‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 81 sur 102 · Archevêché de Québec, 30 octobre 18S · texte numérisé non relu

Archevêché de Québec, 30 octobre 18S

» Au Rév. M. L. N. Régin, Pire, Promoteur de l'officialité de Québec.

» Monsieur le Promoteur,- Le 15 du présent mois, M. Alphonse Lemieux, prêtre auxiliaire du Séminaire de Québec, me dit avoir un témoignage suffisant pour croire qu'« il y a des prêtres f ^ncs-maçons dans Québec », et que « le cardinal Franchi luin ne était franc-maçon. »

» Je vous prie, M. le Promoteur, de voir vous-même M. le Dr J. E. Landry pour lui demander sur quels témoignages il s'appuie lorsqu'il affirme un fait si compromettant pour l'honneur du clergé et de la religion.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» (Signé) Cyrille E. Legaré, V. G. « Officiai ».

217. « Conformément aux instructions de M. l'official, je me rendis chez M. le Dr J. E. Landry et lui demandai s'il était vrai qu'il connût des prêtres francs-maçons dans Québec et sur quels témoignages il s'appuyait pour affirmer ce fait.

» Sa réponse fut 1° qu'il avait dit qu'il croyait qu'il y avait des prêtres francs-maçons non pas dans Québec seulement, mais dans la province de Québec, et, à ce sujet, il ajouta que le cardinal Franchi et M. l'abbé Chandonnet étaient morts francs-maçons; 2° qu'il ne pouvait pas me révéler les noms de ces prêtres francs-maçons encore vivants, attendu qu'il était lié par un secret d'honneur envers celui qui lui avait appris ce fait, mais que si plus tard, il venait à être délié <!<• cette obligation du secret, il parlerait. »

Nous avons déjà répondu à l'affirmation de M. Bégin jau sujet du Cardinal Franchi (N° 164). Quant à ce qui est dit de M. Chandonnet, comme ça n'a aucun rapport avec la présente cause, transeat.

218. « Ma mission officielle était remplie et la conversation tomba sur d'autres sujets. Mais le Dr Landry, qui ne rêvait que francmaçonnerie et qui en voit encore partout, se mit à me parler de son sujet favori ».

Pour réponse, voir numéro 162.

219. « Il me montra l'Europe devenue la proie des sociétés secrètes, puis notre Canada courant également aux abîmes, attendu que les loges maçonniques se multipliaient dans des proportions effrayantes pour notre avenir. Il me parla en termes émus des tentatives qu'on venait de faire au parlement de Québec pour faire adopter un projet de loi anti-catholique au sujet de l'éducation, que cela n'était pas étonnant, vu que la plupart des membres -du ministère Chapleau, de même que le surintendant de l'instruction publique étaient francs-maçons ou subissaient l'influence de cette société. »

Si lo Dr Landry a dit toutes ces choses, il n'est certes 'pas à blâmer, car en cela, il partage les opinions de plusieurs membres de l'Episcopat, entr'autres celle de Mgr l'Evêque de Saint- Hyacinthe (N° 61). Tout ceci est d'ailleurs étranger à la cause.

220. « Dans le cours de cette conversation privée, M. le Dr Landry alla jusqu'à me dire qu'il n'est pas étonnant qu'il pût y avoir des prêtres franc-maçons ici, puisque M. le grand vicaire Hamel lui avait soutenu, à son retour de Rome (10 ans auparavant), que la franc-maçonnerie était une société de bienfaisance, comme la St-Vincent-de-Paul; et il ajouta que le même grand vicaire avait soutenu la même chose en présence de certains cardinaux qui n'avaient pas voulu entendre les choses de cette manière et s'étaient fâchés tout rouges. Il me dit qu'il tenait ces assertions étranges de la bouche même de M. Hamel, et semblables idées propagées chez les jeunes gens étaient de nature à faire beaucoup de mal. — Je lui fis remarquer qu'il avait probablement mal compris les paro'es de M. h' grand vicaire; que ses idées m'étaient parfaitement connues et qu'il n'avait jamais pu exprimer pareille doctrine; etc. «

M. Bégin corrobore ici pleinement la version donnée par le Dr Landry lui-même, en substance du moins. Quant à la prétention que M. Hamel n'avait jamais pu exprimer pareille

doctrine, elle dénote chez M. Bégin un partisan aveugle et ne fait nullement honneur à son jugement.

221. « Comme toute cette conversation au sujet du ministère Chapleau et de vous-même, M. le grand-vicaire, avait un caractère intime et tout à fait privé, je lui demandai la permission de vous parler de ce qu'il m'avait dit sur votre compte. Il me répondit qu'il n'avait pas d'objection sérieuse, attendu que vous ne lui aviez jamais demandé le secret ».

