Supplique des Evêques, 13 juillet
acte de fermeté, que les droits de l'Eglise allaient décidément être respectés. On se trompait du tout au tout.
L'agitation libérale et les réclamations de Lord Dufferin avaient produit leur effet; avant même que l'Archevêque ne publiât son mandement de mai 1876, le coup fatal avait été porté aux doctrines du Syllabus et aux droits de l'Eglise en Canada. On voulut en finir avec Mgr Bourget et ses conseillers (?), les Jésuites.
Le Cardinal Franchi, ainsi que nous l'avons vu, avait enfin promis, dès 1874, une Université pour Montréal, mais les objections de Laval étaient revenues plus fortes que jamais : « Non seulement nos dettes ne sont pas encore payées, mais de plus les Jésuites ont réclamé leurs biens; or, s'ils réussissent à les obtenir» nous sommes perdus, car l'Université de Montréal serait montée par eux sur un pied si grandiose que tous nos élèves nous déserteraient immédiatement pour aller là. » Montréal a droit à quelque chose; eh bien, permetteznous de le lui donner; laissez-nous établir à Montréal une succursale de l'Université Laval. »
C'était bien là ce qu'on peut appeler « porter la guerre en Italie à la façon d'Annibal; » certes, c'était un projet hardi; mais « audaces fortuna juvat. » Grâce à l'agitation dont nous avons parlé, ce projet, tout incroyable d'audace qu'il ait pu paraître au premier abord, a réussi. Les libéraux de toutes nuances y applaudirent des deux mains, aussi bien que les protestants de toutes sectes; ils croyaient (non sans raison), que c'était là le moyen le plus efficace de battre en brèche les saines doctrines, c'est-à-dire l'ultramontanisme des Evèques et des Jésuites. Mais à la Propagande, on fit accroire que c'était pour rendre enfin justice à Montréal et La doter de « l'équivalent de ce qu'il réclamait, » que dis-je? « de quelque chose de préférable même à une Université indépendante 1 1 1 »
Le décret touchant la succursale fui porté le l'r février 187G; la lettre du Cardinal Franchi qui l'annonça était du 9 mars; la bulle d'érection canonique de l'Université Laval du 15
mai, concours bien étrange et peu édifiant pour les fidèles, mais sujet des sarcasmes bien amers de la part des protestants; au mois de mai 1876, le Saint-Père, dans cette bulle, couvrait d'éloges pompeux l'Université Laval pour sa doctrine et le bien qu'elle a fait à la Religion, et deux mois plus tard, en juillet 1876, les Evêques ne sachant encore rien de cette bulle ni du décret, font contre l'Université Laval et ses Professeurs et ses Supérieurs et contre l'Archevêque les accusations les plus graves, et déclarent en conclusion qu'ils ne veulent plus rien avoir à faire avec l'Université- (Le Saint- Père dans cette même bulle, dérogeant sans s'en douter à la fameuse charte, sainte et inviolable, ordonnait en même temps qu'à l'avenir les Evêques exerceraient sur l'Université une haute surveillance). Puis pendant que le Saint-Père approuvait le plus hautement possible la supplique des Evêques et leur mandement collectif, le décret du 1er février et la bulle du 15 mai furent communiquées à Mgr Bourget; il en eut le cœur brisé, et immédiatement supplia le Saint-Père d'accepter sa démission; elle fut acceptée à l'instant, et le tout se fit si vite, que la Bulle d'approbation du mandement collectif fut déjà publiée (octobre 1876) par Mgr Fabre qui venait de succéder à Mgr Bourget sur le siège de Montréal. Puis, dès le printemps suivant (mai 1877), Mgr Conroy, délégué apostolique, fit son apparition au Canada, chargé de calmer l'agitation et de corriger les excès (?) des evêques et du clergé ultramonta'in par deux mesures énergiques au suprême degré et qui consistaient : 1° à forcer les Evêques de publier un 2me mandement collectif, révoquant virtuellement le 1er, et déclarant le parti libéral immaculé, et 2° à forcer les mêmes Evêques à organiser, en union avec Laval, une 2me édition de cette Université qui leur déplaisait tant, la succursale de Laval â Montréal1.
Le 2mc mandement collectif fut publié en octobre 1877, les evêques ne consentirent à le signer que lorsque Mgr Conroy
1. Décret et Bulle aux Arch. du Coll. Sainte-Marie, à Montréal.