Nell<?s, Président.

A ïhs E. d'Odet d'Orsonnens, M. D, D. L., L. L. D., *

Président de l'Ecole de Méd. de Montréal.

Pour ce qui concerne le Bill Laval, obtenu après les luttes détaillées au tome IV des Voix Canadiennes, voici une déclaration intéressante :

Dans nos conversations avec les Cardinaux, et notamment avec leurs Eminences Simeoni, Préfet de la Propagande, Jacobini, Secrétaire d'Etat, et Mgr Masotti, Secrétaire de la C. de la Propagande, nous avons reçu la déclaration formelle et plusieurs fois réitérée que le Saint-Siège est resté complètement étranger au côté légal de la succursale de Laval à Montréal; que ni le Saint- Siège, ni la Congrégation de la Propagande n'ont jamais donné d'ordre ou formulé de désirs pour amener les membres du Parlement à voter la loi de Québec, et que le Saint-Père e': la Congrégation entendent toujours demeurer neutres dans cette question légale qui regarde le pouvoir civil, et dans laquelle par conséquent '.embres des différentes Chambres conservent toute leur liberté d'action.

Rome, 10 octobre 1881.

f Ignace, Aich. de Martianapol s.

A. Dumesnil, Ptre.

E. X. Trudel, Sénateur.

Et quant au renouvellement des contrats et conventions, les déclarations qui suivent ne manquent pas non plus de projeter sur la question qui nous occupe quelques rayons de lumière :

Ayant appris de bonne source qu'il pourrait être porté contre l'Hôtel-Dieu et l'Ecole, de graves accusations au sujet du renouvellement, en 1882, des contrats de vente et, en 1883, des conventions de l'Hôtel-Dieu avec la dite Ecole; et que des personnes influentes supposaient et jugeaient que les deux Institutions s'étaient entendues pour renouer leurs engagements réciproques et les rendre plus forts, dans l'attente ou en face d'un nouveau Décret Apostolique, sans tenir compte de l'obéissance due à l'autorité ecclésiastique — voici ce que je déclare et affirme avec franchise et simplicité.

1° Ni l'Ecole, ni l'Hôtel-Dieu ne songeait à renouveler ces contrats de vente. Les deux Institutions ne l'auraient probablement jamais fait sans les instances pressantes d'un jeune médecin, M. le Dr Mignault, qui, désirant faire partie du conseil de l'Ecole, ne voulait cependant pas y entrer en se rendant solidaire- de la dette de l'Ecole, comme l'étaient tous les professeurs aux termes de l' ancien contrat.

Alors, ces professeurs qui, de leur côté, désiraient beaucoup posséder le Dr Mignault comme membre du conseil, vinrent nous supplier d'avoir égard à ses instances et de renouveler, en sa faveur, le contrat de 'vente, dans le seul but bien exprimé de diviser la responsabilité des professeurs dans la delte.

Il y eut hésitation de notre part, vu le peu d'avantage pour nous dans cet arrangement, et l'idée qu'il y avait peut-être plus de contrat. Cependant, comme il s'agissait d'admettre dans ['Ecole des médecins tels que les Drs Hingston, Desjardins et Mignault, nous consentîmes à condition que l'Ecole abandonnerait son droit de nomme)-, à perpétuité, le médecin interne de notre hôpital avec salaire fixe de $ 400.00 par an, payé par le dit hôpital.

Mais avant de conclure, je déclarai expressément à l'Ecole de Médecine, représentée par son Président et son Secrétaire, en présence de ma Sœur Page, Assistante, que nous ne pourrions pas signer ces contrats sans l'agrément de Monseigneur notre Evêquc. En effet, j'exposai, peu de jours après, à Sa Grandeur la demande des médecins et le but du renouvellement des contrats; Monseigneur approuva positivement. Voilà la simple vérité.

2° Quant aux conventions signées en 1883, en voici l'histoire. Lorsqu'en 1882 les débats de l'Ecole avec l'Université Laval, paraissaient terminés ou du moins suspendus, après la fondation de l'Hôpital Notre-Dame, et que l'Ecole était tranquille de ce côtélà, je conçus moi-même le projet de faire un résumé des conventions anciennes stipulées depuis 1850, et cela dans le but de remettre sous les yeux des médecins leurs obligations plutôt que leurs droits, et d'y ajouter une nouvelle clause pour as urer l'Hôtel- Dieu de la perpétuelle soumission de l'Ecole à notre Mère la Sainte Eglise; car il y était stipulé que, si jamais l'Ecole prétendait se soustiaire à cette autorité, elle perdrait tous ses droits à la direction de notre hôpital.

Les médecins, malgré leur volonté bien exprimée de ne jamais devenir rebelles à l'Eglise, hésitèrent cependant de signer le r.'sumé des conventions; car, il faut le dire, ces messieurs craignaient que l'on ne voulût leur tendre un piège. Il fallut leur parler et écrire un peu fortement pour obtenir leur consentement qu'ils donnèrent enfin très volontiers.