222. « Je tiens à rectifier ici une assertion du Dr Landry, à savoir qu'il était prêt à formuler et à prouver cette assertion mirobolante devant le tribunal de l'officiaîité métropolitaine. Je n'bésite pas à affirmer que la mémoire fait certainement défaut au Dr Landry sur ce point. Il est bien clair en effet que si ce Monsieur eût déclaré être prêt à comparaître devant l'officiali comme votre accusateur, je ne lui aurais pas demandé la permission de vous parler d'une affaire qui devait nécessairement vous être communiquée un jour ou l'autre. »

ïl est fâcheux que M. Bégin ignore deux choses, sa logique et les notions les plus élémentaires du droit canonique. Il confond l'accusateur avec le dénonciateur. Rien d'étonnant qu'il arrive ensuite à cette conclusion absurde qui lui paraît si claire. Mais, laissant de côté toutes ces distinctions, M. Bégin ne sait-il donc pas que bien souvent un avocat chargé d'une poursuite, demande à son client la permission d'en parler tout d'abord à la partie adverse avant de procéder suivant les rigueurs de la loi? D'ailleurs, le Dr Landry juge positivement qu'il a fait cette proposition que veut nier M. Bégin. Suivant la théorie de M. Hamel, M. Bégin a pu oublier et le Dr Landry n'a pas dû inventer, car le défaut de mémoire fait oublier, mais ne fait pas inventer (N° 270).

223. « C'est à mon retour |de chez le Dr Landry que j'allai vous faire part de cette entrevue plus qu'étrange; j'en avais conclu que les hommes à idées iixes sont toujours dangereux parce qu'ils prennent leurs rêves pour des réalités et les débitent avec une assurance imperturbable. »

Il est vraiment consolant pour l'humanité que M. l'abbé Bégin ait pu tirer cette fine conclusion. Ne l'aurait-il pas trouvée, sa. lettre elle-même nous la ferait aisément deviner, applicable à lui.

224. « Cette conclusion anticipée fut pleinement confirmée par l'explication toute simple et toute naturelle de ce que vous aviez dit au Dr Landry dix ans auparavant. Votre orthodoxie, dont je n'avais jamais douté un instant, me parut absolument inattaquable et je ris de bon cœur de toutes les frayeurs et de toutes les statistiques imaginaires de franc-maçonnerie qui remplissaient le cerveau de M. Landry.

» Voilà le résumé de toute cette affaire. Je n'ai rien affirmé qui ne soit parfaitement vrai.

» Veuillez agréer, Monsieur le Supérieur, etc.

» (Signé) L. N. Bégin Ptre. »

Le certificat d'orthodoxie donné par M. Bégin à IVÎ! Hamel mériterait d'être encadré. Comme M. Bégin n'est pas tout à fait juge dans la cause, et qu'il n'a aucunement la mission de donner des certificats d'orthodoxie, nous ne nous occuperons guère de celui qu'il décerne à son supérieur ecclésiastique. Nous le laisserons également rire de toutes les frayeurs du Dr Landry, comme il nous est permis à nous de rire de son ridicule témoignage.

225. « Cette conversation avait lieu au commencement de novembre 1882. — Comment se fait-il que M. Hamel n'ait écrit à ce sujet au Dr Landry que six mois plus tard? — Ces six mois paraissent étranges à M. A.-C.-P.-R. Landry qui souligne ces deux mots dans son mémoire (page X). Ils prouvent au moins que longtemps avant la correspondance qui est l'occasion du présent p;ocès, M. le grand-vicaire était sous le coup d'une accusation grave et ce de la part du Dr Landry. — Si M; Hamel n'en a pas fait de cas pendant ces six mois, pas plus qu'il ne s'était occupé des cancans qui avaient précédé, comme dit plus haut, c'est parce qu'il n'y attachait aucune importance, croyant que c'était des opinions personnelles à un petit groupe québecquois dont les membres s'excitaient et se montaient la tète mutuellement sans aller plus loin. »

Tout ceci ne regarde nullement le Dr Landry et nous ne voyons pas encore où M. Hamel veut en venir. Peut-être le découvrirons-nous dans le paragraphe suivant :

226. « Dans le courant d'avril 1883, irn laïque, en communication directe ou (I) indirecte avec M. le Dr Landry, eut occasion de parler à M. Edouard Bonneau, chapelain des sœurs de la Charité de Québec, sur les bruits courants relatifs à la franc-maçonnerie; il lui parla aussi de l'espèce d'enquête faite, au nom de l'officialité, auprès du Dr Landry quelques mois auparavant, et de l'accusation portée par celui-ci contre M. le grand-vicaire Hamel. L'ensemble parut si grave à M. Bonneau qu'il crut devoir en prendre note, et pour n'être pas exposé à dire des inexactitudes, il rédigea ses notes en présence de son interlocuteur, ne mettant pas un mot que celui-ci n'approuvât. M. Bonneau sans croire à l'exactitude des allégations, crut néanmoins de son devoir de transmettre ses notes telles quelles à M. l'official qui lui-même en donna connaissance à M. Hamel. Voici ces notes :

« Pourquoi l'officialité n'a-t-elle pas procédé contre le Dr Landry?

» Parc î que le grand-vicaire Hamel avait dit au Dr Landry : « Ce n'est pas un grand mal dans ce pays-ci d'être franc-maçon » » ou l'équivalent de ces paroles.

« Le Dr Landry aurait dit cela tà M. Bégin quand celui-ci le somma de nommer les prêtres francs-maçons.

» Depuis ce temps-là, dit Ernest Gagnon, on n'a plus entendu parler d'enquête.

