De son côté, M. l'abbé Gingras nous écrit
St. Edouard, 2 mai 1884. A M. Philippe Landry, M. P., Chev, de St. G. le Grand, Villa Mastaï — Près Québec.
Cher Monsieur Landry, En réponse à votre honorée lettre datée du 29 avril dernier, je m'empresse de vous faire connaître que l'information dont il s'agit a dû être communiquée à Sa Grandeur vers la fin de septembre 1883, bien sûr après le 1er juin 1883. C'était en réponse aux injonctions de la circulaire N° 123.
J'ai l'honneur d'être, M. le chevalier, etc.,
A. Gingras, Ptre.
15. Le curé de St-Alexandre, M. l'abbé Clovis Roy, au dire de S. G., avait, dès 1882, reçu la confidence qu'une dizaine de prêtres du diocèse, étaient francs-maçons, mais détail important que volontairement l'archevêque se donne bien garde de dévoiler, cette confidence n'a été faite à S- G. qu'en septembre 1883. Nous avons le document qui constate ce fait. Il appert donc par le propre témoignage des trois prêtres nommés par l'archevêque que les renseignements qu'ils ont donnés à S. G. ne lui ont été fournis qu'à la fin de septembre 1883. C'est-à-dire quatre mois après la publication du mandement du 1er juin 1883!!! Et c'est un tel témoignage que S. G. ose aujourd'hui invoquer!
Voilà les renseignements sur lesquels l'archevêque prétend s'appuyer pour expliquer et justicier l'étrange publicaii.m du plus malheureux des mandements!! Ce n'est pas à sa justification, mais à sa condamnation la plus entière que travaille ici S. G. en recourant ainsi à l'emploi du plus inavouable des moyens de défense.
2° — Protection de la franc- maçonnerie. -— 16. C'est de second caractère du mandement du 1er juin 1883. Dans le débat actuel, cette question, quoique d'une grave importance, n'est que secondaire. En réalité, c'est une question purement incidente. Aussi est-ce la seule que S. G. ait cru devoir discuter à fond dans sa réponse.
17. Nous avons donné trois raisons à l'appui de notre assertion. Nous avons soutenu que le mandement est une protection efficace accordée à la franc-maçonnerie-
1° parce qu'il détruit l'effet salutaire qu'on pouvait attendre de toute dénonciation devant l'opinion publique;
2° parce qu'il empêche même la dénonciaion à l'Ordinaire en privant le dénonciateur du secours indispensable des té moins;
3° parce qu'il tend par une distinction inopportune à diminuer l'horreur que doit inspirer cette société secrète-
18. L'archevêque de Québec ne nie en aucune manière notre assertion. Il se garde bien surtout d'attaquer la première des raisons que nous avons données- Il se contente feulement de travestir la seconde et de discuter la troisième-
Aurait-il raison dans ce dernier cas que cela ne détruit aucunement les deux premiers motifs que nous avons donnés, et qui suffisent amplement à établir que le mandement du 1er juin est une protection efficace accordée à la franc-maçonnerie- Le tribunal pourra s'en convaincre (voir pages 28 et 29 du mémoire).