Je ne songeais nullement à demander l'agrément de Monseigneur notre Evèque pour signer réciproquement les dites conventions, vu qu'elles étaient déjà anciennes et stipulées de temps à autre depuis 1850, et que d'ailleurs ce résumé servirait plutôt à rappeler aux médecins leurs obligations que toute autre fin. Quant à la nouvelle clause de la soumission à l'Eglise, je savais bien que j'entrais tout à fait dans les vues de tous nos supérieurs ecclésinstiques en la stipulant.

Quoi qu'il en soit, Monseigneur vint à l'Hôtel-Dieu sur les entrefaites et me recommanda de porter les médecins à s'unir à Laval, leur déclarant que, s'ils ne se soumettaient pas à l'Eglise, ils ne pourraient plus marcher avec nous. Je répondis à Sa Grandeur que la soumission à l'Eglise était chose bien entendue avec l'Ecole surtout dans nos conventions expresses avec elle. Monseigneur me demanda où étaient ces conventions. Je répondis que c'était un résumé des anciennes conventions depuis 1850 auxquelles j'avais ajouté la susdite clause de l'obéissance à l'Eglise, et que ce résumé était actuellement entre les mains des médecins pour être signé. Monseigneur parut satisfait et témoigna le désir que ce résumé fût signé au pms tôt possible; ce qui fut fait le 19 mars suivant.

Je termine en déclarant expressément que dans ce renouvellement des contrats de vente et des conventions, nous n'avons jamais prétendu rien faire contre l'obéissance due à nos supérieurs

ecclésiastiques; et que nous n'avons jamais rien concerté avec l'Ecole pour nous soustraire à cette obéissance, qui est la vie et la force de notre communauté.

Je déclare de plus que dans les contrats ou conventions avec nos médecins, nous avons usé légitimement du droit bien acquis et sanctionné par un usage de deux cents ans d'existence, 'fie choisir nous-mêmes les médecins de notre hôpital; et ce choix est toujours soumis, bien entendu, à l'approbation de l'Ordinaire. Il est inouï que ce droit nous ait jamais été contesté jusqu'aujourd'hui.

Juin, 1883.

Sœur Saint-Louis, Supre.

Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, Montréal. 21 juin 18S3.

Le présent écrit est pour certifier à qui de droit que jamais je n'ai demandé ni reçu un conseil de Sa Grandeur Monseigneur Laflèche, Evêque des Trois-Rivières dans l'affaire de nos conventions avec l'Ecole de Médecine.

Je n'ai même jamais eu l'honneur de rencontrer Sa Grandeur ni ici, ni ailleurs; une seule fois dans ma vie, je l'ai entrevue un instant au moment où Elle chantait l'absoute, aux funérailles de S. G. Monseigneur Pinsonneault. inhumée dans le caveau de notre monastère.

La Rév. Mère Bonneau qui m'a précédée dans la charge de supérieure déclare aussi n'avoir jamais demandé ni reçu de conseil de S. G. Mgr Laflèche. Elle n'a jamais eu l'honneur de le le voir, ni de lui parler, ni de lui écrire.

Je certifie que personne au monde ne m'a jamais suggéré le projet de faire un Résumé de nos conventions avec l'Ecole de Médecine. Cette idée m'est venue, peu après mon élection au commencement de 1882, à l'occasion de la nomination d'un nouveau Professeur de l'Ecole.

Le but pour lequel j'ai fait ce Résumé était premièrement pour que la Communauté et les médecins eussent sous les yeux et sous la main un abrégé de leurs obligations et conventions stipulées depuis 1850. Secondement pour y insérer la 24me clans.' gui enjoint à l'Ecole de soumettre autan', que possible la nomination de ses médecins à l'agrément de la Communauté.

Troisièmement, surtout pour y insérer la 29 e, afin de

donner pour toujours ;'i la Communauté l'assurance de la soumission de l'Ecole de Médecine à l'autorité de la Saini \ ',

Ayant fait ce petit travail de concert avec ma sœur secrétaire, Sœur Paquet, à qui j'expliquai alors les raisons de cette démarche et qui, elle-même, est prête à certifier ceci, à l'appui de ma déclaration, je la présentai à l'acceptation du chapitre peu après, et ensuite à celle des médecins; mais ils ne signèrent ces conventions que le 19 mars 1883, ayant hésité très longtemps, dans la crainte qu'on ne leur tendît peut-être un piège, ce qui leur faisait préférer de s'en tenir aux conventions précédentes.

(Signé), Sœur Saint-Louis, Supérieure des Relig. Hosp. de S. J.

Nous, soussignés, attestons la parfaite authenticité de tous les documents officiels contenus dans cette brochure, et déclarons que c'est l'intention de l'Ecole que la dite brochure soit regardée et reste comme communication strictement confidentielle pour les besoins de la cause.

Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, MD. CM. DL. LL.D.

Président E. M. C. M.

Secrétaire E. M. C. M.

Montréal, 6 août 1883.

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