» Que faut-il faire? Le Dr Landry devrait être forcé de comparaître devant l'officialité et mis en demeure de répéter son accusation contre le grand-vicaire Hamel ou de se rétracter. — Car, dit-on, c'est parce qu'on a craint de compromettre le grand-vicaire Hamel qu'on a laissé tomber la chose. »

« Dans ce groupe d'amis, il paraît que plusieurs (au témoignage de l'interlocuteur de M. Bonneau) étaient prêts à affirmer sous serment qu'ils avaient enter] lu M. Hamel parler dais le sens de l'accusation du Dr Landry, niais qu'ils ne voulaient le faire que s'ils y étaient appelés par obligation supérieure, comme celle d'une sommation en justice. » '

En vérité que prouve fout cela dans la cause acludlc? Rien.

Si au moins, M. Hamel avait établi que le laïque eu question, dont M. Bonneau, prêtre de l'archevêché, a copié la conversation, avait été en communication constante avec le Dr Landry, on pourrait peut-être présumer qu'il ne faisait qui traduire en cette circonstance les opinions du Dr Landry, au lieu d'énoncer les siennes propres. Mais M. Hamel n'a rien prouvé de tel. Il a fail néanmoins, une mirobolante trouvaille. Ce laïque, dit-il, est en communication directe... ou indirecte ave: le Dr Landry. La lettre suivante va prouver que la communication en question n'est ni directe ni indirecte. Elle n'existe même pas.

« Québec, 16 juin 1884, A M. Philippe Landry, M. P., Québec.

» Cher Monsieur, En réponse à votre demande, concernant certains rapports que j'aurais pu avoir avec Monsieur l'abbé Bonneau ou avec Monsieur le docteur Landry, au sujet de la franc-maçonnerie en général, et, en particulier, de l'enquête de l'Officialité in re « Hamel-Landry », je puis vous dire : 1° Que je n'ai jamais eu d'entretien sur le ou les sujets ci-dessus mentionnés avec M. l'abbé Bonneau, et que je ne me souviens pas lui avoir jamais écrit sur un sujet quelconque; 2° Que je n'ai ni parlé, ni écrit à M. le Dr Landry depuis environ quinze ans, et que la seule communication assez récente que j'ai eue avec le Docteur consiste 'djans l'envoi de ma carte de visite à l'occasion de son admirable lettre adressée à M. l'abbé Roussel et publiée dans quelques journaux de Québec, dans le cours de l'été de 1883.

» Veuillez me croire, etc.

» (Signé) Ernest Gagnon. »

Si M. Hamel a quelques autres noms propres à nous donner, nous lo prions de ne se gêner ea rien. Nous lui gardons d'autres .surprises. En attendant, nous lai faisons volontiers la déclaration que le Dr Landry, dans tous ces événements qui put précédé 1s procès actual, n'a été, en aucune manière, ni l'instrument, ni l'organe d'aucun groupe. Cela devra calmer les inquiétudes d'un certain parti, de celui auquel iappartient M Hamel.

227. « Que voulaient ce groupe d'amis, ce public choisi, ce certain parti, comme les désigne M. Hamel dans ses lettres au Dr Landry ? — On peut en juger par les polémiques actuelles des journaux, par les préjugés que l'on n'a pas cessé de soulever depuis lors, contre les tendances de l'Université-Laval, de l'archevêque de Québec, de son entourage. On voulait compromettre quelques-unes au moins des personnes composant ce dernier parti. »

Ceci s'adresse à un groupe que M. Hamel ne nomme pas et avec, lequel le Dr Landry n'a pas été en communication ni directe ni indirecte.

228. « Y avait-il mauvaise foi chez les accusateurs? — Il est possible et même probable que non, du moins chez le grand nombre; on y était tellement convaincu de l'absolue certitude qu'il devait y avoir des erreurs à l'Université ou au moins des tendances tout à fait dangereuses, qu'on était prêt à admettre les accusations les plus extraordinaires du moment qu'elles étaient énoncées. — C'est ainsi que depuis plusieurs mois circulait dans ce public choisi la nouvelle que M. le grand vicaire Hamel était depuis dix ans un fauteur de la franc-maçonnerie 1 »

Ce qu'affirme ici M. Hamel regarde spécialement le groupe incriminé. Inutile de dire que ce sont de simples affirmations dépourvues de preuves.

229. « Cette triste nouvelle faisait de la peine sans doute : on se la disait, en soupirant. — Mais, d'un autre côté, on était bien aise d'avoir un fait qui paraissait prouver combien l'on avait raison de se défier des hommes de Laval et de l'Archevêché. Seulement, comme il s'agissait de détruire la réputation d'un homme mêlé activement aux affaires depuis 25 ans, il est facil .• de comprendre qu'il fallait pour cela pjus que le fait d'une conversation de quelques minutes entre deux interlocuteurs, sans témoins, et qui pouvaient s'être mal compris; surtout si l'on réfléchit à la presqu'impossibilité pour pas faire connaître,

pendant toute cette période, ses sentiments et ses idées à ceux avec qui il était en contact journalier, à propos de questions qui viennent nécessairement sur le tapis. De là, la nécessité, même en admettant une complète bonne foi, d'agir avec prudence et de

ne parler d'abord qu'à des personnes disposées à croire. — Or, c'est précisément ce qui a eu lieu, au moins comme fait. »

Cette longue tirade, uniquement dirigée contre le certain groupe que M. Hamel voit partout, n'intéresse guère le <Dr Landry et ne demande pas de réponse. Ce sont des assertions dont pas une seule n'est étayée de la moindre preuve.