19- C'est en s'attaquant à la troisième raison apportée à l'appui de notre assertion, que S- G., pour se procurer le facile plaisir de faire un bout de théologie, nous prête, aux pages 12, 13, 14 et 15 de sa réponse, un raisonnement que nous n'avons pas fait; c'est au sujet de cette inopportune distinction établie par l'archevêque entre les francs-maçons catholiques et les francs-maçons protestants-
Nous avons dit, ce qui est parfaitement vrai, que cette distinction tend à faire croire (à cette classe qui n'est pas livrée aux études théologiques) que si c'est faute grave pour un catholique de faire partie des sociétés secrètes, cette faute cesse d'en être une du moment qu'il s'agit d'un protestant. Nous avons ajouté : « Voilà les conséquences que Von tire dans l'archidiocèse de Québec. » Cela ne suffisait pas à S. G. qui volontiers change complètement le sens de nés paroles :
« M. Landry, dit-il, ajoute une autre conclusion également absurde, savoir que l'archevêque ne regarde pas l'affiliation à la franc- maçonnerie comme une faute grave ni comme un acte criminel en soi. »
Ce léger changement permet à S. G. de nous donner une leçon de théologie. Seulement, cela ne modifie en rien notre assertion que le mandement de l'archevêque est une protection donnée à la franc-maçonnerie. Vainement, pour étayer une position qui n'a pas été prise, S- G. cherche-t-elle à en
imposer, en citant les paroles des Souverains Pontifes- Les paroles invoquées sont une condamnation de la conduite de l'arch. de Québec. Celui-ci, en effet, dans son malheureux mandement, défend la dénonciation et n'excepte qu'une certaine dénonciation (rendue impossible) à l'Ordinaire- Les Papes, au contraire, ordonnent, sous peine d'excommunica tii n, la dénonciation qui doit être faite aux évêques, ou « à qui de doit et aux autres personnes que cela concerne. » (Léon XII) 1. La distinction, facile à saisir, donne au mandement son caractère odieux et en fait un document tout à l'avantage de la franc-maçonnerie.
20. Et ce qui confirme admirablement notre thèse, ce sont les éloges bien mérités que distribue à S. G. l'un des organes de la presse maçonnique et protestante : Nous lisons, en effet, dans le Napan&e Standard, journal publié dans l'Ontario, n° du 16 juin 1883 :
« L'archevêque de Québec a tout dernièrement fait preuve d'une remarquable disposition à déconcerter cet esprit antimaçonnique qui prédomine d'une manière si étendue parmi les catholiques français de cette province. Il existe, et c'est le clergé, nul doute, qui doit être tenu responsable jusqu'à un certain point de cet état de choses, il existe dans les rangs inférieurs des catholiques français de cette province un préjugé tellement prononcé confie la francmaçonnerie que le seul fait d'insinuer qu'un homme est francmaçon suffit pour le priver de tous les avantages sociaux et politiques et cela partout où la basse classe possède l'influence du nombre. Nous avons eu, dans ces derniers temps, plus d'une preuve de la force de ce préjugé et de l'énorme influence qu'il exe sur les différentes relations sociales. Il est cependant juste d'ajouter que la classe plus éclairée des catholiques de cette province ne tombe pas jusqu'à ce point sous l'empire de ce préjugé et que depuis quelque temps le clergé lui-même se montre plus tolérant que par le passé à l'égard des opinions favorables à la francmaçonnerie. Quelques membres du clergé ayant été dernièrement soupçonnés d'accointances avec les loges, S. G. l'archevêque de
1. S. G. a oru prudents tout en invoquant l'autorité «Je Léon XII, 'le taire J^s paroles que nous venons de souligner.
Québec a cru nécessaire de censurer l'esprit sur lequel repose le préjugé antimaçonnique et d'exprimer sa confiance en celui des membres du clergé plus particulièrement accusé d'être associé à la franc-maçonnerie. L'esprit vraiment large et chrétien qui anime Sa G. dans l'accomplissement des devoirs de sa haute charge, lui enseigne,- nul doute, que le préjugé qui existe contre la franc-maçonnerie et contre quelques autres sociétés secrètes ne peut tenir devant un examen raisonné et c'est le désir naturel de Sa G. que ce préjugé disparaisse comme indigne du siècle dans lequel nous vivons. »
Nous n'avons pas de commentaires à offrir- Nous maintenons tout notre plaidoyer sur cette question du mandement et les conclusions de notre demande.
III. — La lettre du 4 juin 1883. — 21. S. G. défend si peu sa compromettante lettre du 4 juin et répond si mal aux accusations que nous avons portées à ce sujet, que vraiment nous hésitons à notre tour, et nous nous demandons s'il ne vaut pas mieux laisser toute cette question, sans la discuter, à l'appréciation du tribunal. Nous nous contentons de signaler une grave erreur et quelques naïvetés échappées, par distracticn sans doute, de la plume de l'arch. de Québec.