e) — En effet, M. Livernois déclare sous serment
« M. le grand-vicaire Hamel a soutenu devant moi, en différentes occasions, depuis plusieurs années, que la franc-maçonnerie n'était pas dangereuse en Canada et que les sociétés secrètes n'étaient que des sociétés de protection et d'avancement mutuels ». fVoir Mémoire, pièce N° 2 b et N° 5).
M. Hamel a complètement oublié cet important et décisif témoignage.
131. f) — Veut-on une dernière preuve? M. Hamel va la donner lui-même sous la responsabilité de sa signature. D'un trait de plume, il va détruire ce qui peut rester-des arguments qu'il a lui même péniblement agencés.
« M. Landry, écrit M. Hamel (NJ 211), après avoir refusé de répondre à ce qu'on lui demandait amena la conversation sur un autre sujet (celui des accusations contre M. Hamel) à propos duquel on ne l'interrogeait pas, bien qu'on le connût. »
132. g) — Mais voici qui est encore plus explicite, et c'est M. Hamel lui-même qui se charge de démentir ses assertions et de réfuter son propre plaidoyer. \
« Quant à l'accusation contre M. Hamel, dit-il, elle était connue de M. l'official et de Mgr l'archevêque avant la communication de M. Alphonse Lemieux ». (N° 237).
Or, la communication de M. Lemieux à l'official était antérieure à la mission donnée à M. Bégin, puisque c'est cette communication qui a motivé la visite de M. Bégin à M. le Dr Landry. Donc, les accusations contre M. Hamel ont, d'après le propre témoignage de M. Hamel, une autre source que celle qu'il attribue au Dr Landry. Donc, il n'est pas prouvé, même par voie d'exclusion, que le Dr Landry ait été ua disséminoteur des accusations portées contre M. Hamel.
133. Il est prouvé, au contraire, par le propre aveu de M. Hamel, que l'archevêque et l'official connaissaient les accusations qui planaient sur la tête de M. Hamel, avant que le Dr Landry en eût parlé pour la première fois, non pas à un public choisi, mais au promoteur de l'officialité venu chez lui en mission officielle.
134. M. Hamel ne pouvait donc pas se défendre contre le Dr Landry qui ne l'avait pas attaqué, et l'acte de M. Hamel, en publiant une correspondance diffamatoire, a été une véritable attaque contre le Dr Landry, une diffamation des moins douteuses, un acte qui ne pourra jamais être justifié.
135. C'est M. Hamel qui est l'accusateur, que tout un public considère comme tel, et qui injustement attribue au Dr Landry une paternité que celui-ci n'a certainement pas sur des accusations dont se plaint M. Hamel.
Le Dr Landry n'a jamais traîné le nom de M. Hamel devant
le public. C'est M. Hamel lui-même qui s'est mis devant le public en racontant au Dr Landry, « comme il l'a fait à d'autres dans le temps », ses étonnantes opinions sur la franc-ma çonnerie canadienne.
136. Non content de se mettre devant le public, M. Hamel y traîne inconsidérément le ï)r Landry et il se sert de l'autorité de son nom, du prestige de sa dignité de grand-vicaire pour accuser à tort, pour injurier et pour calomnier l'un des plus respectables citoyens de la ville de Québec.
137. En .deux mots, M. Hamel prétend que le Dr Landry a été îa source des accusations lancées contre lui et il attribue l'origine de ces accusations au fait que le Dr Landry a divulgué la conversation qu'il a eue avec M. Bégin (Nos 121 et 241). M. Hamel détruit, en même temps, cette assertion et toute la base de son plaidoyer en affirmant que :
« Quant à l'accusation contre M. Hamel elle était connue de M. l'officiai et de Mgr l'archevêque avant la communication de M. Alphonse Lemieux. » (N°. 237).
N'y aurait-il que cet aveu, il est plus que suffisant pour faire condamner M. Hamel.
2° M. Hamel se fait injuste agresseur.
138. Mais supposons, un instant, — et seulement pour les besoins de la discussion — que M. Hamel ait été réellement attaqué par le Dr Landry, devrait-on conclure que le grandvicaire avait le droit de se défendre, et surtout de se défendre comme il l'a fait? Nullement.
139. M. Hamel sait trop bien sa théologie pour ignorer que le droit de défense n'existe que si l'attaque est injuste, et que mémo dans le cas d'une attaque parfaitement iujus'e, la défense, pour être légitime, ne saurait dépasser les limite 5 de ce qui est. strictement nécessaire. Dépasser ces limites, c'est assumer de suite le rôle de l'injustcagresseur.
140. Un fait incontestable, c'est que M. Hamel a soutenu certaines opinions, certaines doctrines, au sujet de la franc- maçonnerie.
Les témoignages assermentés du Dr Landry et de M. Livernois, les déclarations elles-mêmes de M. Hamel, qui les donne dans sa première lettre au Dr Landry (Mémoire, pages 68 et 72), prouvent ce fait à l'évidence, et nous avons à la disposition du tribunal plusieurs personnes qui pourront corroborer ces témoignages.
141. Et maintenant, de deux choses l'une : Ou bien ces opinions de M. Hamel sont saines, ou bien elles sont malsaines et erronées.
142. Si les opinions de M. Hamel sont saines, quel mal a donc pu faire le Dr Landry en les faisant connaître au promoteur de l'off icialité ?
143. Si, au contraire, ces opinions sont malsaines, comment M. Hamel peut-il reprocher au Dr Landry de les avoir communiquées à l'envoyé du tribunal ecclésiastique? En dénonçant ainsi ce qu'il croyait être des opinions hétérodoxes, le Dr Landry ne s'est pas constitué injuste agresseur. Sa dénonciation était parfaitement dans l'ordre, et M. Hamel ne pouvait pas avoir le droit de la légitime défense, dans le sens qu'il l'invoque du moins.
144. Et même dans la supposition que la dénonciation du Dr Landry aurait été injuste, c'est-à-dire dans le cas où M. Hamel aurait pu exercer son droit de légitime défense, M. Hamel devrait encore être trouvé coupable et condamné, parce qu'il a outrepassé et de beaucoup les strictes limites tracées par les exigences d'une défense légitime.
145. Pourquoi, en effet, au lieu de se jel;er à corps perdu dans l'arène de la publicité, n'a-t-il pas accepté cette entrevue que le Dr Landry lui a proposée? (Mém. page 74). Ces deux hommes auraient pu s'entendre — le Dr Landry le voulait puisqu'il a demandé l'entrevue — et le pays n'aurait jamais eu le triste spectacle d'un grand-vicaire en appelant au
tribunal de l'opinion publique, d'un archevêque prostituant la justice pour se faire le partisan aveugle d'une grande et belle institution, oubliant ses traditions d'honneur pour se dép^u'ller elle-même en mettant à la porte une de ses plus éclatantes illustiations, une de ses gloires les plus pures.
146. M. Hamel, en supposant même que le Dr Landry aurait eu tous les torts imaginables de son côté, pouvait alors se défendre sans attaquer celui-ci. Il pouvait nier simplement, sans calomnier ni injurier le Dr Landry. Il devait se tenir dans les bornes d'une légitime défense. Que ne l'a-t-il fait?
147. A tous les points de vue, la conduite de M. Hamel est injustifiable et nous avons parfaitement droit de revendiquer l'honneur d'un citoyen indignement outragé par ce haut dignitaire ecclésiastique.