230. « Mais quand le groupe en question vit que l'action de M. Bégin auprès du Dr Landry n'avait pas de suite, il crut avoir en mains un argument sans réplique et regarda cette inaction comme une preuve évidente à l'appui de ses soupçons. En effet, disait-on, M. Bégin a commencé une enquête au nom de l'officialité; dans cette enquête, le grand-vicaire Hamel est accusé; et voilà que l'enquête, qu'on semblait tout disposé à poursuivre, est arrêtée du coup; il n'en est plus question! Pourquoi donc? C'est évidemment, disaient les gens d'un certain parti, parce que l'on sait que le grand -vicaire Hamel serait compromis. »

Tcutes ces affirmations auraient besoin d'être prouvées et quand même elles le seraient, elles n'intéresseraient que le groupe attaqué, nullement le Dr Landry.

231. « Tel était le fait triomphant que l'on se communiquait dans les premiers mois de 1883, avec une joie assez peu contenue. C'était bien légitime! On avait une preuve qu'un loup était démasqué! Aussi crut-on qu'on pouvait sortir des limites du petit cercle d'amis de Québec, sans manquer à la prudence; et la nouvelle commença à s'étendre au loin... Si bien que Mgr Moreau, évêque de Saint-Hyacinthe, l'apprit dans sa ville épiscopale et s'alarma (d'un bruit de cette importance. »

Même réponse qu'au paragraphe précédent.

232. « Sa Grandeur crut qu'il était de son devoir d'appeler l'attention des intéressés sur le fait d'une accusation aussi grave et, dans la dernière semaine d'avril, Elle écrivit à M. Bégin pour lui faire remarquer combien il était urgent de couper court à des cancans si préjudiciables. »

Nous n'avons rien à voir à cette demande tout à fait indifférente pour nous et à laquelle nous n'avons aucune objection de croire, bien qu'elle ne soit pas prouvée.

233. « Avant de résumer ce précis historique disons un mot sur la nature de la fameuse encpiête faite auprès de M. le Dr Landry.

» 1° Cette enquête avait pour objet unique de connaître les noms des prêtres soi-disant francs-maçons et la source de celte accusation. Pour s'en convaincre il suffit de lire la lettre officielle de M. l'official à M. Bégin, contenue dans celle de M. Bégin lui-même, citée plus haut. »

M. Hamel commet une erreur, probablement involontaire, en disant que c'était pour découvrir les noms des prêtres soi-disant francs-maçons que l'enquête était instituée. On peut sans crainte retrancher le mot soi-disant.

234. « 2e- M. le Dr Landry, ayant refusé de répondre à ces questions, il aurait fallu, pour que l'enquête vînt à continuer, que l'officialiié forçât M. le Dr Landry, sous les peines canoniques, à répondre. M. l'official ne crut pas devoir aller jusque-] k, d'autant moins que M. le Docteur donnait à entendre qu'il pourrait peutêtre dire plus tard ce qu'il savait. »

Peur continuer l'enquête, il aurait fallu simplement quelqu'un qui connût ses devoirs et ses pouvoirs. M. l'official actuel n'était pas l'homme compétent. La suite l'a prouvé.

235. « 3° Le fait que M. le Dr Landry, parlant ensuite dans une conversation qui n'avait plus rien d'officiel, des opinions qu'il avait sur le compte de M. Hamel, ne constitue pas du tout l'entrée d'une cause devant l'officialité. C'est donc à tort que dans tout le cours du plaidoyer de M. A.-C.-P.-R. Landry, l'accusation portée contre M. le grand-vicaire Hamel est censée faire partie de l'enquête préliminaire ».

Elle on fait partie aus-u, malgré la distinction que voudrait établir M. Hamel, pour la simple raison que le Dr Landry

faisait .cette dénonciation au promoteur de l'officialité venu

chez lui en mission officielle. C'est l'acte du Dr Landry, ce sont .ses déclarations qui constituent la matière de l'enquête et nullement la lettre de l'official qui se contente de donner l'ordre de tenir l'enquête. Voir aussi N° 174.

236. « Cette enquête de M. Bégin, au nom de M. l'official, pouvait donc continuer sans compromettre aucunement M. le grand-vicaire Hamel, même si celui-ci eût été coupable, car les questions auxquelles M. Bégin désirait avoir des réponses; étaient parfaitement précises et ne concernaient aucunement M. Hamel, à moins que celui-ci ne fût un des prêtres francs-maçons; elle ne s'est pas continuée, ne prouvant rien au sujet des accusations portées contre M. Hamel, parce qu'il n'y avait rien de commun entre les jieux. » '

C'est peut-être li une conséquence logique de cette subtile distinction faite par M. Hamel, mais distinction que M. Hamel ne devait pas faire pour bs raisons que nous avons données. Formellement vraie, la conclusion devient ainsi réellement fausse.

