I. — HISTORIQUE DU PASSÉ
1. M. Th.-E. Hamel, le Recteur de l'Université Laval, à d'abord formé, en 1877, dans l'organisation de la Succursale Laval à Montréal, le personnel d'une Faculté médicale, en dehors de l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal, institution existant depuis près de quarante ans, sans égard à l'esprit du décret de 1876 qui en voulait la .conservation.
2. Cette Ecole de médecine, en grande partie protestante à son origine, mais bientôt devenue catholique par les efforts de ses professeurs Canadiens-Français, et la sage direction de Monseigneur Bourget, alors Evoque de Montréal, s'est toujours fait un devoir de marcher sous la direction de son Ordinaire. Quelques griefs s'étant rencontrés contre un ou deux professeurs, l'Ecole s'est, empressée de les réprimer, aussitôt qu'ils sont parvenus à sa connaissance. Depuis, jamais on n'a eu à se plaindre de renseignement donné par ses professeurs.
3. En -apprenant la formai ion d'une nouvelle Faculté- de médecine par M. Hamel, avant tons pourparlers avec l'Ecole, les professeurs s'en son! plaints à Mgr le Délégué Apostolique, qui obligea M. Hamel à retirer ses nominations, en di-
sant qu'il n'était pas venu détruire les institutions catholiques déjà existantes, mais les unir à Laval, selon l'intention du Saint-Siège et le Décret de 1876.
4. L'Ecole de médecine entra alors comme Faculté médicale dans la Succursale, avec une entente spéciale signée par Mgr l'Evêque de Montréal, et tous les professeurs d'alors, que l'Ecole conserverait le droit de nommer ses officiers, etc., comme par le passé-
5. Les Evêques de la province ne furent pas appelés à régler les conditions d'existence de la Succursale et de son union avec les institutions catholiques existantes à Montréal, comme le prescrivait le Décret de 1876; et, en cela, c'est l'Université Laval elle-même qui a commencé à violer le Décret, ce qui a été la cause principale de toutes les difficultés actuelles
6. Des difficultés étant survenues peu après entre le R.ecteur et l'Ecole, celle-ci s'en plaignit à son Ordinaire, qui ne donna aucune réponse satisfaisante.
Ici, qu'il me soit permis de dire que si l'Evêque de Motatréal eût été un homme de caractère et d'énergie, il aurait de suite fait disparaître ces difficultés, qui étaient alors peu nombreuses.
7. L'Ecole, voyant cette attitude si peu ferme de son Evêque, prit le parti de s'adresser à tous les Evêques de la province, réunis à Québec en mai 1878, mais NN. SS. se déclarèrent incompétents à régler ces difficultés.
8. L'Ecole, après ce refus des Evêques, adressa sa plainte au Saint-Siège, comptant que, comme institution catholique, c'était la seule voie à suivre.
9. Depuis cinq ans, l'Ecole a toujours attendu du Saint- Siège une réponse officielle à son appel. Ce n'est que le 18 juin dernier que Son Eminence le Préfet de la S. C. de la Propagande a bien voulu écrire au Président de l'Ecole, le Dr d'Orsonnens, que Sa Sainteté avait reçu avec satisfaction sa déclaration d'humble soumission aux Décrets Apostoliques;
mais Son Eminence faisait' observer en même temps qu'il manquait plusieurs conditions pour le plein rétablissement da la paix dans notre province. Et en effet, il manque l'exécution de plusieurs des conditions du Décret, mais ce n'est pas le fait de l'Ecole.
10. L'Ecole de médecine, avec la masse de la population instruite et la presque totalité du clergé, avait désiré, il est vrai, depuis le Décret de 1876, obtenir une Université catholique indépendante pour Montréal, vu la grandeur toujours croissante de la population de la ville et des environs, la grande distance entre Montréal et Québec (240 kilomètres), et la rivalité qui existe entre ces deux villes depuis leur origine; mais voyant, par le Décret de 1881, l'insistance du Saint-Siège à maintenir une Succursale de Laval chez nous, l'Ecole a accepté cet état de choses franchement; elle est demeurée tranquille et a même signifié à ses avocats de discontinuer le procès pendant contre cette Succursale-. Elle s'est seulement appliquée à améliorer de plus en plus son enseignement, de manière à mériter l'encouragement du pays comme par le passé. La Providence semble avoir béni ses efforts, puisque l'an dernier, 140 élèves fréquentaient ses cours, nombre plus considérable que jamais; tandis qu'au contraire, d'après des informations que j'ai lieu de croire exactes, les élèves de la Succursale diminuaient au point que trois de ses professeurs sont allés s'en plaindre aux autorités de Laval à Québec, et leur déclarer que, si l'on ne prenait des moyens leur procurer plus d'élèves, ils ne pourraient continuer leurs cours cette année.
Je dois dire que je n'ai aucun document authentique à l'appui de cette assertion, mais je puis affirmer en toute sincérité que telle est l'opinion générale sur cette démarche de ces trois professeurs de la Succursale. Je dirai aussi, h ce propos, que l'on croit généralement chez nous que le Décret de 1883 a été obtenu sur cette plainte de la Succursale; et cela d'après la manière dont les Evèques ont traité l'Ecole dans
l'étrange interprétation de ce Décret, puisqu'il est constant qu'ils ont voulu faire disparaître l'Ecole totalement, et éviter par là toute concurrence à la Succursale par, une autre institution catholique.
Il est à remarquer que les professeurs de cette Succursale sont tous, à l'exception d'un seul, élèves de l'Ecole, et par conséquent pour la plupart plus jeunes que les professeurs de l'Ecole.