II. LES ACCUSATIONS SPÉCIFIQUES
1° — Les calomnies. — 148. Nous avons accusé M. Hamel d'avoir calomnié le Dr Landry, et nous avons signalé au tribunal six des calomnies du grand-vicaire.
149. a) — M. Hamel accuse M. Landry d'avoir divulgué la conversation tenue entre M. Bégin et M. Landry et d'être ainsi la seule source d'où jaillissent les accusations portées contre M. Hamel.
Cette première accusation est complètement réfutée dans notre mémoire (pages 9, 10 et 11). M. Hamel ne récuse nullement le témoignage de M. Myrand, ni celui de M. Livernois; bien au contraire, il y ajoute le sien propre lorsqu'il affirme positivement que :
« Quant à l'accusation contre .M. Hamel elle était connue de M. l'official et de Mgr l'archevêque avant la communication de M. Alphonse Lemieux. »,
c'est-à-dire avant l'entrevue que le Dr Landry a eue avec M. Bégin Notre réfutation demeure donc victorieuse et nous avions parfaitement raison de dire :
« C'est donc pure calomnie de la part de M. Hamel d'accuser le Dr Landry, devant tout un public, d'avoir divulgué et répandu une conversation qu'il appelle privée, lorsqu'il a été lui-même l'artisan le plus actif de cette propagation indiscrète. » (M. page 11).
150. b) — La réponse de M. Hamel aux remarques que nous avons faites (pages 11 et 12 du M.) au sujet du silence coupable est d'une faiblesse extrême. Laissant de côté la dénonciation judiciaire, M. Hamel cherche à insinuer que le Dr Landry n'était pas exempté de la dénonciation évangélique, parce que, dit-il,
« le danger de perdre des émoluments relativement faibles devait être de peu de considération pour empêcber un homme, comme M. le Dr Landry, de faire une dénonciation d'une si grande importance pour la jeunesse, surtout si l'on considère l'honneur qui en aurait rejailli sur lui devant l'Eglise et devant les vrais catholiques. »
M. Hamel fait ici une nouvelle injure au Dr Landry fen donnant à entendre que le danger seul de perdre quelques émoluments relativement faibles a empêché le Dr Landry de faire une dénonciation évangélique.
« Si on a lieu de croire, dit l'auteur des Peines Ecclésiastiques, page 92, qu'on excitera par là contre soi des haines, des inimitiés, des aigreurs, ou si l'on craint de ne pouvoir plus obtenir de ces personnes certains services, on est dispensé de la loi de la correction fraternelle et de la dénonciation évangélique. »
U'est singulièrement rapetisser la question, la méconnaître complètement, que d'amener dans le débat actuel une considération pécuniaire, d'autant plus invraisemblable chez le Dr Landry- que depuis trois ans le Docteur ne retirait aucun émolument quelconque de l'Université. Or, on no doit pas craindre de perdre ce que l'on n'a pas.
Le raisonnement de M. Hamel ne vaut donc rien et ne s'applique nullement à l'espèce. Sa calomnie contre le Dr Landrv reste ce qu'elle est, telle que nous l'avons appréciée.
151. c) — Dans sa réponse, M. Hamel se défend comme il le peut de la faute que nous lui avons reprochée en l'accusant d'avoir prêté au Dr Landry les intentions les plus coupables.
Sa défense consiste simplement à vouloir justifier un jugement téméraire en prétendant que, pour lui, il n'y avait aucun autre moyen de s'expliquer la conduite du Dr Landry. A cet'.e fin, il entasse suppositions sur suppositions, et, prenant pour fait réel ce qui n'est que pure hypothèse, il affirme — ce qui n'est pas prouvé — que le Dr Landry a dû être l'instrument d'un certain parti, d'un certain groupe d'exaltés ou d'hommes à idées exagérées. ■
Ce système de défense peut fort bien témoigner en faveur de l'imagination de M. Hamel, mais elle ne fait pas honneur à son jugement, ni à l'esprit de justice et de charité dont doit être imbu tout dignitaire ecclésiastique occupant dans la hiérarchie catholique le poste élevé auquel a su atteindre M. le grand-vicaire.
152. M. Hamel, d'ailleurs, a eu bien soin de réfuter à l'avance ses prétentions d'aujourd'hui. Comparons. Voici ce qu'il affirme maintenant :
« Il n'y a donc pas dans cette partie de la lettre de M. Hamel d'odieuses calomnies à l'adresse de M. le Dr Landry. Il y a simplement indication dubitative d'une explication plausible et faute d'autre, retombant plus sur un certain groupe d'amis que sur M. le Dr Landry lui-même; et encore la forme donnée à cette explication appelait elle une déclaration contraire, dont, d'avance, M. M. Hamel se déclarait satisfait, si elle était donner». — De fait, bien que M. le Dr Landry n'ait donné aucune explication de son silence de 10 ans suivi de ses accusations et se soit contenté do nier les explications suggérées par M. Hamel, celui-ci, a accepté purement et simplement la négation de M. le Dr Landry dans tout ce qui concernait personnellement M. le Docteur, et n'a plus insisté sur ces points dans ses lettres subséquentes. » (N°. 2(>f>).
153. Comment concilier cette déclaration avec le fait suivant? Dans une lettre subséquente, écrite le 16 mai 1883, et publiée dans le Journal de Québec du 17 mai, M. Hamel re-
vient sur celte question des intentions qu'il prête au Dr Landry.
« Je réponds, dit-il, que sur l'interprétation de la conversation qui a eu lieu entre M. Landry et moi, j'ai admis la parfaite bonne foi de M. le docteur. — Le reproche que je lui ai fait, et au sujet duquel j'ai peut-être attaqué ses intentions, c'est d'avoir gardé le silence vis-à-vis l'autorité pendant dix ans...
Or, ce reproche, même et surtout dans l'hypothèse où M. Landry aurait dit vrai, je le maintiens encore, » (Mémoire, pages 80 et 81).
Tcute cette question des intentions est facile à élucider. Les accusations de M. Hamel (Mémoire, page 12), la réponse du Dr Landry, les nouvelles affirmations du grand-vicaire — nouvelles affirmations qui loin de disculper M. Hamel aggravent singulièrement sa position, en ce. qu'elles ne sont rien moins qu'une nouvelle accusation de conspiration portée contre le Dr Landry — tout est devant le tribunal qui saura apprécie: la part et les responsabilités de chacun.
154. a) — M. Hamel tient énormément à ce que le Dr Landry ait accusé le C. Franchi d'avoir été franc-maçon. A l'appui de sa prétention, il cite le témoignage de M. l'abbé Lemieux et celui de M. l'abbé Bégin. Nous ferons d'abord remarquer que ce double témoignage ne se rapporte pas à une seule et mémo couversaîion, mais à deux conversations différentes. Le témoignage qui s'applique à une conversation ne peut dcnc pas s'appliquer à l'autre. La double valeur de ces témcignages disîincts doit censé quemment être appréciée, l'une indépendamment de l'autre.