237 « Quant à l'accusation contre M. Hamel elle était connue de M. l'official et de Mgr l'archevêque avant la communication de M. Alphonse Lemieux; et s'ils n'ont fait aucune enquête à ce sujet, c'est parce que leurs rapports habituels, constants, de tous les jours, avec M. Hamel, depuis plus de vingt ans, les avaient mis à même d'apprécier avec pleine connaissance de cause l'accusation aussi bien que la circonstance qui y avait donné lieu. »

M, Hamel admet, dans les termes les plus positifs, que l'accusation portée contre lui dans le public, était connue de l'autorité avant la communication de M. Alphonse Lemieux. Donc tout le plaidoyer actuel de M. Hamel ne vaut rien. Car pour se justifier d'avoir calomnié et insulté le Dr Landry dans la presse, M. Hamel soutient qu'il se défend contre le Dr Landry qui a fait connaître au public une certaine conversation tenue avec M. Bégin au sujet de M. Hamel. Or, cette

conversation est postérieure à la communication de M. Alphonse Lemieux. Et voilà que M. Hamel affirme que même antérieurement à cette communication, l'accusation dont il est l'cbjet était connue et de l'official et de l'archevêque.

M. Hamel affirme en second lieu que l'autorité n'a jamais voulu procéder contre lui parce qu'elle ne pouvait se résoudre à croire à la vérité de l'accusation portée contre M. le grandvicaire. Si c'est là le principe qui doit présider à la distribution de la justice dans l'archidiocèse de Québec, il vaudrait mille fois mieux décréter l'abolition des tribunaux ecclésiastiques et de proclamer bien haut, une fois pour toutes, que l'autorité ne s'occupera pas des plaintes ou des accusations qui peuvent être portées contre des personnes ayant avec elle des rapports habituels, de tous les jours, constant-.

Qui cognoscit in judicio faciem, non bene facit; iste et pro bucellâ panis deserit veritatem (Prov. XXVIII, 23). Pondus et pondus, mensura et mensura, utrumque abominabi'e est apud Deum (Prov. XX, 10 et 23).

238. « Nous pouvons maintenant résumer ce qui précède en disant qu'il est parfaitement constaté qu'avant le 30 avril 18S3, <

de la première lettre de M. Hamel au Dr Landry, M. Hamel était rous le coup d'une accusation grave, répandue dans un certain public et qui s'étendait à cette époque jusqu'à Saint-Hyacinthe. »

M. Hamel affirme ces faits qui ne sont nullement constatés, ni contestés.

239. « Quels étaient les disséminateurs nu les colporteurs de cette accusation qui se glissait ainsi dans l'ombre? C'esl ce qu'il est difficile de dire. Mais le fait de la dissémination est incontestable. »

Les seuls disse,, i s connus sont MM. Lemieux, Bégin

cl Hamel, ce dernier surtout, qui, non content de parler, a mandé à la presse le plus puissant moy<în de dissémination. M. Hamel n'a pas pu trouver et ne trouvera pas un seuï dis-

séminateur autre que ceux que nous venons de nommer, qui ait eu des rapports directs ou indirects avec le Dr Landry.

240. « Quelle était la nature de l'accusation? Elle consistait à propager le bruit que le grand-vicaire Hamel, pendant qu'il était Recteur de l'Université et depuis, soutenait que la franc-maçonnerie n'est qu'une société de bienfaisance en Canada et qu'il n'y a pas de mal pour les catholiques à en faire partie dans ce pays; de plus, que ce Monsieur devait en parler dans le même sens à ceux qui le consultaient au confessionnal. Et l'on disait à l'appui de ces accusations que si l'enquête commencée par M. l'abbé Bégin n'avait pas été continuée, c'était parce que l'on s'était aperça que M. le grand-vicaire Hamel se trouvait gravement compromis. »

Si c'est bien là la nature de l'accusation portée contre M. Hamel, propagée clans le public, nous défions alors M. Hamel, nous le défions solennellement de prouver que le Dr Landry ait jamais porté une telle accusation contre lui. Elle diffère matériellement de celle énoncée dans la première lettre écrite à M. Hamel ou rapportée par MM. Lemieux et Bégin dans le compte rendu de leurs conversations avec 'e Dr Landry.

241. « D'où venait cette accusation? On citait comme autorité la conversation tenue entre M. Bégin et M. le Dr Landry. — Cette conversation s'est tenue sans témoins. L'accusation qui s'y est faito m'a donc pu être divulguée que par M. Bégin ou par M. le Dr Landry. Or, elle ne l'a pas été par M. Bégin qui déclare luimême ne l'avoir jamais cru fondée. »

Ne us avons longuement réfuté ces étranges assertions et confondu le faible logicien qui tente de les faire valoir. Voir N°s 122, 125 et suivants, 132, 197, 202, 204, 207, 211, 21,3, 225 et 237.

242 « M. A.-C.-P.-R, Landry essaye de prouver (page 10) que cette conversation a dû se répandre par d'autres que par M. le Dr Landry : Or tout ce qu'il peut trouver de la part de M. Bégin, comme ayant pu contribuer à la publier, c'est que ce Monsieur

a dû eu parler à M le grand-vicaire Legaré. — Nous pouvons aller plus loin et dire : quand même M. Bégin en aurait parlé h M. Legaré et même à Mgr l'archevêque, ce ne serait pas une divulgation comme celles que certains laïques font remonter jusqu'au Dr Landry. »

M. Hamel, qu'on le remarque, ne nie pas notre assertion. M. Bégiu a parlé à M. Hamel et au grand-vicaire Legaré; M". Hamel a parlé à l'archevêque. Et qui nous dit maintenant que ces quatre personnes n'en ont pas parlé à d'autres? Comment se fait-il que M. Livernoîs connaissait les opinions de Hamel sur la franc-maçonnerie? Il ne les tenait certainement pas du Dr Landry, mais il jure au contraire que c'est M. Hamel lui-même qui les lui a communiquées.

243. « Nota, M. A.-C.-P.-R., Landry à ce propos soutient et entreprend de prouver que M. Ernest Myrand n'a fait que prêter son nom et a signé une correspondance écrite ou au moins inspirée par M. Hamel. Qu'il suffise de citer la déclaration ci jointe de M. Ernest Myrand. »

M. Hamel a mal interprété notre pensée. Nous n'avons aucune objection à ce que M. Myrand réclame et conserve pour lui seul la paternité du trivial écrit qu'il a lancé dans la presse et qu'il termine par cette boutade de mauvais aloi qu'aucun écrivain qui se respecte ne voudrait signer :

« Je le vois d'ici ce digne propriétaire vous presser cordialement sur son ventre paternel et vous mettre à l'aise dans le sein de sa miséricorde. »

Ce que nous avons voulu dire, c'est que celte correspondance contient des détails tels que l'on est forcément amené à conclure qu'ils viennent de M. Hamel et de personne d'autre. Ncus avons peul-être eu tort de dire qu'ils viennent directement, au lieu d'écrire qu'ils venaient directement ou indirectement. Nous saurons à quoi nous en tenir, lors de l'enquê

244. « Québec, 13 juin 1884. Au Très Rév. M. T. E, Hamel V, G., Recteur de l'Université Laval.

» Monsieur le Recteur, J'ai reçu votre lettre et m'empresse de répondre. Je me fais un plaisir et un devoir de déclarer que la correspondance publiée sous ma signature dans le « Canadien » du 2 juin et l'« Evénement » du 4 juin 1883, en réponse à l'« affiche » de M. Victor Livernois est bien de moi et de moi seul. J'en assume avec joie l'entière responsabilité.

» M. Philippe Landry me fait un compliment lorsqu'il prétend que vous avez écrit cette longue lettre, mais il m'amuse encore plus qu'il ne me flatte lorsqu'il soutient que vous me l'avez inspirée. Comme il est flatté de la vérité! »

C'est effectivement l'opinion de M. Landry et les paroles suivantes de M. Myrand, loin de la dissiper, la confirment davantage. ' «

245. « Quand je suis venu vous prévenir (le mot venu au lieu du mot allé semble indiquer que cette lettre de M. Myrand a été écrite dans la chambre même de M. Hamel) de la réplique de M. Livernois et vous annoncer que j'allais répondre, vous le premier, M. le Recteur, m'avez conseillé de ne pas le faire. Bien plus, ayant voulu vous consulter à ce propos, vous m'avez alors absolument refusé et les renseignements et les documents essentiels à ce travail. »

Si M. Myrand a écrit contrairement au conseil à lui donné par M. Hamel, il s'est montré mauvais ami et personnage bien léger. Il nous semble à nous assez invraisemblable que M. Myrand ait écrit pour M. Hamel, en sa faveur, malgré M. Hamel lui-même. Mais cela importe peu à la cause.

246. « Sans les données positives à moi fournies par deux de mes amis personnels, confrères de M. Victor Livernois au Séminaire de Québec et à l'Université Laval, il m'aurait été impossible d'appuyer ma correspondance d'aussi irrécusables preuves. Le silence de mon adversaire a d'ailleurs plus que confirmé l'exactitude de mes renseignements. »

M. Myrand n'obtiendrait certainement pas le premier prix en logique. A son compte, il suffit qu'on- ne relève pas une

inexactitude pour conclure immédiatement que telle inexactitude n'est rien moins que la vérité. Ainsi, tout dernièrement, l'évêque de Chicoutimi affirmait, dans un mandement, que « pas un seul franc-maçon ne se trouve dans le diocèse confié à ses soins. » Tout le inonde a gardé le silence. Doit-on conclure que l'assertion est exacte? Elle est pourtant inexacte, car dans le diocèse de Chicoutimi il y a certainement des francs-maçons.

247. « Je suis prêt à soutenir par témoignage la teneur de cette lettre. Si elle peut vous être de quelque utilité je vous autorise avec grand plaisir à la produire soit dans votre factum, soit à l'enquête.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» (Signé) Ernest Myrand. »

e fait, la correspondance de M. Myrand renferme des inexactitudes de détails qui auraient disparu si M. Hamel eût voulu les contrôler. » La correspondance de M. Myrand a été rendue publique. Elle intéressait directement M. Hamel qui n'a aucunement réclamé, acceptant tout le bénéfice et tous les inconvénients de l'acte de son jeune ami. Ce serait bien ici que M. Myrand pourrait dire : « Le silence de mon ami, M. Hamel, a d'ailleurs plus que confirmé l'exactitude de mes renseignements. »

248. Quant à l'argument qui consiste à vouloir démontrer que .M. Hamel a contribué lui-même activement à répandre la conversation do M. le Dr Landry avec M. Bégin, parce qu'il reconnaît que dix ans auparavant il avait parlé à d'autres comme il avait parlé à M. le Dr Landry, évidemment, M. A.-C.-P.-R. Landry n'était pas sérieux en l'employant. — Faut-il faire remarquer à M. A.-C.-P.-R. Langue la conversation de M. Hamel avec M. le Dr Landry, il yao

ans,etla conversation de M. le Dr Landry avec M. Bégin, il y a un an et demi, sont deux choses différentes? que la première n'a pas eu d'autres témoins que MM. Landry et Hamel et que si M. 1" Dr Landiy en fait la base de son accusation en l'interprétant de travers, M. Hamel en rend parfaitement compte en se justifiant? tan-

dis que la seconde qui n'a pas eu d'autres témoins que MM. Bégin et .Landry est le point d'appui des accusateurs de M. Hamel dont M. le Dr Landry est le premier?

Cette argumentation de M. Hamel ne vaut absolument rien, parce qu'elle suppose admis deux faits qui sont au contraire niés par nous.

Nous nions, en effet, que M. Hamel se soit justifié en rendant compte de la conversation qu'il a eue avec le Dr Landry il y a dix ans. Il a voulu se justifier, mais, au lieu d'obtenir la rétractation qu'il demandait, il a provoqué chez le Dr Landry une affirmation .plus catégorique, et M. Livernois a déclaré sous serment que M. Hamel lui avait fait part, à lui-même, des opinions qu'il avait émises devant le Dr Landry sur la franc-maçonnerie. M. Hamel ne s'est donc pas justifié 'et il pourra entendre à l'enquête d'autres témoins qui attesteront, sous la foi du serment, que M. Hamel a émia devant eux les opinions qui lui sont attribuées.

Le second fait que nous nio-is, c'est que le Dr Landry ait été le point de départ de l'accusation portée contre M. Hamel, en divulguant la conversation entre MM. Bégin et Landry.

Cette assertion est contredite par M. Hamel lui-même qui avoue que l'accusation contre lui était connU3 de l'official et de l'archevêque, avant la communication de M. Lemieux, c'està-dire, bien avant la conversation tenue entre MM. Bégin et Landry. Tout ce qui suit, par conséquent, est parfaitement illogique, non prouvé. Ce sont de gratuites affirmations.

249 « Je maintiens donc que M. le Dr Landry est le premier qui ait accusé M. le grand-vicaire Hamel. Je ne dis pas qu'il ait répété son accusation à bien du monde, mais qu'il l'a dite à plusieurs, lesquels ont ensuite continué à la répandre. Je ne prétends pas qu'il ait parlé ainsi par malice ni avec mauvaise foi; mais même en admettant sa complète bonne foi, je prétends qu'il a mal calculé l'époque de son accusation ainsi que le mode de la faire. Je ne dis pas que M. le Dr Landry ait été un agent /actif de dissémination de l'accusation contre M. Hamel; mais que c'est

kii qui est la source première de cette dissémination en ce que tous les autres disséminateurs remontent à lui et s'appuient sur ses affirmations. »

Pour toute réponse à ces mille suppositions, nous invoquons le témoignage même de M. Hamel qui affirme (N° 239) qu'il ne connaît pas les disséminateurs. Or, s'il ne les connaît pas, comment peut-il affirmer toutes les exagérations que nous venons de citer?

250. « Je ne dis pas que M. le Dr Landry n'est pas respectable et a perdu tout droit à la considération de ses concitoyens; mais je prétends qu'il s'est trompé dans l'interprétation d'une conversation et que, dans tous les cas, il va au delà de ce que permet la prudence lorsqu'il affirme positivement qu'il a parfaitement compris, et dans un sens condamnable, une conversation dans laquelle on lui répétait ce qui avait été dit à Rome, en présence de Mgr l'archevêque et des employés de la Propagande, sans qu'on n'y [ait vu rien de répréhensible; bien plus, lorsque plus tard, ces mêmes idées étaient sanctionnées par les décrets de 1876 ».

Les idées de M. Hamel, ses opinions sur la franc-maçonnerie n'ont jamais été sanctionnées par les décrets de 1876. Voici le passage invoqué par M. Hamel : « A l'altro dubbio poi se e quale ulteriore provvidrnza abbià luogo rèlativamentë ai » professori acatolici dell'Università Laval, gli Emi e Rmi SS. » Cardinali risposero : « Attentis noviter deductis, dilata et » si opus fuerit suo loco et tempore providebitur. »

Est-ce là la sanction que Rome aurait donnée aux (idées de M. Hamel? L'archevêque de Québec ne va pas si loin que M. Hamel dans ses appréciations du document en question. A la page 60 de ses « Remarques sur le Mémoire de l'Eyêque des Trois-Rivières » on lit, numéro 65 : « L'accusation d'avoir » des professeurs protestants n'est pas inconnue à Rome; il » n'y en a que doux cl le décrel uposlolique du 1er février 1876} » permet expressément de les garder jusqu'à nouvel ordre. » II n'y a pas un seul professeur franc-rnaçon. »

Cette assertion si positive de Mgr l';u<!i«>\ êque prouve qu'à

Rome, on était sous l'impression — puisqu'on avait été informé dans ce sens — que l'Université n'avait aucun francmaçon parmi ses professeurs, dont deux seulement étaient protestants. Rome n'a donc pas sanctionné les idées prônées par M. Landry.

Celui-ci le reconnaît lorsqu'il écrit au Dr Landry (page 66) « Le Saint-Père, à qui j'avais, auparavant, demandé l'érec- » tion canonique de l'Université, et qui s'y était montré bien » disposé, avait déclaré que jamais il n'accorderait de Bulle » d'érection canonique tant que l'Université aurait des profes- » seurs francs-maçons. »

Plus tard, on a affirmé à Rome qu'il n'y avait pas un seul franc-maçon à l'Université et on a obtenu la bulle d'érecïion canonique. Et cependant, au moment même où l'on faisait cette solennelle déclaration, il y avait des francs-maçons à l'Université Laval, le doyen de la faculté de médecine était lui-même un franc-maçon avéré. On a trompé Rome, voilà tout.

Et maintenant, en invoque l'autorité de Rome et on veut se prévaloir du fait de l'érection canonique de Laval pour affirmer hautement que Rome a sanctionné ces mêmes idées que l'on reproche à M. Hamel. C'est un véritable scandale!.

« On pourrait borner là la défense de M. Hamel. » Je crois cependant utile de joindre ici quelques notes sur différentes parties du Mémoire de M. A.-C.-P.-R. Landry,

i° La dénonciation juridique de M. Landry.

» 251. Le 23 juillet 1883, M. le Dr Landry faisait déposer au tribunal de l'officialité métropolitaine de Québec, une dénonciation juridique, en forme, dans laquelle il citait comme ses témoins, 25 personnes nommément.

» Cette liste comprend les noms de personnes dispersées dans toute la province de Québec depuis le golfe Saint-Laurent jus-

qu'à Ottawa. Ces personnes représentent l'élite de la société canadienne civile, dont le plus grand nombre choisi soit parmi les ministres fédéraux, soit parmi les juges, soit parmi les représentants aux Communes du Canada; aussi, des prêtres pris dans les diocèses de Rimouski, Québec, Montréal et Saint Hyacinthe. »

C'est l'élite de la société canadienne civile, dit M. Hamel. Nous attirons l'attention du tribunal sur cette admission qui nous servira plus tard.

252. « Sur ces 25 personnes, au moins 19 n'ont jamais eu occasion d'entendre parler M. Hamel sur la franc-maçonneiie; la moitié n'ont eu avec lui que des rapports de politesse et assez rares depuis une quinzaine d'années; un est complètement inconnu de M. Hamel qui ne lui a jamais parlé et ne le connaît même pas de figure, M. Alderic Ouimet.

» Plusieurs de ceux qui sont ainsi désignés comme témoins l'ont appris de M. Hamel et ne savaient pas qu'ils étaient appelés comme tels par M. Landry. Il en est probablement de même de la plupart des autres. »

Cela prouve simplement que M. Landry ne prépare pas ses témoins pour l'enquête. Il compte sur leur esprit de justice et sur l'amour de la vérité. Cela suffit. M. Hamel semble s'occuper un peu trop des témoins de M. Landry et déjà il peut en faire un dénombrement tel qu'il est évident que cette partie du procès — l'audition des témoins — le préoccupe vivement.

253 « Que viennent donc faire ces témoins qui, par l'énumération de leurs dignités, forment un personnel des plus imposants, il est vrai, mais qui cependant, pour la presque totalité, n'ont rien vu ni rien entendu.

Sont-ils demandés pour prouver la responsabilité et l'honora bilité de M. le Dr Landry? — Ce n'était pas nécessaire. M. Hamel r connaît l'une et l'autre et son témoignage comme accusé, et même si l'on veut comme accusateur, devrait suffire. »

M. Hamel a une curiosité vraiment Indiscrète. Qu'il ne se tourmente pas inutilement. Il verra à l'enquête ce que prouve-

ront ces témoins. Nous pouvons lui donner l'assurance que nous nous en tiendrons strictement aux faits allégués dans l'accusation ou apportés par M. Hamel pour sa justification.

254. « Pourquoi donc ces témoins? — Pour répondre à cette question, je me contente de faire remarquer que, à la date où cette liste de témoins était donnée officiellement, M. A.-C.-P.-R. Landry savait qu'il ne pouvait faire plaider sa cause au Canada, et que cette liste ne devait passer par Québec que pour aller à Rome où elle était de nature à faire impression. »

Nous nions à M. Hamel le droit de sonder nos cœurs ebnos reins et de vouloir scruter nos intentions. L'assertion de M. Hamel est d'ailleurs insoutenable. Notre liste de témoins a été donnée le 23 juillet Ï883, et ce n'est que le 1er d'août, c'està-dire, huit jours après, que nous avons eu la réponse définitive de M. l' officiai, refusant, non pas d'accepter notre plainte, mais de procéder ultérieurement. Il est singulier que M. Hamel s'attache tà de petites questions de détail au lieu de se disculper de l'accusation si grave portée contre lui.

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